Isabelle Veilleux et Jean Lepage d'ID Gatineau

Gatineau fait de l’œil aux investisseurs étrangers

Voisine de la Capitale nationale, avec une population de près de 300 000 habitants, Gatineau, la quatrième ville en importance du Québec, offre un véritable écosystème entrepreneurial. Pourtant, elle demeure la grande méconnue des investisseurs étrangers qui n’ont été que sept, l’an dernier, à la choisir comme emplacement d’affaires. Quant aux démarcheurs, ils auraient plutôt le réflexe de promouvoir Montréal et Québec comme destinations d’affaires. Une situation qui fâche Jean Lepage et Isabelle Veilleux qui, ensemble, comptent renverser cette tendance avec leur stratégie Pourquoi Gatineau. Le Droit AFFAIRES s’est entretenu avec le directeur général d’ID Gatineau et la directrice du Secrétariat au développement économique à la Ville de Gatineau, afin de faire le point sur cette offensive visant à courtiser les entrepreneurs d’ailleurs et à leur dérouler le tapis rouge.

Le Droit AFFAIRES (LDA): En quoi consiste cette offensive?

Jean Lepage (JL): Le projet Pourquoi Gatineau sert à mettre la ville de Gatineau sur la carte des investissements étrangers. Souvent, on a tendance à voir les villes de Montréal et de Québec, où beaucoup d’énergie est mise afin d’attirer des investissements, alors que Gatineau passe un peu sous le radar. Pourtant, on a de gros avantages, alors ce sont ces avantages qu’on veut mettre de l’avant pour attirer de nouveaux investisseurs.

LDA: Est-ce que l’idée Pourquoi Gatineau est née dans la foulée de la candidature conjointe l’an dernier d’Ottawa et de Gatineau, qui visait à convaincre le géant Amazon de venir installer son deuxième siège social en Amérique du Nord dans la région?

JL: Ce qu’Amazon a fait, c’est de nous amener à une vitesse grand V qui nous a permis d’avoir accès à beaucoup d’informations sur les avantages de la région et sur les avantages de Gatineau, par rapport à l’échiquier des investissements étrangers. Alors, ça a juste accéléré la mise en place du projet Pourquoi Gatineau.

Isabelle Veilleux (IV): Amazon, c’est un travail qu’on a fait en collaboration avec la Ville d’Ottawa. Ça nous a permis aussi de bien découvrir et d’apprendre à connaître davantage Ottawa et de réaliser l’importance de notre écosystème et aussi de connaître comment on peut mieux se positionner dans cet écosystème de la Capitale nationale.

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LDA: Trouvez-vous qu’il y avait du rattrapage à faire pour mieux positionner Gatineau?

JL: Absolument! Sur les 400 à 500 projets d’investissements étrangers qu’il y a eu au cours des dernières années à travers le Canada, je peux compter sur les doigts d’une main le nombre de projets qu’on a pu avoir ici. L’an passé, on a eu sept entreprises de l’extérieur qui sont venues s’établir à Gatineau et l’année d’avant environ cinq. C’est bien en-deçà de notre potentiel d’attraction.

LDA: Est-ce qu’il y a des objectifs plus spécifiques que vous visez à atteindre?

JL: L’objectif qu’on a, c’est sûrement de tripler le nombre d’investissements, mais ce n’est pas ça qui est la balise. La balise, c’est que tous ceux qui font du démarchage d’investissements et qui travaillent pour les gouvernements connaissent l’offre de Gatineau.

LDA: Selon vous, qu’est-ce qui fait que les gens ne connaissent pas Gatineau, l’une des plus grandes villes du Québec, située à côté de la capitale nationale?

JL: La majorité des gens chargés d’attirer les investissements sont situés à Montréal ou à Québec. On n’est donc pas vraiment dans le giron de ces personnes-là.

IV: C’est sûr qu’à la Ville, il y a eu beaucoup de travail qui a été fait pour mieux accueillir les entreprises au niveau des réglementations et tout ça. On n’était peut-être pas outillé et prêt à faire des offensives par le passé pour bien faire connaître les atouts de Gatineau. Il fallait développer justement ces outils-là pour être en mesure de bien passer le message et le faire avec une carte de visite intéressante.

LDA: Ça vous surprend que les gens connaissent peu ou pas Gatineau?

JL: Ça nous fâche, parce qu’on a tellement un potentiel à présenter. D’un autre côté, je me réjouis, car on a encore beaucoup de travail à faire et ça me démontre la pertinence d’une stratégie comme Pourquoi Gatineau

IV: Même notre ville voisine, lorsqu’on a débuté les travaux avec Amazon, quand je leur mentionnais qu’on est la quatrième plus grosse ville au Québec, avec près de 300 000 de population, c’était comme une surprise pour eux. Pourtant, on est situé à un jet de pierre.

LDA: Votre offensive vise à attirer les investisseurs étrangers, mais concrètement quels en sont les outils que vous avez développés?

JL: La stratégie Pourquoi Gatineau est basée sur une stratégie communicationnelle, c’est-à-dire qu’on a une vidéo qui présente la ville avec des témoignages d’entrepreneurs. On a aussi une trousse d’accueil qu’on peut adapter en fonction des entrepreneurs qu’on va recevoir. Par exemple, une entreprise qui est dans le domaine du jeu vidéo n’aura pas la même trousse qu’une entreprise manufacturière dans le domaine de l’alimentation et de la transformation. Donc c’est une trousse qui est adaptable. En plus de ça, on va avoir deux personnes à temps plein qui vont s’occuper de se faire connaître sur les médias sociaux. On veut avoir une certaine présence là aussi pour faire en sorte que la ville soit bien identifiée et qu’un investisseur qui recherche un endroit où s’installer puisse nous trouver rapidement. On va aussi avoir quelqu’un qui va chercher davantage de reconnaissance auprès des démarcheurs.

IV: On veut que ces outils-là soient utiles pour les partenaires du territoire qui pourraient aussi être nos futurs ambassadeurs.

LDA: Pourquoi Gatineau comprend aussi une stratégie dite «tapis rouge», en quoi consiste-t-elle?

JL: On va mettre en place un comité de travail composé d’entrepreneurs, d’élus et de fonctionnaires au niveau de l’urbanisme. Ça vise à faire en sorte que lorsqu’on a une occasion d’affaires intéressante qui se présente, tout le monde court ensemble et déroule le tapis rouge pour attirer cette entreprise-là et pour l’accueillir convenablement. La différence entre le choix d’une ville ou d’une autre, c’est souvent une question d’accueil.

LDA: La trousse d’accueil c’est bien une fois que l’investisseur sait que Gatineau existe, mais en quoi Pourquoi Gatineau va permettre d’y arriver?

JL: On va mobiliser le réseau de démarcheurs qui existe déjà. Par exemple, Investissement Québec a déjà des réseaux de démarcheurs qui existent partout à travers le monde. Donc, il y a déjà des gens qui sont en contact avec des investisseurs potentiels. Et ce qu’on veut que ces démarcheurs-là disent, c’est: as-tu déjà pensé venir à Gatineau? 

IV: Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y a plusieurs organismes et entreprises qui font déjà du démarchage et qui sont dans ce marché-là. On ne veut pas se substituer à ces acteurs-là. On veut mieux se faire connaître auprès d’eux justement pour pouvoir être considéré comme la meilleure option.