Le Centre de placement spécialisé du Portage (CPSP), situé sur la rue Marengère, à Gatineau.

Le Centre de placement spécialisé du Portage: un accompagnement sans jugement

Malgré la pénurie de main-d’œuvre, le taux d’embauche de la clientèle judiciarisée continue de diminuer au Québec.

En Outaouais, par exemple, le taux d’embauche des personnes avec un casier judiciaire a chuté de 14 points au cours de la dernière année, passant de 66 à 52 %.

«  Étrangement, on s’imaginerait que le contexte de rareté de main-d’œuvre serait favorable à l’embauche des personnes judiciarisées, mais on observe plutôt l’effet inverse en ce moment  », s’étonne le directeur du Centre de placement spécialisé du Portage ( CPSP ), Patrick Pilon.

Bien qu’une centaine d’entreprises de la région acceptent d’embaucher la clientèle du CPSP sous certaines conditions, il reste encore 60 % des employeurs qui refuseraient d’embaucher une personne judiciarisée, et ce, peu importe son crime, selon un sondage mené auprès de 100 entreprises de l’Outaouais.

Selon M. Pilon, ce constat d’échec s’explique entre autres par la couverture médiatique qui est consacrée à la clientèle judiciarisée.

«  Il y a d’autres bassins de main-d’œuvre qui ont meilleure presse que les personnes judiciarisées, notamment les immigrants, les femmes et les jeunes  », affirme-t-il.

L'absence de programmes

En embauchant un jeune, les entreprises peuvent parfois se faire offrir des subventions de la part du gouvernement. Cependant, en ce qui concerne les personnes avec des antécédents judiciaires, la situation est différente. «  Aucun programme n’a été développé spécifiquement pour cette clientèle  », déplore M. Pilon.

«  Ça a pour effet de ralentir l’embauche de ces gens-là  », dit-il, alors que l’Outaouais compte environ 400 personnes par année qui font appel aux services du CPSP.

Selon le directeur du CPSP, si les employeurs faisaient un peu plus d’efforts pour embaucher ce type de personnes, la pénurie de main-d’œuvre se ferait «  définitivement  » moins ressentir.

«  C’est un travail que les employeurs ne peuvent pas nécessairement faire seuls et c’est pour ça qu’on existe. Nous, ce qu’on fait, c’est qu’on va s’asseoir avec l’employeur, on va établir un plan d’action et on va vérifier ses valeurs, détaille M. Pilon. Par exemple, prenons le cas d’une entreprise qui fabrique des armoires de cuisine, mais qui ne voudrait pas embaucher quelqu’un avec des antécédents de vol ou de crimes plus graves à caractère sexuel ou violent. Dans ce cas-ci, on pourrait vérifier afin de trouver quelqu’un qui a eu une condamnation il y a une dizaine d’années en matière de conduite avec les facultés affaiblies. On est en mesure de faire le filtrage nécessaire pour aider l’employeur à embaucher le bon employé.  »

Le directeur du CPSP, Patrick Pilon.

Dans le cas de meurtriers ou de délinquants sexuels, la situation peut parfois s’avérer plus complexe. Cependant, M. Pilon explique qu’il y a des coûts sociaux associés à garder ces individus-là incarcérés ou comme bénéficiaires de l’aide sociale.

«  En tant que société, on ne devrait pas payer pour la peine d’un individu, mais plutôt l’inviter à contribuer au sein de celle-ci, croit-il. Si l’individu par exemple est bénéficiaire de l’aide sociale, il faut calculer un coût annuel entre 6000 $ et 8000 $ au gouvernement et là, on n’a pas encore compté les coûts pour l’utilisation du système de santé, les assurances, etc. Si l’individu, en même temps, a fait une peine d’incarcération, ça représente 100 000 $ de plus annuellement.  »

«  Je pense que ça serait beaucoup plus intéressant que cette personne-là contribue au trésor public pour pouvoir repayer un peu, d’une certaine façon, ce que ç’a coûté à la société pour le garder en milieu carcéral  », ajoute-t-il.

Créé en 1975, le Centre de placement spécialisé du Portage a le mandat d’accompagner les personnes avec un casier judiciaire, toutes clientèles confondues, dans leurs démarches de réhabilitation soit par l’emploi ou par le retour aux études.

«  Une personne qui a un dossier judiciaire pour une infraction relativement mineure peut avoir recours à nos services au même niveau qu’une personne qui a commis un crime plus grave  », insiste M. Pilon.

Des services connexes tels que l’aide pour faire la demande de suspension du casier judiciaire, l’accompagnement des personnes sortant de pénitenciers fédéraux, du counselling et des rencontres individuelles sont également offerts par le Centre.