Les membres de la coopérative des travailleurs et travailleuses du journal Le Droit.

Quand le journal t'appartient

Les journalistes écrivent toujours, les représentants des ventes continuent d’offrir des espaces publicitaires et les titreurs, eux, titrent comme avant. Mais derrière cette apparence de stabilité, le quotidien Le Droit est en train de vivre de profonds changements.

L’entreprise centenaire est devenue une coopérative, il y a quelques semaines. Les employés sont devenus propriétaires de leur journal. « Depuis le début de l’année, chaque employé verse 5% de son salaire à la coop », explique Éric Brousseau, nouveau directeur général du quotidien en poste depuis la fin décembre dernier.

« Je suis devenu coopérant malgré moi », ajoute Patrick Duquette, premier président du conseil d’administration du Droit, version coop. « Mais plus je comprenais comment ça fonctionnait, plus je voyais que ça pouvait marcher. C’est viable », laisse-t-il tomber avec confiance. 

Le grand changement, c’est que désormais, le journal appartient aux quelque 65 employés, aux lecteurs des deux côtés de la rivière et aux annonceurs. Et que les décisions touchant directement le journal seront prises localement. « Avant, on était une filiale de Groupe Capitales Médias (GCM). Maintenant, on est autonome », se réjouit M. Brousseau.

Ce ne sont plus des actionnaires qui administrent le journal, mais bien la communauté qui tient à garder son quotidien.

Le modèle coop

La nouvelle coopérative du Droit a été calquée sur le modèle de la Laiterie de l’Outaouais, créée il y a 10 ans sur les cendres de l’ex-Laiterie Château. Le modèle retenu remet la propriété de la compagnie aux mains des travailleurs et des clients. Avouons-le, c’était la seule option valable offerte aux employés dans le processus de reprise des actifs de GCM.

Le directeur général de la nouvelle coopérative, Éric Brousseau (gauche), en compagnie du président du conseil d'administration de la coopérative des travailleurs et travailleuses du journal Le Droit, Patrick Duquette.

« Mais pour fonctionner, une coopérative a besoin d’un climat de travail favorable. Et c’est ce qu’on retrouvait au journal. On était confiant que ça pouvait marcher », explique Patrick Duguay, directeur de la Coopérative de développement régional Outaouais-Laurentides. C’est lui et son équipe qui ont bâti le modèle du Droit. « On a tout de suite vu que les relations entre les employés et les cadres étaient excellentes. Le contexte était bon pour le modèle coop. »

Mais attention à l’excès d’enthousiasme, peu importe la structure juridique du journal, c’est le modèle d’affaires qui est ici en péril, souligne Luc Auderbrand, titulaire de la Chaire de leadership en enseignement sur l’engagement social de l’Université Laval à Québec. « Il y a deux journaux, à Lévis et à Portneuf, qui ont été transformés en coopératives et qui vont mieux qu’avant. Mais l’environnement médiatique reste extrêmement concurrentiel, c’est un milieu difficile, précise-t-il. Le gros avantage, dans une coopérative, c’est que le membre est patient, il ne vise pas un profit immédiat. Et l’employé a une réelle motivation à travailler pour lui-même », insiste le professeur Auderbrand. Selon lui, il faut impérativement que les employés, plongés malgré eux dans cette aventure, adhèrent au nouveau modèle de gouvernance.