Kimberly Simon, Elizabeth Bourdon-Audette et Amy Lam de l’équipe Welbi.

La technologie au service des aînés

Associer le vieillissement de la population et la vague technologique n’est certes pas l’automatisme le plus courant. L’équipe de Welbi en a pourtant fait une spécialité. Elle estime que les algorithmes ont tout le potentiel voulu afin d’améliorer les conditions de vie des aînés. Ces derniers pourront, sans pitonner ni s’abonner, se voir adéquatement assistés au sein des résidences, comme si une voix alternative s’offrait à cette génération souvent qualifiée de silencieuse.

Nul besoin d’être un détective chevronné pour découvrir que la présidente Elizabeth Audette-Bourdon a le bien-être des personnes âgées à cœur. La fondatrice de la start-up œuvre d’arrache-pied depuis plusieurs mois afin de briser l’isolement social de cette tranche de la population. « Soixante-quatre pour cent des personnes qui se sentent seules dans ces résidences ont plus de chance de souffrir de démence », affirme-t-elle d’une voix atterrée.

Welbi veut faire partie de la solution en atténuant cette statistique avec son portail numérique. Grâce à cet outil informatique, les employés des résidences peuvent noter certaines observations et qualifier la qualité des participations individuelles lors des nombreuses activités de groupe proposées. En résulte des rapports et des graphiques qui vulgarisent notamment quelles sont les activités les plus prisées par chacun des usagers, à quelles proportions, à quelles plages horaires, etc.

De précieux indicateurs santé

L’objectif est évidemment d’optimiser le calendrier d’activités proposé aux usagers. Mais au-delà de la logistique, Welbi veut aussi diagnostiquer les personnes plus vulnérables afin d’en informer le personnel. Elizabeth Audette-Bourdon a perçu un manque d’efficacité dans les pratiques traditionnelles de dépistage de ces cas, tout comme au chapitre des communications.

« Mon grand-père habitait à une heure de voiture de notre maison. Mon père allait le voir très souvent pour s’assurer qu’il allait bien. Malgré tous nos bons efforts, il a fait un AVC. À partir de là, tout a déboulé. J’ai trouvé ça très difficile ce manque d’information dû à la distance », se souvient-elle. Les idées afin d’améliorer la situation ont ensuite commencé à mijoter dans son esprit.

Le volet préventif qu’apporte la technologie pourra aider de nombreuses familles à être rassurées et informées, car en délaissant l’usage du papier au profit des compilations numériques, les résidences peuvent établir de nombreux constats. Ceux-ci sont partagés en temps réel avec les proches, sans déranger le quotidien des usagers.

« La prise de présence est déjà en place lorsque les résidentes et résidents prennent part aux activités. Nous sommes partis de cette pratique en y ajoutant plusieurs autres éléments. Nous sommes ainsi en mesure d’interpréter certains indicateurs, telle une série d’absences », explique l’entrepreneure.

« Une personne qui manque quelques activités actionnera un signal dans le logiciel. Un manque d’intérêt pour ces activités peut

en être la cause, mais il peut parfois s’agir d’une dégradation de la santé », affirme Elizabeth Audette-Bourdon. La jeune cheffe d’entreprise fait savoir qu’au sein d’une communauté de centaines de résidents, l’isolement est souvent difficile à cerner. De là la pertinence de Welbi, puisque plusieurs n’ont pas le réflexe de s’exprimer. « Une résidente m’a fait savoir qu’à son arrivée dans ce nouveau milieu de vie, c’était un peu comme se sentir au secondaire, il y a des groupes et des laissés-pour-compte », témoigne-t-elle.

Un repositionnement qui porte fruit

Mettre en relation la technologie au bénéfice des aînées n’a pas été une mince affaire. La première tentative de l’entreprise fut vraisemblablement trop avant-gardiste. En 2016, Welbi avait entamé ses activités en approchant directement les consommateurs d’un certain âge en leur proposant une application introduite dans un bracelet ou une montre intelligente. La difficulté derrière cette stratégie était double : il fallait que les usagers apprivoisent d’eux-mêmes cette technologie et les ventes n’atteignaient pas le public cible, idéalisé entre 70 et 90 ans.

« Nos ventes provenaient principalement d’individus dans la cinquantaine. Nous avions un produit qui ne trouvait pas écho auprès de notre clientèle cible, malgré des ventes qui augmentaient semaine après semaine », confie-t-elle. Un repositionnement est devenu alors nécessaire puisqu’il fallait pousser la mission humaine au-delà des simples ventes.

L’entreprise changea complètement de stratégie au printemps 2018, mettant au rancard montres et bracelets pour développer à pleine vapeur un portail qui allait être offert directement aux résidences. Ces dernières étaient décidément plus enclines à adopter la technologie, en plus d’être intrinsèquement liées aux personnes qui pourraient en tirer le plus de bénéfices.

L’équipe de Welbi peut compter sur l’appui de plusieurs investisseurs. Le dernier en lice est l’Institut Ontarien du Cerveau qui a octroyé un montant de 50 000$ afin de soutenir la conservation des facultés des aînés. L’entreprise qui compte maintenant neuf employés est bien en selle afin de s’imposer comme pourvoyeur de services technologiques reconnus auprès d’un segment d’âge qui accapare de plus en plus de poids démographique au Canada.