Jean, Marcel et Garry St-Louis posent devant le Nettoyeur St-Louis de la rue Papineau, dans le Vieux-Hull.
Jean, Marcel et Garry St-Louis posent devant le Nettoyeur St-Louis de la rue Papineau, dans le Vieux-Hull.

De père en fils au Nettoyeur St-Louis

Jean Gagnon
Jean Gagnon
Collaboration spéciale
Cuir, suède, fourrure, denim, soie, polyester, coton, ouaté ou pas, et autres tissus et textiles, nous voilà plongés dans l’univers du Nettoyeur St-Louis, une entreprise familiale au lainage tricoté serré.

Depuis 1955, la famille St-Louis exploite cette entreprise dont la place d’affaires principale, le 67, rue Papineau, est plantée en plein coeur d’un quartier résidentiel du Vieux-Hull. 

L’aventure débute avec le grand-père et fondateur, Paul St-Louis, qui transforme une partie de la résidence familiale en atelier de nettoyage à sec. Puis vint le père Marcel, aujourd’hui âgé de 78 ans et à la retraite depuis 2016, mais qu’on voit encore rôder à l’occasion entre laveuses commerciales et sèche-linge. Suivent les frères Garry et Jean St-Louis, actuels copropiétaires depuis l’an 2000. Et plus tard, peut-être, le fils de Garry, Dominic, qui prend ses marques depuis 18 mois. Quatre générations de St-Louis qui promettent depuis 65 ans de laver plus blanc que blanc.   

De l’extérieur, l’édifice jaune et bleu ne paie pas de mine, semblant à l’étroit sur un terrain qui l’étouffe. Mais à l’intérieur, une quarantaine d’employés s’affairent à laver, repasser et sécher des vêtements de toutes sortes, du jean à la robe de soirée, dans une bâtisse d’une superficie de dix milles pieds carrés.

L'édifice du Nettoyeur St-Louis, sur la rue Papineau

Une entreprise en évolution

N’allez pas croire que l’industrie du nettoyage à sec est un long fleuve tranquille. Au fil des ans, de nouvelles technologies sont apparues, des modes ont disparu, les habitudes de la clientèle ont changé. De 1500 entreprises qu’elles étaient au Québec dans les années 1990, il n’en reste plus que 660 aujourd’hui.

« Les gens avant s’habillaient bien pour faire une sortie. Ils avaient une fierté de bien s’habiller, de bien paraître, même pour aller voir une partie de hockey », se souvient encore Garry St-Louis. Pour toutes sortes de raison, le trio vedette « cuir-suède-fourrure », qui a fait les beaux jours de l’industrie, a pratiquement disparu des machines à laver, victime notamment des campagnes pro-environnementales. La clientèle des bars et autres lieux publics visés par l’interdiction du tabac est aussi partie en fumée. S’ajoute à cela l’automatisation des opérations qui est vite devenue nécessaire.

La transition

Ces nombreux bouleversements ont donc forcé une véritable remise en question pour les St-Louis qui ont dû repenser l’entreprise de fond en comble. Et c’est dans le nettoyage après-sinistre qu’est venu la planche de salut. « On s’est spécialisé dans le nettoyage après-sinistre pour remplacer le cuir-suède-fourrure. Auparavant, l’après-sinistre représentait de 5 à 10% de notre chiffre d’affaires. Aujourd’hui, c’est 55% », explique Garry St-Louis.

Mais la partie n’était pas gagné d’avance. Il fallait obtenir les accréditations nécessaires des compagnies d’assurance, se départir de certains actifs dans la région de Montréal, notamment un centre de distribution et de nettoyage de fourrures qui desservait le reste de la province, et revoir la chaîne de production.

Un pari tenu puisque le Nettoyeur St-Louis est aujourd’hui le plus important atelier de nettoyage à sec dans la région et qu’il dessert tout l’Outaouais et l’Est ontarien, dans le triangle Kingston-Cornwall-Hawkesbury, pour le nettoyage après-sinistre.

En 43 ans de travail, Dovilina Aguir a vu le Nettoyeur St-Louis se transformer au gré des besoins changeants de la société.

L'ADN du vêtement

L’automatisation d’une partie des opérations a aussi modifié le travail. Une nouvelle trieuse à linge est venue faciliter les opérations. Chaque vêtement est identifié à l’aide d’un code à barres, ce qui permet de connaître son ADN, à savoir sa fréquence de nettoyage et les taches qui sont à nettoyer, par exemple. 

« Une fois qu’on s’adapte au nouveau système, qu’on le connaît mieux, ça nous aide à avoir un meilleur contrôle sur la qualité », admet Garry St-Louis. 

La fibre écologique a aussi gagné le Nettoyeur St-Louis qui, au début des années 2010, a investi 400 000 $ dans des machines plus vertes qui utilisent moins de solvants, moins d’eau, ainsi que des détergents moins nocifs pour l’environnement.

Pas question de se reposer sur ses lauriers pour les frères St-Louis. « On travaille chaque jour sur le plancher, on gère la compagnie, le personnel. On est très impliqué. C’est très rare que nous sommes dans nos bureaux », résume Jean St-Louis selon qui « nettoyer du linge n’est jamais banal. » 

À travers les opérations quotidiennes, les deux frères St-Louis doivent aussi se tenir au courant des dernières tendances de l’industrie.  En juin, ils participeront au Salon international de l’entretien des textiles qui se tiendra à Francfort, en Allemagne. Ils sont aussi membres du réseau Total Textiles Solutions, un regroupement canadien de spécialistes en restauration de textiles en mauvais état.

« À la fois une passion et un gagne-pain », dit Jean St-Louis.