Ottawa-Gatineau: une prospérité retrouvée

La région d’Ottawa-Gatineau a retrouvé des conditions de marché aussi favorables qu’en 2007-2008, avant la crise financière américaine. Le taux de chômage a atteint chez nous le plancher inespéré de 4,8% en mars dernier, une performance inégalée en près de dix ans. Bref survol d’une réalité où les étoiles n’avaient rien d’autre à faire que d’être alignées.

Il s’est créé 12 100 nouveaux emplois dans la région d’Ottawa-Gatineau au cours du premier trimestre de 2018, pour établir un nouveau record alors qu’environ 737 000 citoyens de la région étaient actifs sur le marché du travail durant cette période.

La région vit aujourd’hui exactement le contraire de ce qui se passait dans les années 1960, 1970 et début 1980 lorsque des hordes de baby-boomers prenaient d’assaut le marché du travail et la fonction publique.

Aujourd’hui, cette même génération prend massivement le chemin de la retraite, libérant ainsi des milliers d’emplois.

« C’était le contraire dans les années 1970-1980, où on avait beaucoup de gens qui terminaient leurs études, entraient massivement sur le marché du travail et se battaient pour avoir un job. Beaucoup se retrouvaient sur le chômage. Maintenant, c’est le contraire, les employeurs se battent un peu pour avoir des candidats qualifiés pour prendre la place des boomers », explique le professeur émérite en sciences économiques à l’Université d’Ottawa, Serge Coulombe

Serge Coulombe, professeur en sciences économique de l'Université d'Ottawa

Ajoutons à cela que la région de la capitale fédérale affiche toujours traditionnellement un taux de chômage inférieur à la moyenne nationale, qui était elle-même fort satisfaisante en mars dernier avec un convaincant 5,8% (5,6% au Québec / 5,5% en Ontario). L’omniprésence de l’État fédéral dans la région apporte stabilité et durabilité aux emplois, d’où le taux enviable affiché à Ottawa-Gatineau.

Dynamisme du secteur privé

Ce nouvel élan d’après-crise est palpable aussi aux États-Unis où la reprise est confirmée. Le dynamisme du secteur privé, partout en Amérique du Nord, a fait des petits et le Canada profite de la croissance américaine. Il y a donc une demande de main-d’œuvre et ça se sent. Aux États-Unis, le taux de chômage est, en conséquence, historiquement bas à 4,1% en mars dernier.

Seule ombre au tableau : si les négociations sur l’ALENA devaient échouer en partie ou en totalité, l’instabilité économique pourrait réoccuper le plancher.

Des facteurs régionaux

À Ottawa-Gatineau, le départ à la retraite de milliers de baby-boomers frappe doublement : au phénomène de société observé globalement, s’ajoute celui de la fonction publique fédérale qui se déleste des salariés qui l’ont construite. Et cela a un effet bœuf.

Qui plus est, la région d’Ottawa-Gatineau a toujours affiché, du moins depuis l’édification de la fonction publique fédérale moderne, un taux d’instruction supérieur à la moyenne. Et qui dit haut taux de diplomation dit également stabilité d’emploi.

Malgré la domination de la fonction publique, notre économie régionale demeure néanmoins assez diversifiée, ce qui nous rend moins sensibles aux cycles économiques.

Le retour des libéraux au pouvoir, traditionnellement plus enclins à compter sur une fonction publique plus imposante, ouvre aussi le jeu.

Rien n’est parfait

Malgré la reprise, il reste que le secteur de la technologie a perdu 700 emplois en mars 2018. On note aussi des reculs dans les secteurs de la construction, des loisirs, de la culture, de l’information et des biens et services.

Il y a cependant eu hausse de l’offre d’emplois en restauration, en hôtellerie et, bien sûr, au gouvernement.

Des données qui n’inquiètent pas l’économiste Serge Coulombe

« Quand on a les yeux trop collés sur ce qui se passe d’un mois à l’autre, on risque de perdre un peu le portrait général des choses. Pour les technologies, c’est un peu normal, c’est un secteur beaucoup moins stable que la fonction publique fédérale, mais sa main-d’œuvre est tellement instruite et tellement en demande que, pour ces gens-là, la question qu’ils vont vraiment se poser est où est-ce qu’ils vont travailler ? »