Le salaire minimum passera de 14$/h à 15$/h le 1er janvier 2019.

La controverse du salaire minimum

Le début de l’année 2018 marquait l’arrivée de plusieurs nouvelles législations en Ontario dont celle, controversée, qui hausse le salaire minimum de 2,40$ de l’heure. Ce dernier passe ainsi de 11,60$ à 14$ de l’heure. Le 1er janvier 2019, il sera de 15$ de l’heure.

La loi derrière cet ajustement audacieux est une réponse à une réalité que le gouvernement tente de gérer : plus de 30% des travailleurs ontariens possédaient un emploi précaire en 2014. « En 2016, le salaire horaire moyen (en Ontario) était de 13$ pour les travailleurs à temps partiel et de 24,73 $ pour les travailleurs à temps plein», lit-on sur le site du ministère du Travail.

Au cours des 30 dernières années, le travail à statut précaire a pris une telle ampleur qu’un emploi sur cinq en Ontario en est un à temps partiel. Et c’est entre autres pour aider ces employés fragilisés par le manque d’heures de travail que le salaire minimum a été ajusté. Le gouvernement ontarien espère ainsi, par cette augmentation, « réduire le roulement de personnel et accroître la productivité des entreprises », fait-il valoir.

Un autre son de cloche

Si la mesure a été, dans l’ensemble, saluée par les syndicats, les organismes sociocommunautaires et la gauche politique, elle effraie les gens d’affaires qui la trouve en général aussi subite qu’imprudente.

Le président du conseil d’administration du Regroupement des gens d’affaires (RGA) de la capitale nationale, Yves Ducharme, estime qu’une hausse du salaire minimum de 32% en 18 mois est un « coup de barre » trop téméraire.

« Si les revenus n’ont pas la même croissance que les dépenses, ça réduit la marge et quand on réduit la marge de façon trop accentuée [...] on doit mettre en place des moyens de réduire ces dépenses-là, par la réduction d’heures de travail, la réduction de personnel, de nouvelles méthodes de vente. »

Yves Ducharme

L’ex-politicien devenu conseiller stratégique parle aussi d’un effet pervers de cette loi : les employés qui sont déjà en poste depuis quelques années à 14$ de l’heure pourraient réclamer, à leur tour, une hausse de salaire proportionnelle, pour se distancer des nouveaux employés qui accèdent automatiquement à leur niveau salarial.

Cette hausse subite du salaire minimum aura également un effet domino.  À La Libraire du soleil, qui a pignon sur rue tant à Ottawa qu’à Gatineau, les propriétaires sont obligés d’octroyer aux libraires et commis de la succursale de Gatineau, les mêmes avantages salariaux dans un contexte où «les marges de profits sont déjà minces», nous explique Jean-Philip Guy, coactionnaire des deux librairies.

Un modèle québécois raisonnable

L’entrepreneur Jean-Claude Des Rosiers, qui est aussi président de la Chambre de commerce de Gatineau, considère que le Québec, par ses augmentations plus pondérées et sporadiques, a mieux su gérer l’impact économique des hausses du salaire minimum.

« On veut tous que les gens soient mieux nantis et aient un plus grand pouvoir d’achat, etc., mais je pense que le modèle du Québec est plus raisonnable [...] Alors comment les entreprises (ontariennes) vont faire pour passer à travers cette épreuve-là ? Y a pas mille façons, y en a deux ou trois. »

Jean-Claude Des Rosiers

M. Des Rosiers estime que plusieurs entreprises, acculées au pied du mur, choisiront de couper les dépenses ici et là, refileront les factures aux clients ou reverront leur modèle d’affaires, voire même songeront à fermer des succursales moins rentables.