La pénurie de la main-d’oeuvre, un frein à l’expansion

L’insuffisance de la main-d’oeuvre dans la région, un mythe? Pas pour le propriétaire des deux magasins Club Piscine Super Fitness à Gatineau et à Ottawa, Jean Ravenda, qui a dû renoncer à l’idée d’en ouvrir un troisième faute de personnel. Cette même réalité a aussi frappé les copropriétaires du salon de coiffure Victor Victor à Gatineau, qui ont finalement abandonné leur projet d’ouvrir un deuxième établissement dans le secteur du Plateau, après n’avoir reçu aucune candidature de coiffeurs potentiels.

«Des histoires comme ça, il y en a beaucoup», selon M. Ravenda, qui agit aussi à titre de vice-président de la Chambre de commerce de Gatineau.

L’homme d’affaires bien implanté dans la région a ouvert un troisième magasin éphémère, l’an dernier, dans le secteur Orléans, afin de tester le marché.

«L’expérience a été concluante, il y a un marché et je n’ai aucun doute, mais je n’ai pas les ressources pour pouvoir avoir du personnel-là, explique-t-il. Il faut que tu aies les personnes qui vont bien servir les clients. Il faut que tu les formes et nos programmes de formation sont basés sur une durée trop longue compte tenu du roulement», poursuit-il.

Faible croissance

Ses propos reflètent d’ailleurs les résultats d’une enquête menée par la Banque de développement du Canada (BDC), en septembre 2018, auprès de 1200 entrepreneurs canadiens à la tête de PME. Près de 40 % d’entre eux ont dit avoir de la difficulté à trouver de nouveaux employés. Les entreprises touchées par la pénurie étaient aussi 65% plus susceptibles de connaître une faible croissance, d’après le sondage.

Victime de son succès, le salon de coiffure Victor Victor peine pour sa part à suffire à la demande, alors que la liste d’attente pour s’y faire coiffer s’allonge, malgré le fait que le salon est maintenant ouvert les lundis également.

«Tout le monde dit que c’est un beau problème d’être plein tout le temps, mais ça reste que c’est un problème, affirme la copropriétaire, Sonia Provost. Les clients deviennent un peu plus impatients avec des temps d’attente qui frôlent les trois mois par coiffeur. Les clients se mettent à regarder ailleurs et donc, on a quand même une perte de clients», déplore-t-elle.

Le projet de répliquer le modèle du salon dans le secteur du Plateau a finalement avorté. Ce sont 11 emplois qui ne verront pas le jour. Le hic, selon Mme Provost, c’est que 80 % des coiffeurs sont des travailleurs autonomes qui font de la location de chaise.

«À la location de chaise, on a le choix de travailler comme on veut, de prendre des vacances quand on veut, mais on n’a pas l’avantage de faire partie d’une équipe qui veut aller plus loin, de prendre des formations, de grandir avec le soutien de l’entreprise», fait-elle valoir.