Le tourisme d’affaires, un secteur lucratif

Longtemps considéré comme l’enfant délaissé, le tourisme d’affaires est plus que jamais dans la mire des gouvernements et des municipalités. Alors que Québec a désigné Gatineau 
comme l’une des trois portes d’entrée de la province pour cette clientèle en provenance de l’extérieur, la Ville d’Ottawa a instauré une nouvelle taxe 
sur l’hébergement dont les revenus visent à attirer davantage de grands congrès dans la capitale nationale.

« Ça fait 30 ans que le tourisme d’affaires existe. Il y a eu un réveil il y a deux ou trois ans, lorsque la ministre de l’époque a intégré l’appellation « tourisme d’affaires » à la stratégie de déploiement au niveau touristique », soutient le président de l’Association des professionnels de congrès du Québec (APCQ), Steeve Gagné.

« On ne se le cachera pas, ç’a été l’enfant un peu délaissé en partie parce qu’on se disait que c’était la responsabilité des hôtels », poursuit-il.

Le président de l’Association des professionnels de congrès du Québec, Steeve Gagné

Il reste que le tourisme d’affaires et de congrès rapporte en moyenne presque le double en recettes qu’un tourisme d’agrément, selon les estimations du ministère du Tourisme du Québec. Ce secteur représente même l’activité  « la plus lucrative de tous les segments touristiques », indique une porte-parole du ministère, Anne-Sophie Lacroix.

D’importantes retombées économiques

Près de 3000 événements et congrès de plus de 40 nuitées ont été compilés au Québec, en 2016, générant près de 270 M $ en dépenses directes, dont 22 M $ en Outaouais, selon les chiffres
de l’APCQ.

Une croissance de 7 à 8 % des revenus liés au tourisme d’affaires est à prévoir à l’échelle du Québec pour l’année 2017-2018, selon le ministère. Cette tendance à la hausse se reflète d’ailleurs dans la région.

La province tente présentement de brosser un « portrait fiable » de cette industrie dans les différentes régions. Le ministère veut ainsi accroître les recettes touristiques des visiteurs découlant du tourisme d’affaires et de congrès.

« L’objectif consiste à identifier avec les partenaires concernés un cadre de référence stratégique permettant de tirer profit du plein potentiel de chaque région, selon son niveau de maturité en tourisme d’affaires et de congrès », indique Mme Lacroix.

La décision du gouvernement de désigner Gatineau comme l’une des trois portes d’entrée de cette clientèle d’affaires internationale, avec Montréal et Québec, s’inscrit ainsi dans les efforts déployés par la province pour accroître les retombées économiques de ce secteur d’activité.

« Une activité qui se tiendrait normalement à Ottawa et qui se tient à Gatineau, c’est de l’argent neuf sur le territoire québécois », explique M. Gagné.

Attirer de grands événements

La présidente du conseil d’administration de Tourisme Outaouais, Geneviève Dumas, soutient pour sa part que ce statut de porte d’entrée permettra à Gatineau et ses environs d’attirer davantage de grands événements, tels que le Cirque du Soleil et Mosaïculture présentés l’an dernier dans le cadre du 150e anniversaire de la Confédération, et qui sont de retour cet été.

« Ça fait partie du rôle de notre statut de porte d’entrée de dire qu’il faut amener plus d’événements dans notre région, parce qu’on est capable d’aller chercher des touristes de l’autre côté de la rivière pour les amener chez nous. C’est de l’argent qui serait resté de l’autre côté, si on n’avait pas eu des événements comme ça », explique-t-elle.

Selon M. Gagné, Gatineau présente plusieurs attraits, dont celui d’abord d’être située à proximité de la rive ontarienne et d’avoir des infrastructures de qualité, incluant un centre des congrès et un casino.

« Il y a une masse critique d’expériences intéressantes à Gatineau. Il y a une histoire intéressante et évidemment la proximité d’Ottawa fait en sorte qu’un touriste qui débarque à Montréal va être intéressé sans doute d’aller voir la Colline du Parlement à Ottawa et va probablement passer par
Gatineau », est-il d’avis.

Une taxe à Ottawa

La Ville d’Ottawa souhaite pour sa part profiter de l’élan que lui a donné 2017, avec les festivités du 150e anniversaire de la Confédération, pour aussi attirer davantage de congrès et d’événements d’envergure.

Une nouvelle taxe municipale
sur l’hébergement est entrée en vigueur en janvier dernier, afin de s’assurer que des investissements servent à promouvoir et à développer l’industrie du tourisme. Une partie des recettes prévues estimée à 500 000 $ sera versée au Fonds de développement des congrès, qu’utiliseront Tourisme Ottawa et le Centre Shaw pour attirer dans la capitale nationale davantage de grands congrès internationaux et d’affaires.

Un montant additionnel d’un million $ provenant des revenus prévus sera en plus investi dans le Fonds d’événements majeurs que Tourisme Ottawa utilise pour attirer des événements
d’envergure.

« À Ottawa, le tourisme est le troisième secteur de création d’emplois, et nous pouvons continuer de le développer au bénéfice de notre économie et de notre collectivité », a déclaré le maire d’Ottawa, Jim Watson.