Karine Silva, vice-présidente de Silva Construction. 
Karine Silva, vice-présidente de Silva Construction. 

Karine Silva: la construction au féminin

Marc Gauthier
Marc Gauthier
Collaboration spéciale
Manuel Silva, entrepreneur en construction bien connu en Outaouais, avait fait cette promesse à sa fille Karine, il y a 17 ans de cela. Mais la mort prématurée du père est venue briser ce rêve.

La vie a conduit Karine vers d’autres cieux. Cette fille d’entrepreneur s’est plutôt dirigée vers les communications, le coaching et la gestion d’une clinique privée. Rien à voir avec le marteau ou le mortier.

Puis, à l’aube de ses 40 ans, Karine Silva a constaté un manque. « J’aimais ce que je faisais, mais je me questionnais sur mon avenir. J’ai fait une grosse réflexion, puis mon frère Alexandre m’a dit qu’il aimerait que je travaille avec lui, pour sa compagnie de construction. On est nés là-dedans, qu’il me disait. »

Alors l’automne dernier, la fille de l'entrepreneur général spécialisé en fondation et coffrage a effectué un virage majeur dans sa vie. La femme des communications et du coaching est devenue la vice-présidente de Silva Construction, l’entreprise de son frère Alexandre, qui compte une dizaine d’employés.

Quelques semaines plus tard, elle est devenue la première femme depuis un quart de siècle à siéger au conseil d’administration de l’APCHQ, l’Association provinciale des constructeurs d’habitations du Québec en Outaouais et au Nord-Ouest. Elle a même obtenu un poste au sein de l’exécutif dans cette industrie composée essentiellement d’hommes. En fait, à peine 1,4 % des employés dans la construction au Québec sont des femmes.

Place aux femmes

« Il faut que les femmes prennent leur place, dit-elle, qu’elles écoutent leur petite voix sans se préoccuper des préjugés. »

C’est le président de l’APCHQ de la région, Mathieu Lucas, qui l’a approchée pour faire partie du conseil. « Je voulais rajeunir le conseil d’administration et les temps changent, il y a de plus en plus de femmes qui gèrent des compagnies de construction. Je voulais qu’elles soient représentées », explique-t-il. Et comme Mme Silva possède une grande expérience en gestion, son nom a fait l’unanimité au sein du conseil d’administration.

Pour encourager les femmes à intégrer le monde la construction, Mme Silva est aussi devenue membre des Elles de la construction, un réseau provincial qui milite pour l’avancement de la place des femmes dans ce milieu.

La femme d’affaires, qui parle quatre langues, met désormais toute son énergie dans l’entreprise familiale, à développer des projets résidentiels, à construire des multi-logements. Mais aussi à se familiariser avec les lois et les règlements encadrant la construction. « L’apprentissage est facile, il y a quelque chose de naturel », constate-elle.

Construire, comme son père 

Naturel, oui, comme son père, Manuel Silva. Ce Portugais, arrivé au Québec à l’adolescence, ne parlant ni français ni anglais, a fini par lancer deux entreprises prospères à Gatineau avant que la mort vienne le faucher à l’âge de 46 ans. Comme leur père, Karine est devenue entrepreneure. Naturellement.

« La vie m’a amenée ailleurs. Je suis comblée. », dit-elle, un brin nostalgique.

Ailleurs, vraiment ?

Aux funérailles de son père, il y a 17 ans de cela, Karine avait fait cette prédiction dans son message d’adieu au paternel : 

« Tu vas être fier de nous, on va réaliser ce que tu n’as pas eu le temps de faire ».

Ce n’était pas prévu. Elle n’a jamais œuvré en ce sens. Mais aujourd’hui, elle est en affaires, elle construit, comme son père. Promesse tenue !