Rescaper l’Outaouais rural

La SADC Papineau a récemment demandé à la firme SOM de réaliser un sondage auprès des entreprises de son territoire pour avoir un portrait général de la situation actuelle et pour rendre plus pertinentes et efficaces ses interventions en Outaouais rural. Ce qu’elle a découvert l’a un peu alarmée.

La Société d’aide au développement des collectivités (SADC) Papineau couvre un vaste territoire qui s’étend sur deux MRC (Collines-de-l’Outaouais et Papineau) et l’extrémité est de Gatineau, c’est-à-dire Buckingham et Masson-Angers. Une bonne partie de cette zone est rurale.

L’étude de la firme SOM a analysé près de 300 des 1254 entreprises et organismes qui peuplent le territoire de la SADC Papineau.

Trois surprises sont venues susciter des remises en question chez les observateurs de la scène économique de l’Outaouais rural.

D’abord, le temps de la petite maison dans la prairie est bel et bien terminé ! L’agriculture, la foresterie, la chasse et la pêche n’occupent plus que 3 % de la tarte économique de cette partie de l’Outaouais rural. C’est plutôt les secteurs de la construction, des services et du détail qui font vivre les résidants de cet arrière-pays.

Deuxième électrochoc : 87% des biens et services que produisent ces entreprises sont vendus dans la MRC même ou en Outaouais. Seulement 2% exportent à l’étranger. Il s’agit donc d’un micromarché replié sur lui-même et autosuffisant.

Troisième observation – de loin la plus préoccupante : 34% des propriétaires d’entreprises de ce territoire comptent quitter définitivement les affaires au cours des cinq prochaines années. Plus spécifiquement, plus de la moitié de ceux qui veulent se défaire de leur entreprise la cédera à un étranger plutôt qu’à un membre de leur famille, car 72% des entrepreneurs n’ont pas prévu de succession professionnelle et, pis encore, le quart des gens d’affaires qui veulent prendre leur retraite d’ici cinq ans envisagent de fermer définitivement les portes de leur entreprise.

C’est cette dernière statistique qui fait réagir la directrice générale de la SADC Papineau, Mélissa Bergeron.

« Effectivement, ils ne planifient pas. Les propriétaires sont dans les opérations de leur entreprise, dans le today. Et pour les plans de relève, y en a très peu qui le font. Ils vont avoir ça en tête plus à la dernière minute, les dernières années et s’ils ne voient pas de possibilités, ils vont carrément fermer. Pour nous, c’est une perte d’expertise, ce sont des pertes d’emplois, donc plein d’impacts qu’on veut éviter. »

Tirer du positif d’un effet pervers

Les trois priorités de la SADC pour contrer cette saignée seront, bien sûr, d’interpeller la relève, mais aussi de rendre plus compétitives les entreprises en intégrant les nouvelles technologies dans les pratiques d’affaires et, enfin, de développer le secteur manufacturier, trop timide actuellement en Outaouais rural.

« En même temps, nous on voit ça positivement parce qu’on transfère cette réalité-là en opportunité d’affaires. Si 25% des propriétaires d’entreprises désirent fermer, ces entreprises-là ont un marché, ont un potentiel, Il y a une opportunité de reprendre ces activités-là. Donc, faut les faire connaître autant auprès des jeunes que des investisseurs qui désireraient s’établir sur notre territoire pour reprendre ces entreprises-là qui vont être vendues ou cédées », explique Mélissa Bergeron.

Un « événement-relève » cet automne et une campagne de sensibilisation pour trouver des acquéreurs potentiels d’entreprises sont à l’agenda de la SADC.

De même, de concert avec d’autres SADC régionales qui vivent le même phénomène d’abandon d’entreprises, on déploiera en commun des mécanismes d’attractivité de la relève.