Dr Wayne Corneil, épidémiologiste à l'Université d'Ottawa
Dr Wayne Corneil, épidémiologiste à l'Université d'Ottawa

L'épuisement professionnel guette les travailleurs en pandémie (partie 3 de 4)

Dominique La Haye
Dominique La Haye
Collaboration spéciale
Si l’épuisement professionnel ou burn-out fait depuis longtemps partie des problèmes de santé mentale affligeant une partie des travailleurs, ce phénomène risque d’augmenter dans le contexte de la pandémie actuelle, d’après les experts consultés par Le Droit AFFAIRES.

Les causes du burn-out et comment le prévenir

Qui peut souffrir d’un épuisement professionnel ? Quels environnements de travail sont les plus à risque et comment le prévenir ?
Le Droit AFFAIRES s’est entretenu sur le sujet avec la professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur le stress et la santé mentale de l’Université d’Ottawa, Nafissa Ismail, et le docteur en épidémiologie de l’Université d’Ottawa,
Wayne Corneil.

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Quelles sont les personnes plus susceptibles de vivre un épuisement professionnel ?

« L’épuisement professionnel, c’est un genre de stress chronique, mais la plupart du monde croit que c’est une caractéristique individuelle. L’épuisement, c’est causé par les facteurs systémiques dans une organisation ou dans une situation. Les personnes les plus susceptibles de vivre un épuisement sont les personnes qui sont les plus capables. Elles veulent vraiment réussir et répondre aux demandes de l’organisation, mais étant donné qu’il n’y a pas assez de ressources, alors elle n’atteignent jamais leur but. »

— Wayne Corneil

« L’un des facteurs d’épuisement professionnel, c’est quand il manque de structure dans l’environnement et qu’on s’attend à ce que les employés avec leur créativité et leur innovation réussissent à compléter le projet dans le délai qu’on leur demande. Ceux-ci peuvent alors avoir ce sentiment de ne jamais pouvoir performer, car les attentes ne sont pas claires et ce qu’on recherche non plus. Un autre facteur, ce sont les environnements où il y a peu de diversité, par exemple, ceux très masculin où il n’y a pas beaucoup de femmes ou pas beaucoup de minorités visibles. Ces personnes peuvent alors avoir l’impression de juste pas fiter dans l’environnement. »

— Nafissa Ismail

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Que peuvent faire les personnes pour prévenir ou se remettre d’un épuisement professionnel notamment dans le contexte de la pandémie ?

« L’idée, c’est de trouver un certain niveau de satisfaction du travail que j’ai accompli. Donc, à la fin de la journée, il est bénéfique de prendre quelques minutes pour se dire ce qu’on a accompli de positif dans sa journée. Et aussi, il faut accepter que ça va changer rapidement, de jour en jour et même d’heure en heure, et donc de voir c’est où je suis résistant au changement. Même si on ne sera pas toujours à l’aise, on peut quand même devenir à l’aise à être mal à l’aise. Avoir de la résilience, c’est le fait de voir comment on recharge nos batteries, donc comment on trouve l’énergie pour les remplir. Alors c’est une question de conservation et de renouvellement d’énergie. »

— Wayne Corneil

« Si on a l’impression qu’on s’en va vers l’épuisement professionnel, alors on peut venir diminuer notre niveau de stress et cela peut aider à moins se sentir épuisé, fatigué et être plus motivé. On peut faire de l’exercice et de la méditation. Et quand je parle de ça, je n’essaie pas de dire de passer deux heures dans notre journées à ça, car on n’a pas ce temps-là, mais même de mettre 20 minutes ou 30 minutes, ça peut vraiment avoir un impact, surtout quand on fait cela de façon régulière. »

— Nafissa Ismail