L’Autre Œil célébrera ses 20 ans le 6 juin prochain.

Un bistro qui a bon pied bon oeil

Depuis 19 ans, on y voit les mêmes visages. Beaucoup de nouveaux, aussi. Tous s’y rassemblent autour de 500 sortes de bières, pour l’amour du houblon. Ou pas. Car ce qui fait le succès du Bistro L’Autre Œil, c’est - bien sûr - son expertise reconnue dans le domaine, mais aussi son accueil. On y est comme chez soi. Portait d’une entreprise pour qui communauté rime avec famille… et « à la bonne vôtre ! »

D’abord, il y a Daniel Lagacé, celui qui, jeune étudiant en administration, élaborait déjà un plan d’affaires pour fonder un bar. Ensuite, il y a Denise Beauchamps, ou « mom » pour les fidèles, la bienveillante matriarche et la grande argentière qui a investi une grande partie de sa prime de départ de la fonction publique fédérale pour faire naître le rêve de son fils. Pour ce duo, tout a commencé en 1998, dans le secteur Aylmer, en louant le 55, rue Principale, un corri«dort», comme se rappelle le propriétaire.

« À l’époque, la rue était pratiquement déserte, souligne-t-il. Les résidents d’Aylmer se rendaient au centre-ville de Hull ou à Ottawa prendre un verre et s’amuser. J’aspirais plus que tout à faire de la Principale une destination de choix pour mes concitoyens et les visiteurs. »

Daniel Lagacé

Le charmant café-bistrot compte alors 23 sortes de bières québécoises au menu, ce qui déjà les distinguait dans la région, souligne Denise. « Et je me souviens de notre 24e bière, d’ajouter Daniel. La Warsteiner, la favorite d’un client britannique ! »

L’année suivante, Mario D’Eer, biérologue émérite et chroniqueur, leur rend visite. Le serveur lui explique comment verser une Duvel. Quelques jours plus tard, un article élogieux parait dans le mensuel culturel Zone. Il n’en fallait pas plus pour titiller la curiosité des amateurs de bière qui se mirent à affluer. 

Puis, Daniel se met à visiter régulièrement le Festibière de Chambly, là où il se fait de précieux contacts. Sa passion prend de l’ampleur, tout comme le nombre d’importations privées… et les coûts afférents. 

« Je les voulais toutes les bières étrangères, s’écrie Daniel. Les frais d’importation privée varient, notamment selon le format et le pourcentage d’alcool, mais font environ trois fois le prix d’une bière. Ça paraît dans un budget… » 

« Il s’est mis à me coûter cher mon fils ! », s’exclame Denise en riant. 

Cher, car il a toujours tenu à offrir les prix les plus bas, vendant parfois les bières d’importation au prix coûtant, question de faire découvrir aux clients des produits uniques.   

En 2010, le nom de l’Autre Œil résonne partout dans la Belle Province. Pas besoin de marketing, le bouche-à-oreille fait son œuvre. Des gens bien connus dans le milieu viennent même de Montréal pour scruter la carte, le soupçonnant de faire de l’importation illégale tant la sélection est vaste et étonnante.

« J’ai été le premier au Québec à importer des bières comme la Mikkeller (Danemark), la Meantime (Angleterre) et la Rogue (États-Unis), fait-il valoir. Ça faisait jaser qu’un petit gars d’Aylmer, ville peu connue, réussisse là ou d’autres bien branchés ont échoué. On est sans cesse à l’écoute de nos clients qui sont des vrais « beer geeks » ! Depuis l’ouverture, notre chiffre d’affaires augmente de 4 à 10 % annuellement. » 

Les 12 travaux d’Astérix 

Vient le jour où le bail arrive à échéance, au désormais célèbre 55, rue Principale. Vient aussi l’incroyable opportunité de déménager sur la même rue, au 152, un coin plus achalandé, là où se trouve une magnifique maison patrimoniale. Un stationnement s’ajoute, tout comme un deuxième étage désigné comme restaurant, sans oublier une terrasse qui fait rêver en cet hiver rigoureux. Et maintenant, 60 lignes de fût. Depuis la réouverture le 30 novembre dernier, L’Autre Œil est plein à craquer. 

Des contraintes architecturales liées à un immeuble patrimonial à des imprévus rocambolesques, en passant par la réglementation labyrinthique de la Régie des alcools et du service d’urbanisme de la Ville de Gatineau (dont Daniel souligne l’excellent service), le déménagement a pris des allures des 12 travaux d’Astérix. 

« Notre architecte a envoyé de Montréal, par Xpresspost, nos plans à Gatineau, qui eux se sont retrouvés au nord de l’Ontario. On a manqué nos délais, ce qui a ralenti tout le processus. On a été fermé pendant plus d’un mois pour les travaux. J’ai failli tout abandonner. »

Heureusement, il était bien entouré pour affronter l’épreuve. Notamment de Martine Boily, sa conjointe qui veille aux ressources humaines, de Louis Dumais aux fourneaux et de toute l’équipe de serveurs dont les connaissances brassicoles font la réputation de l’établissement.   

Aujourd’hui, la rue Principale foisonne de commerçants, d’activités et de vie. Trop humbles, Daniel et Denise n’oseront dire que la revitalisation de cette artère leur revient en grande partie. 

« Quand on a ouvert le bar, on n'avait aucune expérience. On n’était pas des gens d’affaires, mais on était des gens de cœur. L’Autre Œil, c’est une histoire de communauté, de famille. On en est fiers. »  

Le 6 juin, L’Autre Œil célébrera ses 20 ans. Y serez-vous ?