Martin Lalonde
Collaboration spéciale
Martin Lalonde

La vente à découvert

Alors que de trois à quatre années sont positives en moyenne sur les marchés boursiers et qu’à long terme le rendement des actions américaines a été de près de 10 % annuellement, plusieurs raisons peuvent amener un spéculateur à vouloir miser sur la baisse du cours d’une action.

Outre les produits dérivés qui feront l’objet d’une prochaine chronique, la méthode la plus simple pour y parvenir est la vente à découvert, un mécanisme qui a enrichi plusieurs intervenants boursiers lors de l’importante récession mondiale de 2008-2009.

Cette méthode, vraisemblablement inventé en 1609 par un Hollandais actionnaire de la Dutch East India Company, consiste à emprunter à son courtier des actions d’une compagnie qui s’échangent sur une bourse et de les vendre sur ce marché, avec promesse de les racheter plus tard pour les remettre ultimement au courtier qui vous les ont prêtées. Le profit potentiel est la différence entre la vente initiale et le rachat subséquent. Voici l’exemple d’une transaction à profit :

- Vente initiale de 1 000 actions de ABC à 15 $

- Rachat de ces 1 000 actions à 8 $

- Gains totaux de 7 000 $

Ce type de gain est normalement détesté par les dirigeants d’entreprises publiques, qui ont l’intérêt contraire de voir grimper la valeur des actions des entreprises qu’ils dirigent.

Certaines firmes ont comme unique stratégie la vente à découvert. Ces firmes sont habituellement les premières à découvrir les grandes fraudes boursières. Leur objectif premier est de trouver les actions de compagnies qui s’échangent à un prix plus élevé que leur valeur intrinsèque, souvent nulle dans le cas d’une fraude.

Jim Chanos, de la firme Kynikos Associates, a été l’un des premiers à sonner l’alarme sur les méthodes comptables très flexibles de Enron, le géant américain de l’énergie qui a fait faillite en 2001. Chanos avait massivement vendu à découvert le titre de Enron, empochant du coup d’énormes profits.

Ces spéculateurs sont également actifs au Canada. Muddy Waters et Citron Research ( des noms plus qu’appropriés ), ont vendu à découvert les titres de Valeant Pharmaceuticals et de Sino-Forest, qui ont vu leur capitalisation s’effondrer en raison d’importantes fraudes pour Sino-Forest et de mauvaises pratiques pour Valeant.

Une autre façon d’utiliser la vente à découvert est la mise en place d’une transaction dite à marché neutre. L’exemple classique est d’acheter les actions de Coke et de vendre à découvert, pour le même montant, celles de Pepsi. Ainsi, quoi que fasse le marché dans son ensemble, qu’il monte ou qu’il baisse, la transaction sera fructueuse si l’action de Coke fait mieux que celle de Pepsi.

Outre le marché neutre, la vente à découvert est une stratégie risquée et la perte est potentiellement illimitée. Plusieurs firmes ont dans les dernières années vendu à découvert le titre de Tesla, en raison de profits inexistants et de ventes décevantes. Le titre du constructeur automobiles s’échange aujourd’hui à plus de 500 $, en forte hausse au cours des douze derniers mois. Ceux qui ont misé contre le charismatique Elon Musk s’en morde les doigts aujourd’hui. 

En terminant, pour ceux qui ne l’aurait pas fait encore, je vous invite à regarder le film « The Big Short » basé sur le livre de Michael Lewis. Il présente divers intervenants qui ont profité de la débâcle de 2008-2009 pour enrichir leurs investisseurs. Sommes-nous prêts pour le prochain crash ?

Notre chroniqueur Martin Lalonde est président de la firme Investissements Rivemont, une institution financière gatinoise spécialisée en gestion de portefeuilles.