Économie du partage : légiférer pour mieux protéger le public

Les gouvernements devraient légiférer davantage pour mieux protéger le public face à la montée en puissance des plateformes électroniques que sont Uber et Airbnb, estiment les experts.
L'arrivée, il y a quelques années maintenant, de ces nouvelles applications servant à mettre en contact un client avec un chauffeur ou un détenteur de logement, est venue modifier considérablement les règles du jeu de l'industrie. 
«Le gouvernement est un peu à la remorque (...) et dans ce cas-ci, ça évolue rapidement», indique le professeur et économiste de l'UQO, Mathieu Perron-Dufour. 
«Il faudrait qu'il y ait un cadre réglementaire comme dans bien d'autres industries pour que ça fasse l'affaire de tout le monde. Que les consommateurs puissent avoir une partie des bénéfices, mais qu'on puisse contrôler les mauvais côtés», poursuit-il.
Mathieu Perron-Dufour, professeur et économiste à l'UQO
M. Perron-Dufour indique que la popularité des Airbnb fait grimper les prix des loyers à certains endroits et crée des «quartiers de party» ou encore des «quartiers fantômes» en période de haute ou de basse saison. 
«Le libre marché fonctionne bien quand tout le monde le respecte», affirme pour sa part le professeur de droit de l'Université d'Ottawa, Gilles LeVasseur. Le hic, selon lui, c'est que les gens s'embarquent souvent dans l'aventure sans s'être préparés à faire face aux inconvénients.
«Présentement, plusieurs personnes adorent louer leur logement à des gens pour une fin de semaine. Cela génère un revenu. Le problème, c'est qu'il y a des gens qui peuvent totalement massacrer ta place. Alors, ce sont tous ces recours-là qu'il faut être capable d'avoir», explique-t-il.
Professeur de droit et à l'école de gestion Telfer de l'Université d'Ottawa, Gilles LeVasseur
L'expert fait remarquer que faute de législation, certains édifices à condominiums ont commencé à mettre des règles en place pour limiter l'accès aux Airbnb. 
«De plus en plus, on voit des restrictions qui sont déposées pour empêcher les abus dans les logements. Mais si ce n'est pas inscrit dans le bail, alors tu ne peux pas l'imposer», dit-il. 
M. LeVasseur indique qu'actuellement, les gens peuvent se tourner vers les petites créances en cas de grabuge. Il s'agit toutefois d'une procédure complexe, dit-il, surtout si les visiteurs en cause habitent dans un autre pays.
Selon lui, les gouvernements devraient imposer aux fournisseurs que sont, par exemple, Uber et Airbnb des obligations de contrôle et de transparence. 
«Ce qui arrive, c'est qu'ils disent être juste un intermédiaire et ne sont donc pas imputables. Or, ils devraient aussi participer à la protection du public», soutient M. LeVasseur. 
Taxe touristique 
Pour le moment, le gouvernement du Québec a néanmoins conclu récemment une entente avec Airbnb sur la perception de la taxe d'hébergement de 3,5 % pour chaque location d'une unité. Il s'agit d'une première au pays.
La présidente de Tourisme Outaouais, Manuela Teixeira
La présidente du conseil d'administration de Tourisme Outaouais, Manuela Teixeira, estime qu'il s'agit d'un pas dans la bonne direction.
«Ça vient régulariser une situation qui était injuste par rapport à toute la communauté d'affaires qui contribuait, par la taxe d'hébergement, au développement touristique et économique des régions du Québec», déclare-t-elle. 
Le président de l'Association des hôtels d'Ottawa-Gatineau, Steve Ball, salue aussi cette entente, mais estime qu'il ne s'agit que de «la pointe de l'iceberg» pour faire d'Airbnb une entreprise «légitime». 
Selon les estimations de l'association, en juillet dernier, Airbnb affichait près de 3600 unités dans la région, alors que les hôtels offrent près de 10 000 chambres. «Ça équivaut au tiers de notre inventaire», fait-il valoir.