Chantal Gingras, présidente de Ginsberg, Gingras et Associés
Chantal Gingras, présidente de Ginsberg, Gingras et Associés

Entre avantages et inconvénients

Dominique La Haye
Dominique La Haye
Collaboration spéciale
Chiens qui aboient en arrière-plan, chats qui déambulent devant les écrans et bureaux de fortune installés dans la salle de lavage et parfois même dans la garde-robe : bienvenue dans l’univers parfois inusité du travail à distance en pleine pandémie. Pour ou contre le télétravail?

Implanté depuis plusieurs années, le télétravail connaissait des résultats mitigés en ce qui a trait à la performance des employés, si bien que plusieurs entreprises avaient commencé à rapatrier leur personnel avant que ne surgisse la COVID-19.

« Le télétravail n’était pas en train de disparaître, mais il y avait beaucoup de questionnements, explique le professeur à l’ÉNAP, Étienne Charbonneau. Plusieurs entreprises privées investissaient massivement dans de superbes milieux de travail ouverts, éclairés pour travailler sur place », poursuit le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en management public comparé.

Le dirigeant de PPTA Services financiers à Gatineau, Marc Patry, estime pour sa part que le télétravail est là pour rester. Il ne songe toutefois pas à le rendre obligatoire au sein de son entreprise. Il avoue lui-même que cela reviendrait à se « tirer dans le pied », étant donné qu’il est aussi propriétaire de l’édifice abritant les locaux de son entreprise. Il constate cependant que cette réflexion circule de plus en plus au sein de son réseau d’affaires.

« J’entends beaucoup de dirigeants dans mon réseau qui cherchent à louer ou à se départir de leur local, qu’ils soient propriétaires ou en location pour faire place au télétravail », indique-t-il.

Pour M. Patry, le télétravail forcé des derniers mois comporte certains avantages, mais aussi quelques inconvénients.

« C’est difficile de garder la motivation et la mobilisation. On dirait que tout le monde s’est tourné un peu vers sa tâche personnelle et lorsque je vais au bureau l’énergie n’est plus pareille », confie-t-il.

Exit les bars à bonbon et après-midi vin et fromage qu’il avait l’habitude d’organiser pour récompenser ses employés, lorsque ceux-ci rencontraient les objectifs trimestriels de l’entreprise.

« On a une équipe qui est bien soudée à la base et ça fait partie de nos valeurs. On a toujours voulu mettre ça de l’avant et accorder beaucoup d’importance et là, le télétravail rend ça très difficile évidemment », relate-t-il.


« Au début de la pandémie, tout le monde avait une réunion le matin et le soir pour communiquer et échanger et là, dans la plupart des équipes, on a des réunions qui sont au moins hebdomadaires et parfois deux fois par semaine. »
Chantal Gingras

L'absentéisme en baisse

M. Patry constate aussi que le télétravail ralentit le développement des affaires. Il voit cependant un avantage considérable dans son secteur d’activité, à savoir que plusieurs compagnies d’assurance ont fait un virage numérique en accéléré.

« Pour tout le volet administratif de nos affaires, la productivité a probablement doublé en efficacité. C’est une différence majeure. À l’inverse, le développement des affaires pour nous est au ralenti. On a une clientèle d’affaires et si le développement des affaires de notre clientèle est au ralenti, alors nous aussi par défaut on est au ralenti », constate-t-il.

La présidente de Ginsberg, Gingras et Associés, Chantal Gingras, voit aussi certains avantages et inconvénients au télétravail, dont notamment la perte du contact humain.

« Tu dois développer une méthode afin de permettre d’encadrer et de soutenir tes employés et ce n’est pas toujours facile. Tu peux le faire en ayant un processus technologique, mais ça ne substitue pas le contact humain », insiste-t-elle.

Mme Gingras explique avoir mis sur pied des équipes de travail dans la foulée de la pandémie et rajouté des rencontres de travail en ligne le matin, afin de favoriser la collaboration et la communication entre les employés.

« Au début de la pandémie, tout le monde avait une réunion le matin et le soir pour communiquer et échanger et là, dans la plupart des équipes, on a des réunions qui sont au moins hebdomadaires et parfois deux fois par semaine », souligne-t-elle.

La dirigeante voit plusieurs avantages au télétravail pour les employés qui n’ont plus à se déplacer dans les bouchons de circulation. Elle constate toutefois que certains ont plus de difficulté à s’y faire.

« Tu as une efficacité de temps et un meilleur équilibre entre le temps au travail et le temps à la maison, mais encore là, si tu es capable de compartimenter », soutient-elle.

Elle s’étonne par ailleurs de voir que le taux d’absentéisme est pratiquement nul depuis l’arrivée de la COVID-19. « Personne n’a appelé malade. On a même dû encourager les gens à prendre des vacances ou des congés », lance-t-elle.

À la fonction publique fédérale, un porte-parole du Conseil du Trésor, indique que la première politique émise pour permettre le télétravail a été adoptée en 1999. 

« L’expérience actuelle révèle que la possibilité de travailler en mode télétravail, dans certains cas, comporte des avantages tant pour l’employeur que pour l’employé. Le gouvernement du Canada continuera de réfléchir sur la possibilité de faciliter le travail à distance afin d’optimiser les avantages pour les Canadiens dans un contexte post-pandémique », précise le porte-parole, Martin Potvin.