Une décennie pas comme les autres

CHRONIQUE - FINANCES / Le premier ministre John Diefenbaker dirigeait le Canada et le baby-boom connaissait son apogée. Il faut retourner 60 ans en arrière afin de retrouver une décennie qui aura été aussi généreuse que la dernière pour les investisseurs sur les marchés boursiers nord-américains. Par générosité, je parle de l’absence de marché baissier, soit une baisse de plus de 20% des principaux indices. Au cours de cette période, l’indice phare américain S&P500 a produit un rendement d’environ 250%, soit 1.2 fois le rendement historique.

Et ces dix années ont commencé de façon très tumultueuse. Le 6 mai 2010, à 14:32, débutait ce qu’on a appelé par la suite le Flash Crash, l’indice Dow Jones perdant jusqu’à 9% de sa valeur en quelques minutes seulement. Dix ans plus tard, on ne sait encore comment l’expliquer. Ce qui a fait craindre le pire aux différents intervenants financiers qui appréhendaient la gravité du prochain crash qui, en fait, n’aura jamais eu lieu.

Les années suivantes n’auront également pas été de tout repos. 2011 et 2012 auront vu la crise des dettes étatiques européennes prendre toute son ampleur, alors que l’Italie, l’Espagne et la Grèce étaient au bord du précipice, incapables de payer les intérêts sur leurs emprunts qui ne faisaient que croître.

D’autres facteurs ont toutefois inhibé ces difficultés passagères. Une stabilité économique sans précédent en grande partie grâce à la force de l’économie américaine qui a grimpé annuellement de 1.6% à 2.9% par année explique cette performance. Une augmentation très proche de la cible non écrite des 2% qui encourage les corporations à investir dans des projets rentables et non spéculatifs.

Et cette stabilité s’est également transposée à plusieurs autres actifs financiers. Par exemple, le marché mondial des devises, qui atteint 6 600 milliards, n’a jamais été aussi peu volatil. Cette volatilité est en baisse constante depuis 2009.

Mais vous serez surpris d’apprendre que, selon moi, l’élément déclencheur de ce surprenant marché haussier aura été la découverte de nouvelles technologies permettant l’extraction et le transport du pétrole et des gaz de schiste américains. Le pétrole se retrouve dans plusieurs produits de grande consommation et le gaz naturel est l’intrant principal de centaines de centrales électriques. Le prix du baril de pétrole (WTI) a atteint près de 150$ avant la crise de 2008-2009. Je suis persuadé qu’il aurait retrouvé ces niveaux si ce n’était de cette extraordinaire révolution énergétique. Pour la première fois de son histoire, les États-Unis sont devenus un exportateur net de produits pétroliers, engendrant une forte pression à la baisse sur les prix, et sur l’inflation en général. Cette absence d’inflation a permis aux banques centrales de garder les taux d’intérêts à des niveaux historiquement bas, l’essence même à laquelle carbure les marchés boursiers modernes.

Et si on regarde un peu en avant, il est fortement envisageable que les nouvelles sources d’énergie propres et renouvelables aient le même genre d’impact à moyen terme. Espérons que l’impact sera le même pour le portefeuille des investisseurs au cours de la prochaine décennie !

Notre chroniqueur Martin Lalonde est président de la firme Les Investissements Rivemont, une institution financière spécialisée en gestion de portefeuilles établie à Gatineau.