La bulle japonaise

CHRONIQUE - FINANCES / C’est avec un grand plaisir que je me joins à l’équipe de chroniqueurs du mensuel Le Droit AFFAIRES. À titre de chroniqueur économique et financier, je tenterai d’approfondir pour vous les enjeux les plus complexes et qui ont un impact direct sur les décisions d’investissements de toutes les classes d’actifs. De plus, je vulgariserai en termes pratiques les grands thèmes macroéconomiques globaux pour expliquer les impacts concrets de ceux-ci sur notre région et sur les opportunités d’investissements. Une grosse commande, s’il en est une.

Il serait difficile de ne pas entamer cette chronique par le sujet qui est sur toutes les lèvres des intervenants financiers en ce moment, celui des taux d’intérêts neutres et négatifs de certaines banques centrales et de maintenant plus de 17 billions d’obligations.

Pour bien comprendre le phénomène actuel, il est important d’en retracer les sources. Tout débute avec l’éclatement de l’une des plus grandes bulles de l’histoire moderne, la bulle immobilière japonaise de 1986 à 1991. À son sommet, le terrain du Palais impérial de Tokyo était évalué à une valeur plus grande que l’ensemble du parc immobilier canadien. Une vraie bulle.

L’effondrement subséquent de l’immobilier, du marché boursier et de l’économie entière du Japon a poussé la banque centrale à agressivement abaisser les taux d’intérêts, ce qu’on appelle une politique monétaire très souple ou accommodante. Le but de cet exercice était de favoriser les investissements privés, mais également de soutenir l’inflation qui était descendue en territoire alarmant. Malheureusement, en raison notamment de strictes politiques migratoires et surtout d’une croissance économique freinée par une population vieillissante, la stratégie n’a jamais vraiment fonctionné et le Japon se retrouve aujourd’hui avec un taux d’intérêt négatif, sans inflation et une dette monstrueuse en raison de politiques fiscales qui n’ont également donné aucun résultat.

Des hypothèques à taux négatifs

Évidemment, et ici vous me voyez venir, les causes mêmes de l’échec de cette stratégie monétaire, notamment une population vieillissante, sont aujourd’hui présentent dans les grandes économies occidentales qui tentent, avec un identique manque de succès, d’encourager une hausse de la croissance et de l’inflation avec une stratégie fiscale agressivement souple.

Et ce signal d’échec des grandes banques centrales se reflète maintenant pour le consommateur moyen alors que certaines banques des pays nordiques offrent des hypothèques à taux négatifs. L’emprunteur doit alors remettre moins que ce qu’il a emprunté. Dans la même région, une autre banque impose maintenant un frais, l’équivalent d’un taux d’intérêt négatif, pour tout dépôt plus élevé qu’un certain montant, phénomène qui avait également temporairement pris place aux États-Unis lors de la crise de 2008-2009.

Maintenant que nous connaissons les sources de ces niveaux absurdes de taux d’intérêts, nous verrons lors de la prochaine chronique quels types d’actifs sont favorisés et comment en profiter.

Titulaire d’une maîtrise en administration des affaires de l’Université d’Ottawa et d’une spécialisation en commerce international de l’École supérieure de commerce de Reims, en France, notre chroniqueur Martin Lalonde est président de la firme Les investissements Rivemont, une institution financière spécialisée en gestion de portefeuilles et de fonds alternatifs ayant son siège social à Gatineau.