Le propriétaire du Groupe Mayer, Stéphane Mayer.

L’artiste de la construction

La rencontre avec l’entrepreneur Stéphane Mayer a lieu dans un petit bureau encombré qui ne lui appartient pas. « Je m’assois où il y a de la place, dit-il, j’ai pas de bureau. » Bon, je me dis voilà un autre entrepreneur qui se donne du style, qui veut avoir l’air cool. Après une heure et demie d’entrevue avec lui, je réalise que, non, je suis bien en face d’un type qui n’a pas de bureau et qui, malgré tout, réussit sacrément bien en affaires. Bienvenue dans l’univers d’un gars pas ordinaire.

Stéphane Mayer est un cas. Avec son blouson, son t-shirt noir, sa coupe de cheveux punk et ses jeans élimés, on pourrait le prendre pour le concierge ou un musicien de rue. Nous sommes pourtant en présence d’un redoutable homme d’affaires, iconoclaste, direct mais néanmoins gentleman, un entrepreneur d’une profonde intégrité.

Parcours atypique

Le jeune Mayer a quitté Ferme-Neuve, dans les Laurentides, à l’âge de 18 ans pour atterrir à Hull avec pour seul bagage un coffre d’outils. Aucun diplôme, aucune formation, pas d’argent. Aujourd’hui, il rénove les bureaux du premier ministre du Canada.

Lorsqu’il arrive en Outaouais en 1987, Stéphane Mayer obtient un poste de manœuvre sur le chantier du Musée canadien des civilisations. Deux ans plus tard, il devient contremaître. Autodidacte et désireux de conduire sa vie comme il l’entend, Il fonde sa propre compagnie de construction, Acoustique SM, en 1993, spécialisée dans l’enveloppe intérieure des bâtiments. Être patron, c’est être libre. C’est aussi le privilège de dire ce que l’on pense. Ce qui lui vaut sa réputation d’intégrité, d’ « homme vrai, » comme il le dit lui-même. Le mot honnêteté sonne juste dans sa bouche.

Au fil des ans, sa réputation grandit car il respecte tous ses contrats. Il obtient des chantiers majeurs, comme celui de l’hôpital Montfort et la rénovation de l’édifice de l’Ouest au Parlement. Il fonde deux autres compagnies, Construction Echo, spécialisée en isolant giclé et Creadditive, versée en impression 3 D. Aujourd’hui, elles sont regroupées sous la bannière de Groupe Mayer, qui gère environ 150 employés. Parfois, l’équipe grimpe jusqu’à 250. Son chiffre d’affaires tourne autour de 30 millions de dollars par année.

Un franc-parler qui dérange

Avec sa tête d’adolescent, sa dégaine à l’avenant et son langage franc, on se doute que l’homme ne s’est pas fait que des amis dans le monde de la construction. Surtout au Québec, où il critique depuis longtemps la lourdeur du système ouvrier, les pratiques douteuses de nombreux entrepreneurs et la course au bas prix qui mine la pérennité des projets.

Autant de facteurs qui ont fini par orienter sa pratique. « Avant, je faisais 85 % de mon chiffre d’affaires au Québec, aujourd’hui la majorité de mes activités sont en Ontario. Là-bas, je suis reconnu, respecté. Au Québec, ça me coûtait 100 000 $ par année en frais d’avocats pour me faire payer mes travaux. En Ontario, zéro frais, rien depuis 10 ans. »

Il le répète : ce dont il est le plus fier est d’être resté lui-même au fil des ans.

Il ne cherche pas les contrats seulement pour augmenter son chiffre d’affaires. Il faut qu’il s’amuse, affirme-t-il. C’est le côté artiste de l’homme qui parle soudain. « Ce qui m’allume, c’est les projets flyés, compliqués, qui demandent de la création, du design. » Il lui suffit de regarder un plan pour savoir comment le bâtir. Il a été bien servi au parlement depuis quatre ans où il a réalisé un contrat de 50 millions de dollars en rénovation. Au menu : rénovation de frises néogothiques au bureau de Justin Trudeau, création d’un dôme géant, réfection de l’acoustique et des plafonds de l’édifice de l’Ouest.

Relève

Après 25 ans en affaires, Stéphane Mayer n’a pas l’intention de ralentir la cadence. Cet hyperactif fonce dans la vie et rien ne semble l’arrêter. Ses deux enfants, Rose et Alix, démontrent un intérêt dans l’entreprise mais, à 22 et 19 ans, ils ont encore le temps d’y penser. Le père, lui, ne s’en cache pas, il voudrait bien les voir prendre la relève. Son entreprise est en nomination pour le prix Excelor de la Chambre de commerce de Gatineau remis à l’entreprise de l’année comptant plus de 150 employés. Stéphane Mayer n’a jamais cherché les honneurs mais cette fois, pour célébrer ses 25 ans en affaires, et aussi pour ses employés, il aimerait bien obtenir la récompense.

Ses défis? S’amuser en travaillant, obtenir de beaux projets stimulants, continuer de dire ce qu’il pense !

Le Groupe Mayer amorce son deuxième quart de siècle en affaires dans de nouveaux et grands locaux, rue Mangin dans le secteur Hull. Mais Stéphane Mayer, 50 ans, n’y a toujours pas de bureau. Il s’assoit là où il y a de la place !