L'épuisement professionnel guette les travailleurs en pandémie (partie 2 de 4)

Dominique La Haye
Dominique La Haye
Collaboration spéciale
Si l’épuisement professionnel ou burn-out fait depuis longtemps partie des problèmes de santé mentale affligeant une partie des travailleurs, ce phénomène risque d’augmenter dans le contexte de la pandémie actuelle, d’après les experts consultés par Le Droit AFFAIRES.

Nafissa Ismail, professeure agrégée en psychologie et titulaire de la Chaire de recherche sur le stress et la santé mentale de l’Université d’Ottawa, indique que le travail à distance que la COVID-19 a entraîné fait en sorte qu’il est plus difficile pour les travailleurs d’effectuer une coupure entre leur environnement de travail et leur environnement personnel.

« On n’a plus cette coupure-là, cette dissociation qu’on pouvait faire auparavant, car le travail est maintenant rendu à la maison. D’ailleurs, on voit que beaucoup de gens qui font du télétravail disent que ce n’est plus du 9 à 5. Ils n’ont plus les pauses qu’ils avaient avant et les heures de repas. Alors ils ont l’impression de travailler tout le temps », souligne-t-elle.

À cela s’ajoutent la multiplication des réunions sur les plateformes Zoom et autres et les connections internet instables et le fait d’avoir à partager son environnement de travail avec le reste de la famille et à parfois même  devoir agir comme proche-aidant.

« En jonglant avec plusieurs aspects comme cela, ça peut mener à de l’épuisement, car on est une seule personne et on essaie de faire tout en même temps et on veut plaire à tous et faire de notre mieux, mais on ne peut peut-être pas nécessairement y arriver. Alors ça aussi ça peut être un facteur d’épuisement en ce momen t», croit la chercheure.

C’est aussi l’avis de l’épidémiologiste et membre de l’Institut de recherche sur la santé des populations, Wayne Corneil.

« Dans la situation actuelle, avec la COVID-19, on a dit aux gens : restez chez vous et branchez-vous. Mais on ne leur a pas toujours donné les systèmes informatiques pour leur permettre cela et ils n’ont pas de bons ordinateurs et se font demander de participer à des réunions virtuelles sans bonnes connexions ou sans bons équipements. Et c’est très difficile de mener des réunions virtuelles si on n’a pas eu de formation », soulève l’expert.

Le constat de Mme Ismail et de M. Corneil semble d’ailleurs faire écho à celui que fait l’ombudsman de la santé mentale de Services publics et Approvisionnement Canada, André Latreille. Ce dernier a vu le nombre de requêtes provenant d’employés ou de gestionnaires du ministère comptant plus de 18 000 fonctionnaires fédéraux au pays bondir depuis le début de la pandémie.

« Bon an mal an, je reçois entre 450 et 470 demandes de rencontres individuelles et là, nous sommes rendus à plus de 600 rencontres, c’est donc un quart de plus et l’année n’est pas finie », a indiqué M. Latreille en entrevue.

L’ombudsman constate que l’isolement des travailleurs est un des aspects qui ressort le plus de la situation actuelle en raison du travail à distance.

« Les gens ont moins le sentiment de faire partie d’une communauté en étant à la maison, explique-t-il. Et on a des gens qui cumulent d’autres responsabilités, dont celles de parent et de professeur, tout en rencontrant leurs obligations liées au travail. Cela fait de longues journées et cela veut dire qu’on peut négliger sa santé, son alimentation, son sommeil et, à la longue, cela peut mener à du surmenage. »