Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Antoine Normand, président d'In-Sec-M
Antoine Normand, président d'In-Sec-M

Le gourou technologique

Isabelle Brisebois
Isabelle Brisebois
Collaboration spéciale
Article réservé aux abonnés
Antoine Normand l'admet lui-même, il ignore comment faire de la programmation. Celui qui carbure aux technologies de l’information depuis des années et qui a contribué au succès de Cactus Commerce, Bluebear et, tout récemment, d’In-Sec-M, se définit plutôt comme un incubateur d’idées. « Oui, je suis un entrepreneur visionnaire, mais ma plus grande force, c’est surtout de faire aboutir un projet, de concrétiser les idées ! »

En 1995, il n’a que 22 ans lorsqu’il fonde avec son associé Cactus Commerce, qui deviendra un fleuron de l’économie locale et un chef de file en matière de logiciel d’affaires électroniques. « J’étais étudiant en droit quand nous avons mis sur pied Cactus, se souvient-il. Quand j’ai vendu mes parts en 2006, on avait 135 employés et des bureaux à Seattle ainsi qu’à Chicago. »

L’année suivante, en 2007, il fait l’achat de Bluebear qui offre des solutions logicielles criminalistiques aux autorités policières, notamment pour lutter contre l’exploitation sexuelle des enfants en ligne.

« Blubear, ça été un chemin de croix avant de connaître la réussite, affirme-t-il. Ce fut un investissement majeur en temps et argent. Des millions de dollars ! La technologie était embryonnaire et j’ai mis deux ans à la développer avant de faire une première vente. À l’époque, on voyait que la quantité de données non structurées devant être stockées allait exploser. On a rencontré des corps policiers afin de connaître leurs besoins pour ensuite développer un outil leur permettant d’automatiser l’analyse de données, d’images et de vidéos trouvés sur des ordinateurs. Un produit qu’on améliore à tous les deux mois. »

Une présence mondiale

Sa patience et sa ténacité ont porté ses fruits puisqu’aujourd’hui, l’entreprise offre ses services à la plupart des corps policiers au Canada, ainsi qu’aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Pays-Bas, en Suisse, en Espagne, en Italie et au Japon, pour ne nommer que ceux-là.

En 2017, le Conseil national de recherche du Canada fait une étude sur la cybersécurité et ses propres besoins en la matière. Toute l’industrie est invitée à participer à des tables de consultation de l’industrie et Bluebear va s’y pointer. Le gouvernement du Canada s’apprête à investir des milliards dans ce domaine jusqu’en 2030 et celui-ci rappelle aux entreprises canadiennes l’importance de s’unir afin de faire face à la concurrence étrangère pour l’obtention de contrats.

Antoine Normand, président d'In-Sec-M

« Au pays, plus de 95 % des entreprises en cybersécurité sont des PME et peuvent difficilement rivaliser avec les grandes entreprises étrangères. Il fallait donc unir nos forces pour saisir cette occasion d’affaires en or. »

Naît donc la même année In-Sec-M, un organisme sans but lucratif qui regroupe 90 membres de partout au Canada, des entreprises innovantes en cybersécurité, et dont l’objectif est de créer une cohésion dans l’industrie et d’accroître ses parts de marché. Elles allient leurs technologies et soumissionnent ensemble sur des appels d’offres. De plus, le regroupement organise diverses activités et des missions internationales pour conquérir de nouveaux marchés.

Rançonnage et exploitation sexuelle

Au Québec, In-Sec-M est reconnu comme un centre d’excellence en cybersécurité. En 2019, il a participé à la création du Programme d’innovation en cybersécurité du Québec, un projet de 68 M$ grâce auquel de nouvelles technologies et inventions ont vu le jour, partout en province et à Gatineau.

Depuis le début de la pandémie en mars 2020, les choses ont beaucoup changé souligne le président du d’In-Sec-M. « Les gens sont en télétravail et les entreprises peinent à contrôler ce qui se passe sur leur réseau. Il y a beaucoup plus de points d’entrée qui peuvent mettre un réseau en danger. On constate une hausse fulgurante des vols de données et de demandes de rançons par des cybercriminels. En Europe de l’Est, il y a des centaines d’entreprises qui ne font que ça, encrypter des données et demander des rançons de plusieurs millions de dollars. Sans oublier l’exploitation sexuelle des enfants en ligne qui, malheureusement, connaît elle aussi une croissance exponentielle. Les corps policiers du monde entier sont débordés. »

Ainsi, In-Sec-M a vu augmenter son nombre d’interventions, lequel se chiffre actuellement à des millions de dollars, comparativement à 100 000 $ en 2019.

Antoine Normand vu par Bado

Recruter davantage

Parmi les réalisations du regroupement dont Antoine Normand est particulièrement fier, mentionnons la création d’une zone d’innovation en cybersécurité à Gatineau et du Laboratoire d’identité numérique, réalisées en collaboration avec le Conseil canadien de l’identification et de l’authentification numériques.

« Avoir un nombre incalculable de mots de passe et de noms d’usager, ça ne fonctionne plus », dit-il.

L’intention est de créer une identité personnelle qui sera interopérable, un genre de portefeuille numérique utile pour toutes nos transactions. Le laboratoire est un endroit neutre où les entreprises pourront tester leurs solutions d’identité selon les standards établis par les diverses provinces. Voici un bel exemple de ce que peut accomplir l’industrie en se mobilisant. »

Quant à l’avenir, Antoine Normand souhaite recruter davantage de membres à l’extérieur du Québec, notamment à Toronto, Waterloo et dans l’Ouest canadien où se trouvent de nombreuses entreprises en cybersécurité.

« Un des grands défis pour In-Sec-M sera de convaincre des multinationales de se joindre à notre association. De grandes entreprises comme IBM qui ont des filiales ici ne voient pas l’avantage d’y adhérer. C’est à nous de leur démontrer notre plus-value, soit qu’elles auront accès à une foule d’innovations dont elles ne connaissent même pas l’existence.