Les micro-capitalisations

Martin Lalonde
Martin Lalonde
Collaboration spéciale
Les grandes capitalisations américaines, notamment celles liées au secteur de la technologie, sont présentement tout feu tout flamme. Un investisseur qui ne détiendrait pas les Apple, Amazon et Google de ce monde se retrouverait bien derrière son indice de référence. Mais est-ce vraiment possible de tirer son épingle du jeu comme investisseur individuel et de choisir ces grandes compagnies pour obtenir des résultats supérieurs ?

Il y a présentement 36 analystes de différentes firmes de courtage nord-américaines qui suivent méticuleusement la compagnie Apple, avec un prix cible variant de 80 $ à 150 $. Ils épluchent soigneusement les états financiers de la firme à chaque trimestre, participent aux différentes activités de promotion et de lancement et ont souvent une équipe de plusieurs membres dédiée exclusivement au secteur des technologies de l’information et de la communication.

Sachant que pour obtenir un rendement supérieur l’investisseur doit développer une opinion différente au consensus du marché sur un titre ou un secteur précis, est-ce vraiment possible de le faire sur les grandes capitalisations ? J’en doute fortement.

Mais il y a une sous-catégorie du marché où le jeu en vaut la chandelle : les micro-capitalisations.

En raison de l’absence de couverture et d’intérêt pour ces compagnies par les investisseurs institutionnels, les informations diffusées par les firmes à faible capitalisation sont souvent mal interprétées par les investisseurs et, à l’occasion, il peut y avoir une grande différence entre la valeur intrinsèque et le prix à laquelle l’action est échangée sur le marché.

L’étape la plus importante dans ce type d’investissement est évidemment la diligence raisonnable, et elle est doublement importante en raison de la volatilité particulière du secteur. Les micro-capitalisations le sont pour une raison. Les actions de ces compagnies s’échangent à petit prix sur les marchés car le consensus des investisseurs est plutôt négatif sur les possibles hausses de profits futurs. Les grandes entreprises québécoises d’aujourd’hui, les Couche-Tard, CGI et Dollorama de ce monde, ont tous été une micro-capitalisation dans un passé pas si lointain. Le ratio risque/récompense est incroyablement intéressant.

Une étude effectuée par les piliers de l’analyse financière américaine et membres de l’école de Chicago, Eugene Fama et Kenneth French, a comparé sur la période 1926-2015 le rendement de différents styles de gestion, et leur conclusion est sans équivoque. À long terme, l’approche valeur dans les petites capitalisations est la stratégie qui a dégagé le plus haut rendement, celui-ci dépassant les 15% annualisé.

Outre une volatilité plus élevée que pour le marché en général, le manque de liquidité disponible est possiblement le seul désavantage de ce type d’investissement. Le volume échangé chaque jour est souvent bas, il peut alors être difficile de prendre rapidement position. Mais comme c’est la raison pour laquelle les investisseurs institutionnels évitent le secteur, c’est un désagrément bien léger comparativement au potentiel de gain.

Notre chroniqueur Martin Lalonde est président de la firme Les investissements Rivemont, une institution financière spécialisée en gestion de portefeuilles établie à Gatineau.