La femme d'affaires et copropriétaire du Chelsea Pub, de Biscott & Cie et de La Maison Bleue, à Chelsea, Manuela Teixeira.

La dame de Old Chelsea

Décidément, Manuela Teixeira, Déjà copropriétaire du Chelsea Pub, de Biscotti & Cie, et de La Maison Bleue, n’est pas parvenue au bout de ses rêves.

Pour Old Chelsea, petit village bucolique de la MRC des Collines-de-l’Outaouais, elle rêve d’une microdistillerie, d’hébergements touristiques et résidentiels, de commerces, d’un espace public, bref de créer une industrie touristique qu’elle veut modeler à son image et à ses valeurs dans le respect de la nature et du patrimoine.

« L’industrie touristique et de la restauration, ce sont des gens qui aiment les gens. On se lance là-dedans par amour », croit Manuela Teixeira.

Née au Portugal et arrivée dans la région au début des années 1970, à l’âge de 30 mois, elle a vécu toute sa vie dans le secteur Hull à Gatineau avant de prendre racine, en 2001, à Old Chelsea. Son goût du risque, elle dit le tenir de ses parents.  « Ils sont partis pour un pays qu’ils ne connaissaient pas, dans une langue qu’ils ne connaissaient pas. Il y a une part de risque énorme dans tout ça. Quand on ne risque pas, on n’avance pas, on fait du surplace.  Moi, j’aime bouger, voir l’évolution des choses.  J’ai pas peur de risquer pour voir un projet évoluer.  »

Avec en poche un baccalauréat en administration des affaires ( spécialisation en marketing ) de l’Université du Québec en Outaouais et une maîtrise en communication ( nouveaux médias ) de l’Université d’Ottawa, Manuela Teixeira aura notamment été directrice générale chez Kolegram, une agence de graphisme de Gatineau, ainsi que coordonnatrice du programme de marketing à La Cité. C’est en 2008 que cette mère de deux filles, Camillia 21 ans et Élisa 19 ans, se lance en affaires avec l’achat du Chelsea Pub, en partenariat à l'époque avec son ex-conjoint.

Destination Old Chelsea 

En avril 2017, elle s’associe à Martin Paquette, du Nordik Spa-Nature, pour imaginer le Old Chelsea de ses rêves.  « L’idée est de créer à Old Chelsea une destination où on peut manger, on peut boire, on peut dormir, on peut s’amuser, on peut aller dans le parc de la Gatineau, donc ça ne devient pas une place où on va juste prendre une bière au pub. Ça devient une destination. »

Sur sa planche à dessin se profile le Square Old Chelsea, un projet de développement résidentiel, commercial, culturel et récréotouristique évalué à 26 millions $. L’aménagement d’une place publique avec fontaine et scène musicale, ainsi que la construction des Lofts Padden, un ensemble de 28 lofts et d'espaces commerciaux, s’ajouteront à La Maison Bleue, au Chelsea Pub, et à Biscotti & Cie qui ont récemment été le théâtre d’importants investissements.  Viendra sûrement une microdistillerie, un autre des rêves que caresse cette ex-présidente de Tourisme Outaouais, de 2013 à 2017.

« On fait des heures pour aller dans les Adirondacks parce qu’on s’imagine qu’on va trouver des choses différentes.  Mais nous, on l’a à notre porte.  Il y a quelque chose ici dans l’air qui va attirer les gens », affirme l’entrepreneure qui croit fermement au pouvoir d’attraction du parc de la Gatineau qui, beau temps mauvais temps, accueille plus de 2,5 millions de visiteurs annuellement.

Beauté et authenticité 

Pour elle, pas question de « macdonaliser » Old Chelsea en empruntant de gigantesques modèles de développement irrespectueux de l’environnement patrimonial.  « Le trop gros, ce n’est pas ce qui m’attire.  Ce qui m’attire, c’est la beauté et l’authenticité des projets que je fais. Ça ne se fait pas en faisant du copier-coller. Le succès de l’endroit, c’est justement parce que les gens vont retrouver quelque chose de différent. Tout va tellement vite, on a besoin de se reconnecter à la base. » 

La mairesse de Chelsea, Caryl Green, ne tarit pas d’éloges à l’endroit de Manuela Teixeira. « Je lui lève mon chapeau.  Elle a travaillé avec brio et énergie avec les autres commerçants afin de développer une offre touristique respectueuse du patrimoine.  Elle a une vision. » 

Manuela Teixeira sur...

L’industrie touristique: « Ce n’est pas celle dont on dit qu’elle est extrêmement profitable. Ce n'est pas de la haute technologie, de la recherche et du développement. Elle n’est pas reconnue à sa juste valeur.  Il n’y a pas que le développement économique.  L’industrie touristique crée aussi des milieux de vie pour tout le monde, c’est pas juste pour les touristes.  Elle fait souvent ce que les villes ne font pas. » 

Être une femme dans le milieu des affaires: « Au début, on a une impression de ne pas être prise au sérieux. On attribuait du crédit à mon ex-conjoint alors que j’étais toujours là.   Je bossais dans tous les projets. Je ne prenais pas l’avant-scène. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. » 

La conciliation travail-famille: « Ça été difficile lorsque mes enfants étaient plus jeunes. C’est tout un défi et c’est lourd sur la vie en général. Mais j’étais incapable de rester en place, il fallait que je travaille, que je bosse et que j’aille de l’avant. On ressent cet espèce de déchirement qui veut que nos enfants soient bien et celui de vouloir s’épanouir en tant que femme et réaliser nos rêves. » 

Son style de gestion: « Je me qualifie d’humaniste. J’ai permis à mon personnel d’évoluer et je demeure toujours ouverte. Quand je dis que j’ai un style de gestion humaniste, j’entends pas souvent les gars dire ça. C’est pas le même style, on n'opère pas de la même façon. »   

L’argent: « Ce n’est pas ma première motivation.  Ça vient avec. »

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Un bon coup ? D’avoir fait confiance à mon instinct en 2017 lorsque je me suis associée à Martin Paquette. J’ai tout risqué et même plus. J’aurais pu encaisser et sortir de mon milieu pour me la couler douce. J’ai préféré risquer, développer une vision globale pour le Square Old Chelsea et je m’assurerai d’atteindre tous les buts que je me suis fixés.

Un moins bon coup ? D’avoir omis de m’arrêter en 2004. Comme bien des gens, j’en faisais trop en oubliant de prendre du temps pour moi et ma famille. J’ai frappé un mur. Ça m’a pris quatre mois à me relever. J’aurai toujours en moi ce besoin d’accomplir pleins de projets en même temps, mais aujourd’hui j’ai compris que l’équilibre permet de mieux accomplir nos rêves. C’est ce que je fais.

Un mentor ? J’aime bien l’enseignement de Brené Brown. Il s’agit d’une professeure de la University of Houston qui étudie depuis plus deux décennies les notions de courage, de vulnérabilité, de honte et d’empathie. Selon elle, les êtres courageux sont ceux qui réussissent le mieux leur vie. Et pour être courageux, il faut apprendre à être vulnérable et à accepter l’erreur comme faisant partie de l’apprentissage. Ce sont des valeurs qui me rejoignent.  

Un conseil ? Rien ne se fait seul. Il faut bien prendre soin des gens qui nous entourent et s’assurer qu’ils portent en eux des valeurs similaires aux nôtres.