Le président et chef de la direction de la BNC, Louis Vachon

Économie et révolution

De passage à Gatineau pour aborder le virage numérique et ses défis pour l’industrie bancaire, le président et chef de la direction de la Banque Nationale du Canada (BNC), Louis Vachon, a profité de sa tribune pour partager sa vision socioéconomique.

Présenté par la BNC au Casino du Lac-Leamy, ce dîner-conférence réunissait un parterre d’entrepreneurs et de clients venus écouter le dirigeant se prononcer sur l’actuelle transformation du monde des affaires, du manque de main-d’œuvre et de la lourdeur bureaucratique.

« Souvent on dit que les choses sont pires qu’elles ne le sont. La situation au Canada va plutôt bien et j’ai bon espoir qu’une éventuelle entente sur le libre-échange se concrétisera sous peu », a fait savoir d’entrée de jeu Louis Vachon. Sur une pointe humoristique, le conférencier a suggéré à ses invités d’éviter de porter trop d’attention au discours pessimiste du président américain Donald Trump face à l’économie en général.

Économie à deux vitesses

Les rires passés, M. Vachon a approfondi son interprétation de la situation au pays. « Il y a deux catégories d’activités ici. La première est celle sans permis, les start-ups et tout cet univers en forte accélération. Il y a d’un autre côté l’économie de permis, celle qui est plus compliquée, celle qui donne une perception d’une accessibilité limitée à certains marchés », a souligné le président de la sixième banque au pays.

Cette lourdeur bureaucratique, il l’associe à quelques créneaux, notamment à celui de l’exploitation des ressources naturelles, ce qui tend à ralentir la vivacité économique. Le banquier estime que cela contribue à la perception d’un système « à deux vitesses ». Puis, il a effleuré la difficulté omniprésente du recrutement de la main-d’œuvre qualifiée, qui se trouve à être un autre enjeu ralentissant la croissance des entreprises partout au pays.

Derrière son pupitre d’orateur, le chef de la direction a reconnu que cet obstacle économique de taille touche la majorité des organisations. Pour combler ce déficit, il lui semble impératif de ne pas freiner l’arrivée de nouveaux résidents qualifiés. « Tu ne peux pas être pour l’économie et contre l’immigration », a martelé Louis Vachon.

Révolutions au rendez-vous

Le dirigeant s’est ensuite concentré sur les perturbations, mais aussi les avantages de l’ère numérique. La Banque Nationale, tout comme le reste des organisations gravitant au sein de notre système mondialisé, fait présentement face à une 4e révolution industrielle. D’après le conférencier, elle est formée de trois sous-révolutions distinctes, mais intrinsèquement liées.

« Les prochaines années seront uniques dans l’histoire de l’humanité », prédit Louis Vachon. Primo, il s’attend à voir s’accentuer la transformation démographique. Secundo, la technologie forcera les corporations à adopter notamment la robotique et les nouvelles sources d’alimentation énergétique. Tertio, une révolution climatique est à nos portes et soulève des enjeux économiques indissociables.

La Banque Nationale compte bien surfer sur ces remous liés aux avancées numériques, en s’impliquant activement dans des domaines phares, tels que l’intelligence artificielle ou la technologie du blockchain.

Gérer le changement

« L’adaptation d’une entreprise doit également se faire par la culture », a rappelé le conférencier, en donnant l’exemple du Bureau de la transformation, implanté récemment à la BNC. Le modus operandi de ce département doit permettre à l’institution de mettre en symbiose sa stratégie avec les technologies qui émanent du marché, pour ainsi livrer un produit final adapté, voire avant-gardiste.

« Il est primordial que les organisations profitent de cette vague numérique afin de faire une gestion efficiente de leurs données », souligne le chef d’entreprise, en misant sur les bienfaits qui peuvent en résulter. Sous un angle utopiste, le président affirme que les banques d’informations bien utilisées et l’intelligence artificielle doivent éventuellement permettre aux entreprises de hausser l’efficacité des individus, et non de les retirer des milieux de travail.

La présence régionale de la Banque Nationale

M. Vachon et son équipe promettent la mise en place de ressources supplémentaires pour les entreprises de la région, ce qui passe par l’embauche de plusieurs employés supplémentaires. Questionné à savoir si les communautés en périphérie, telle que la Petite-Nation, pourraient éventuellement avoir de l’aide pour faciliter l’accès aux opérations bancaires de leurs citoyens, le PDG assure sans détour prendre en considération ces « trous » laissés par ses concurrents.

Sur une autre note, Kanata, le chef-lieu des hautes technologies de la région, ne doit pas s’attendre à voir pleuvoir les dollars provenant de l’enveloppe annuelle de la BNC. Celle-ci, gonflée par un milliard de dollars, est accordée à certaines entreprises pour le développement de technologies et aux nouveaux projets de ce créneau. M. Vachon a toutefois précisé que depuis 160 ans, l’institution est un acteur de développement majeur pour le Québec et le Canada, et qu’elle compte le rester par d’autres initiatives encore tout aussi longtemps.

Cannabis, c’est toujours non

Même si la Banque Nationale souhaite regagner du terrain auprès des entrepreneurs d’ici, pas question pour le président de prêter main-forte aux entreprises du secteur de la marijuana, une industrie phare de la région. « Ma position n’a pas changé, c’est non », a confirmé M. Vachon au Droit AFFAIRES.

Pour lui, ce secteur est encore trop à risque pour une banque, étant donné l’incertitude réglementaire qui plane encore aux États-Unis.