Isabelle Perreault, fondatrice et présidente-directrice générale de l'entreprise Differly Inc.

Differly: créer l'avenir pour le prédire

Isabelle Perreault est une pionnière. Mère d’une fille âgée de 11 ans et de jumelles de huit ans, cette femme d’affaires a pavé la voie dans le monde de la boxe féminine, ainsi que dans le domaine de la transformation numérique et technologique.

Titulaire d’un baccalauréat en communications de l’Université d’Ottawa, cette Franco-Ontarienne originaire de Sudbury a quitté un emploi à temps complet à cette même université, en 2007, pour accepter un contrat de deux ans chez les Sénateurs d’Ottawa de la Ligue nationale de hockey ( LNH ). Son séjour au sein de cette équipe de hockey professionnelle allait finalement durer neuf ans.

Sa mission chez les Sénateurs: voir à la transformation numérique de l’entreprise. Et le plan d’action qu’elle a élaboré pour assurer le succès de cette transformation allait être adopté et appliqué par pratiquement toutes les équipes de tous les sports professionnels, incluant la LNH, la NFL ( National Football League ), la MLB ( Major League Baseball ), la NBA ( National Basketball Association ) et la PGA ( Professionnal Golf Association ).

En 2018, après deux années comme consultante, Isabelle Perreault, 45 ans, a fondé l’entreprise Differly Inc, à Ottawa, un cabinet de consultation en transformation numérique qui aide les dirigeants à repenser leur entreprise à l’ère numérique et qui les accompagne pendant la période de transition. Differly Inc compte aujourd’hui 10 employés.

DENIS GRATTON : D’abord la boxe. Vous avez été championne provinciale en Ontario. Pourquoi avez-vous choisi de pratiquer ce sport ?

ISABELLE PERREAULT : J’ai commencé tard, j’étais âgée dans la vingtaine, c’était après l’université. J’ai toujours eu un faible pour les sports plus agressifs. J’ai commencé à faire du muay-thaï (ou boxe thaïlandaise), je cherchais quelque chose pour garder la forme. Mais à l’époque, les combats de muay-thaï n’étaient pas permis en Ontario, et moi je voulais vraiment monter dans un ring. Alors je me suis tournée vers la boxe féminine, j’ai eu le coup de foudre, j’ai pu monter dans le ring, je suis devenue championne provinciale et j’ai continué à pratiquer la boxe pendant neuf ans. J’ai fait 36 combats en tout. Mais à un moment donné, mes adversaires étaient de plus en plus jeunes, je travaillais maintenant pour les Sénateurs et je voulais avoir des enfants, alors j’ai arrêté la boxe compétitive. Mais je me dis parfois que j’aurais peut-être dû continuer. La boxe féminine est devenue une discipline olympique, j’aurais peut-être pu participer aux Jeux olympiques. Mais je me console en sachant que j’aurai au moins ouvert la voie aux jeunes boxeuses. Et j’ai toujours mon sac de sable accroché dans mon garage à la maison. ( Rires ).

DG : Comment la boxe vous aide-t-elle dans votre carrière ?

IP : Je trouve que les athlètes font les meilleurs entrepreneurs et les meilleurs gens d’affaires. Comme athlète, ça te prend de la discipline, du focus, de la visualisation. C’est la même chose dans le monde des affaires. De visualiser les résultats désirés s’applique autant dans le sport que dans le monde des affaires. Les athlètes peuvent aussi s’adapter rapidement. Parce que lorsque tu montes dans le ring, tu ne sais jamais ce qui t’attend et tu ne connais pas vraiment la force de ton adversaire. Tu dois être à la fois flexible et rigoureux. Et tu dois contrôler ta peur et tes émotions. Tout ça est aussi vrai en affaires que dans le sport.

DG : Vous avez quitté votre emploi à l’Université d’Ottawa en 2007 pour vous joindre aux Sénateurs d’Ottawa à titre de directrice du marketing en ligne. C’était un pari risqué puisque l’emploi chez les Sénateurs n’était que pour une durée d’un an.

IP : Oui, j’ai pris un risque. C’était un nouveau défi. Mais quand les Sénateurs m’ont offert le poste, je me suis négociée deux ans et ils ont accepté. L’employée que je remplaçais était en congé de maternité et elle avait donné naissance à des jumeaux. Je me disais qu’elle aurait besoin d’un peu plus de temps. Et quand elle est revenue après 18 mois de congé, j’avais fait beaucoup de changements et elle a décidé de quitter l’organisation pour relever de nouveaux défis ailleurs. Puis je suis devenue chef du marketing, le numérique inclus. Et je suis resté avec l’équipe pendant neuf ans. C’était évident que la transformation numérique allait devenir une priorité. Elle l’était déjà pour les grosses entreprises. Mais je savais que toutes les petites et moyennes entreprises allaient devoir s’adapter aux changements technologiques. Il fallait donc être avant-gardiste. Et la direction des Sénateurs a vraiment aimé le plan d’action que j’ai élaboré pour cette transformation numérique et elle l’a appliqué. C’était une première pour une équipe professionnelle, mon plan touchait tous les aspects de l’entreprise.

DG : Et ce plan a ensuite été adopté par tous les autres sports professionnels.

IP : Oui. Je crois que c’est la raison pour laquelle j’ai une certaine notoriété dans le domaine. À l’époque, c’était le plan à suivre.

DG : Vous avez quitté les Sénateurs en 2016 pour travailler à votre compte, puis vous avez fondé le cabinet Differly Inc en 2018. 

IP : J’ai toujours voulu avoir mon entreprise et être maître de ma destinée. Comme consultante, j’avais de bons clients et je connaissais du succès. Donc j’ai lancé Differly Inc et nous sommes passés de deux à 10 employés en deux ans. L’aspect humain dans la transformation numérique est notre force, notre niche.

DG : Vous êtes aussi conférencière. Quel est le message que vous transmettez dans vos conférences ?

IP : Mes conférences portent surtout sur la transformation numérique. Mais j’aimerais en donner de plus en plus pour offrir des conseils aux jeunes. Aux jeunes femmes, surtout. J’aimerais être un modèle pour elles.

DG : Et quel serait votre message ?

IP : De ne pas avoir peur de l’inconnu. Je trouve qu’il y a tellement de gens qui ont peur de l’inconnu. Ils se laissent mener plutôt que de créer l’avenir qu’ils désirent. Et pourtant, la meilleure façon de prédire l’avenir est de le créer. Pour moi, l’inconnu est un cadeau. Lorsque j’ai fondé Differly, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Ce n’est pas facile d’être entrepreneure et mère de trois jeunes enfants. Mais j’adore ça. Dans la vie, il faut avoir de grands rêves et prendre de petits pas. Mais il faut d’abord faire le premier pas. On fera toutes sortes d’acrobaties pour ne pas commencer. On se trouvera toutes sortes de raisons. C’est normal. C’est ce que le cerveau comprend. Qu’il faut se sauver de la peur. Mais en affaires, si tu restes au même point, tu vas mourir. Prends le premier pas. Toutes les innovations ont commencé avec des idées folles, des idées ratées et de mauvaises idées parfois. Mais prenez juste le premier pas. C’est ce que je dis aux jeunes: « Just start ». 

DG : Faites le premier pas et montez dans le ring ?

IP : Exactement ! (Rires).