Voir grand avec de 
mini-maisons

Vivre dans plus petit pour profiter davantage de la vie. C’est ce que propose l’entrepreneure Geneviève Girard, présidente et fondatrice du concepteur et promoteur immobilier Nordikasa. Cette jeune entreprise vient de faire son entrée dans le marché des petites habitations au Québec en dévoilant une première mini-maison construite en Outaouais, à Saint-André-Avellin, sur le site du Domaine Valdie 321N.

Native de Rouyn-Noranda, Geneviève Girard habite l’Outaouais depuis 1990. En fait, le verbe «habiter» est probablement un brin exagéré dans son cas. C’est que la femme d’affaires de 39 ans a passé une grande partie de sa vie adulte à voguer au-delà des frontières. Elle compte plus de 30 pays différents dans son carnet de voyage. « Je suis une voyageuse née. Ça a commencé avec un échange culturel en Nouvelle-Zélande quand j’avais 16 ans », précise-t-elle d’emblée lorsqu’on lui demande de relater son parcours.

Ce désir de ne pas rester cloîtrée dans le même environnement, Mme Girard a pu le nourrir avec le travail. Déjà dans la vingtaine, cette autodidacte qui n’a jamais pu terminer ses études universitaires en administration et comptabilité en raison de son côté nomade, a occupé un poste d’auditrice senior pour la compagnie maritime de navires de croisière Nowegian Cruise Line. « J’ai vécu dans une toute petite cabine au fond d’une cale de bateau pendant deux ans. Je sais très bien ce que c’est que de vivre dans moins de 200 pieds carrés », dit-elle pour faire un lien avec Nordikasa, le projet qui occupe aujourd’hui toutes ses pensées et presque tout son temps. 

De fonctionnaire à entrepreneure

Après quelques années à vivre en mer, Geneviève Girard a opté pour un peu de stabilité. À l’âge de 25 ans, elle a décroché un emploi à la fonction publique fédérale.

Pendant plusieurs années, elle a occupé les postes de coordonnatrice nationale des évaluations environnementales pour le compte de Pêches et Océans. Ce « travail de rêve », insiste-t-elle, lui a permis de sillonner le pays au complet.

Et puis sont arrivées les compressions dans la fonction publique fédérale, en 2012 et 2013. Mme Girard s’est vue contrainte de changer de poste. « J’étais rendue à faire des analyses et c’est là que j’ai réalisé que je n’étais plus capable d’être dans un cubicule devant un ordinateur », lance l’entrepreneure.

L'Abitibienne fonde alors Nordikasa en octobre 2015, tout en gardant un pied à terre au gouvernement. Au printemps 2017, Geneviève Girard décide de prendre une retraite prématurée et de se consacrer à temps complet à ce rêve qui germait depuis déjà plusieurs années dans sa tête: lancer un concept de mini-maisons et attaquer ce marché immobilier en pleine effervescence. Mme Girard, qui se décrit comme une «tripeuse de rénovation», souligne qu’elle a possédé sept maisons dans sa vie et que chacune de celle-ci a été « renippée » à plus d’une reprise. « J’ai toujours été une rêveuse », affirme-t-elle.

Un démarchage intensif

Un long processus ardu s’annonce alors pour la jeune femme lorsque celle-ci quitte le fédéral. « Quand je suis partie, je m’attendais à avoir le parachute de Phénix, mais je n’ai pas reçu mon fonds de pension tout de suite. Si j’avais su, j’aurais probablement fait le parcours différemment », relate-t-elle.

Pour faire progresser son entreprise, la trentenaire frappe à toutes les portes. Elle fait notamment appel à FemmeEssor pour élaborer un budget dans le but d’embaucher des architectes. Elle y fait la rencontre de Line Charrette, l’entrepreneure et copropriétaire de Chabitat Construction qui sera la première personne à l’appuyer financièrement dans sa démarche.

La présidente et fondatrice de Nordikasa, Geneviève Girard

Elle cogne ensuite aux portes de multiples municipalités et d’entreprises en construction à travers le Québec, mais personne ne lui porte attention. Son concept de petite maison «saine, écologique et économique» basé sur une formule clé en main où le client choisit son modèle, son assise (pilotis, pieux vissés, dalle radiante, garage ou vide sanitaire) et ses options (panneaux solaires, serres, terrasse sur le toit) avait beau être bien ficelé, les préjugés de ses interlocuteurs étaient nombreux.

« Être une femme dans la construction, c’est très difficile, surtout si tu ne viens pas d’une famille qui a une histoire dans le domaine. Partout où je passais, on me disait que ça ne fonctionnerait pas ou on me demandait ce que je connaissais en construction. Ç’a été très difficile », raconte-t-elle.

L’Outaouais en retard

Puis, après des mois à ramer contre vents et marrés, la lumière a fini par scintiller au bout du tunnel. La rencontre avec les promoteurs Daniel Côté et Guy Leduc, du Domaine Valdie 321N, à Saint-André-Avellin, a été un élément déclencheur pour l’entreprise. Lancé à l’automne 2017, ce projet immobilier compte dans son plan des espaces dédiés aux petites habitations. Saint-André-Avellin est d’ailleurs la première municipalité de l’Outaouais à avoir modifié son zonage pour permettre l’arrivée de ce type de résidences. Six terrains de la première phase du Domaine Valdie 321N sont réservés pour des maisons de 500 à 999 pieds carrés de surface habitable. La phase deux du projet résidentiel comprendra 35 terrains pour les petites habitations de 999 pieds carrés et moins.

La première mini-maison de l’Outaouais à voir le jour, signée Nordikasa, a été érigée en mai sur ce majestueux site localisé entre la rivière Petite-Nation et le lac Charlebois. Il s’agit de L’Étoile du Nord, une résidence de 670 pieds carrés de superficie, laquelle figure parmi les 11 modèles disponibles dans le catalogue de la petite compagnie. 

Des pourparlers sont en cours pour que Nordikasa débarque à Val-des-Monts et Lac-Simon dans un futur rapproché. 

Il est d’ailleurs grand temps que les municipalités de la région s’ouvrent à cette tendance et qu’elles changent leur réglementation, estime Mme Girard qui dit avoir reçu des appels de clients potentiels d’aussi loin que du Nouveau-Brunswick, de la Colombie-Britannique et même de la Californie à la suite du lancement de Nordikasa sur les réseaux sociaux, à l’automne 2017.

« En Outaouais, nous sommes au moins sept ans en retard pour les mini-maisons. Il y a du travail à faire », indique l’entrepreneure qui espère un jour voir son entreprise fournir le marché international grâce à une usine destinée à la fabrication de modulaires.

« La population est vieillissante et les jeunes de 30 à 40 ans, pour la plupart, sont à une étape où ils préfèrent plutôt vivre et profiter de la vie que d’entretenir une grosse maison. Un grand pourcentage de la population habite seul et la vie coûte très cher. La planète grossit et on doit mettre le monde quelque part. Écologiquement, on s’en va vers de plus en plus d’inondations et des températures extrêmes, on doit adapter nos bâtiments à ce qui s’en vient. Pour ces raisons, je pense que nous sommes rendus là », conclut la femme d’affaires qui voit grand pour l’avenir de ses petites résidences.