Le graphiste Patrick Dignard tient une conversation avec le chef de pupitre Étienne Morin.

Nouvelle coopérative des travailleurs du Droit: le nerf de la guerre

Le premier défi à relever pour le directeur général de la nouvelle coopérative de travailleurs et travailleuses du Droit, c’est d’aller récolter les 2,4 millions $ promis par la communauté d’affaires pour soutenir le journal. « Ça nous prend cet argent-là. Après, on ira solliciter les gens, le public, les lecteurs », affirme Éric Brousseau.

Ensuite, il y aura une réduction des coûts de production. Les salaires des employés sont gelés pour deux ans. Autre changement, Le Droit est forcé de déménager. Le quotidien s’établira à Gatineau pour profiter de l’ensemble des crédits d’impôts promis par Québec et essentiels à sa survie. Le bail du quotidien dans le marché By, rue Clarence, vient à échéance en juin prochain et n’a pas été renouvelé. « Mais on n’abandonne pas l’Ontario pour autant », précise M. Brousseau. En outre, Le Droit aura un correspondant parlementaire à Queen’s Park à compter de février, une première en plus de 30 ans. Aussi, afin de maintenir et bonifier un certain nombre d’initiatives et d’activités en sol ontarien, le quotidien compte s’associer avec une prestigieuse institution franco-ontarienne en vue de garder un important pied-à-terre.

Puis il faudra trouver le moyen de convaincre les lecteurs que l’information a un prix. Le journal a perdu 50% de ses revenus publicitaires en 10 ans au profit des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon et autres géants du numérique). Le lecteur qui consomme son information par Internet devra payer pour le faire. Et éventuellement, à moyen terme, il faudra abandonner le papier tout en conservant une édition week-end bonifiée les samedis. 

L’optimisme est de mise. « On pense que la première année, on peut arriver kif-kif, pas faire de déficit », laisse tomber Patrick Duquette.

Ce dernier aura aussi plusieurs défis à relever et ce, rapidement. D’abord, il doit apprivoiser son rôle, trouver la vitesse de croisière du nouveau navire coopératif tout en s’assurant du bon moral de l’équipage. « On se donne deux ans pour virer le bateau », dit celui qui a quitté son poste de président du syndicat de la rédaction pour se consacrer à son nouveau chantier.

M. Duquette sera également la courroie de transmission avec la coopérative des producteurs regroupant les cinq autres journaux appartenant autrefois à GCM, laquelle offrira des services communs aux six quotidiens.

Croqués en pleine séance de travail, le directeur général Éric Brousseau, le rédacteur en chef Patrice Gaudreault, et la directrice des ventes aux cahiers spéciaux, Sylvie Charette.

L’avenir à court terme est assuré

À court terme, le journal peut respirer. « On a de l’argent pour rouler deux ans », assure M. Duquette. Il faudra donc mettre en place le plan d’affaires conçu à la fin de 2019. 

« C’est comme si on partait une business, mais qui a déjà des clients et des revenus. Le vrai travail commence », affirme M. Brousseau. À plus long terme, les dirigeants du quotidien « devront voir à conserver l’engagement des employés dans l’aventure », précise Claudine Lalonde, de la Coopérative de développement régional.

Cette transformation du journal sera également un test pour l’identité régionale. Comme ce fut le cas pour la Laiterie de l’Outaouais et la Fromagerie St-Albert, la région devra manifester son appui à sa nouvelle coopérative, s’identifier au journal comme elle l’a fait pour sa laiterie et sa fromagerie.

Si l’avenir est à ceux qui luttent, comme le dit la devise du journal depuis 107 ans, cet avenir appartient plus que jamais aux travailleurs et à la population locale qui sont sur la ligne de front pour garder en vie leur journal.