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Martin Lalonde
Collaboration spéciale
Martin Lalonde

La théorie monétaire moderne expliquée

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Depuis maintenant plus de 30 ans, le gouvernement japonais et sa banque centrale tentent par tous les moyens de redonner de la vigueur à l’économie du pays. L’une des façons utilisées est d’injecter massivement des liquidités dans le marché afin de soutenir l’investissement local. Pour y parvenir, le Japon a baissé son taux directeur à presque zéro depuis plusieurs décennies et a emprunté d’énormes sommes sur les marchés obligataires.

Les théories économiques classiques ont toujours prédit qu’une dette nationale hors de contrôle devait rapidement causer une crise économique et une inflation galopante. C’est en fait tout le contraire qui s’est produit au pays du Soleil levant. Le Japon est à l’heure actuelle le pays le plus endetté sur la planète avec un ratio dette/PIB ( Produit intérieur brut ) de 242 %, soit environ 100 000 $ par habitant. Par comparaison, le taux est de 107 % aux États-Unis et de 85 % au Canada.

Mais une nouvelle approche économique est maintenant très en vogue dans les cercles intellectuels occidentaux : la théorie monétaire moderne. Et son application pourrait bouleverser les habitudes de consommation de tous les pays et de ses habitants.

On peut qualifier les dernières décennies d’âge d’or du néo-libéralisme. Généralement, les grands pays occidentaux ont favorisé une empreinte moins interventionniste de l’État dans la vie économique des citoyens et un contrôle serré sur les dépenses gouvernementales. Les Thatcher, Reagan, Trump et même Harper de ce monde ont encouragé le secteur privé à accumuler les richesses disponibles en misant sur la prémisse que celles-ci seront efficacement redistribuées par une soi-disant « main invisible » du marché. Plusieurs remettent évidemment en doute cette approche libertarienne.

La théorie monétaire moderne a comme base les deux énoncés suivants :

1. les pays qui empruntent dans leur propre monnaie ne devraient pas s’inquiéter des déficits publics car ils peuvent toujours créer de l’argent pour financer leur dette;

2. les pays qui empruntent dans leur propre monnaie peuvent financer autant de dépenses publiques réelles qu’ils le souhaitent en créant de l’argent.

Vous remarquez rapidement que cette théorie est radicalement différente du néo-libéralisme qui comparait les dépenses des pays à celles des ménages et qui encourageaient les états à faire preuve de retenue dans la gestion de leurs dettes souveraines. En fait, les défenseurs de cette théorie expliquent que seule l’inflation et les ressourcent disponibles doivent influencer les gouvernements dans leurs projets d’investissements. En d’autres termes, tant qu’il y a des chômeurs et un bas niveau d’inflation, la grandeur de la dette ne devrait pas être un facteur à considérer.

Je suis peut-être de la vieille école, mais je suis personnellement abasourdi de voir que cette théorie monétaire moderne gagne en popularité. Il est clair que les gouvernements de Justin Trudeau et de Joe Biden misent sur cette approche pour leurs projets d’infrastructures respectifs. Souhaitons-nous bonne chance et espérons que cette théorie ne se brise pas dans la main de leaders imprudents.


Notre chroniqueur Martin Lalonde est président de la firme Les Investissements Rivemont, une institution financière gatinoise spécialisée en gestion de portefeuilles.