Le Dr Guy Chamberland, président et directeur général de Tetra Bio-Pharma.

Les médicaments de demain

Une entreprise d’Ottawa travaille depuis plus de deux ans sur le développement de médicaments à base de cannabis.

Non, vous ne trouverez pas de plantations de « pot » dans la cour de la compagnie Tetra Bio-Pharma dont les bureaux se trouvent sur le boulevard Saint-Joseph, en plein coeur du secteur Orléans. Et vous ne pourrez vous y procurer quelques grammes de cannabis à des fins récréatives non plus.

Mais d’ici un an ou deux, Tetra Bio-Pharma pourrait lancer sur le marché canadien le tout premier médicament à base de cannabis. Cette entreprise est en fait la seule en Amérique du Nord à travailler avec Santé Canada et la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis pour mener des essais cliniques qui répondent aux strictes exigences de tous, soit les organismes de réglementation, les médecins et les assureurs.

Les médicament de demain verront-ils le jour ici, à Ottawa ? C’est fort possible. Ce ne serait qu’une question de temps. Et ils pourraient bien révolutionner le monde pharmaceutique et médical.

Rencontre avec le président et directeur général de Tetra Bio-Pharma, le docteur Guy Chamberland, qui est aussi titulaire d’un doctorat en toxicologie de l’Université de Montréal, d’une maîtrise en physiologie animale et d’un baccalauréat en chimie de l’agriculture.

DENIS GRATTON: Êtes-vous le fondateur de l’entreprise Tetra Bio-Pharma ?

GUY CHAMBERLAND: Je suis le fondateur de sa division pharmaceutique. La compagnie existe depuis un certain temps, mais on lui a fait prendre un virage, si on peut dire ainsi. Elle avait d’abord été fondée pour devenir un producteur autorisé (par Santé Canada) de cannabis à des fins médicales. Mais en 2016, nous nous sommes lancés dans le développement de médicaments à base de cannabinoïdes. Il n’y pas beaucoup de producteurs autorisés qui voulaient s’aventurer dans ce domaine-là. Nous en avons trouvé un qui était intéressé, soit la compagnie APHRIA, une entreprise de Leamington, dans le Sud de l’Ontario, ainsi qu’une autre compagnie aux États-Unis qui travaille dans le domaine du THC synthétique.

DG: Donc la pénurie de cannabis qui sévit au Québec et ailleurs au Canada depuis sa légalisation ne vous touche pas directement ?

GC: Du tout. Ce sont des domaines complètement différents. Il y a le cannabis récréationnel, le cannabis médical et, après ça, il y a le domaine pharmaceutique. Pharmaceutique étant comme tout autre médicament une coche plus élevée. On parle d’un niveau de qualité très supérieur à un cannabis médical. Nous avons les mêmes normes que tout autre médicament synthétique. Il faut comprendre toutes les étapes et démontrer que le produit est toujours le même. Parce que ultimement, si vous avec une prescription en janvier et une autre en juin, vous voulez être assuré que vous recevrez la même chose les deux fois. Et ça, il faut le démontrer. Et nous sommes en train d’établir la norme. On démontre aux agences qu’on est capable de développer un médicament à base de cannabis avec la même rigueur que tout autre médicament vendu sur le marché.

DG: Et quand croyez-vous pouvoir lancer votre tout premier médicament sur le marché ?

GC: En 2020. Le PPP001, qui est un médicament pour les patients atteints d’un cancer en phase terminale. Les études roulent. Et beaucoup de nos énergies sont mises à finaliser le dossier de la qualité. Nous devons être capables d’offrir un produit de qualité à grande échelle. Le cannabis est différent des médicaments déjà sur le marché (pour les patients atteints d’un cancer en phase terminale). Il s’agit d’un médicament psycho-actif, ce n’est pas vraiment un analgésique. Il ne baissera pas immédiatement la douleur. Ce qu’il fait, c’est que la douleur ne vous dérange plus. Que ce soit une dépression ou une douleur, il vous dissocie de votre souffrance. Et parce que la douleur ne vous dérange plus, vous dormez mieux. Et à mesure que le temps passe, et parce que vous dormez mieux, votre douleur commencera à baisser. LE PPP001 atténue la souffrance. Il va au-delà du bénéfice immédiat du soulagement de la douleur. Ce sera notre premier médicament sur le marché, tant au Canada qu’aux États-Unis, et je suis confiant que nous aurons du succès et qu’il sera disponible en 2020.

DG: Pourquoi l’entreprise Tetra Bio-Pharma s’est-elle établie à Orléans ?

GC: Les trois fondateurs sont originaires d’ici, d’Ottawa. Moi, je suis natif de Chicoutimi et j’habite aujourd’hui Montréal. Notre bureau principal, nos bureaux des finances et notre groupe de recherche et de développement sont ici, à Orléans. Mais nous avons aussi des bureaux à Montréal, à Moncton au Nouveau-Brunswick, et bientôt un autre à Halifax, en Nouvelle-Écosse.