La directrice générale de Centraide Outaouais, Nathalie Lepage.
La directrice générale de Centraide Outaouais, Nathalie Lepage.

Centraide Outaouais: un pont entre les affaires et la communauté

En septembre dernier, Centraide Outaouais lançait sa 75e campagne de financement. D’abord nommé la Fédération des Oeuvres de charité de Hull, en 1944, cet organisme avait comme mission d’aider les soldats canadiens de la région et leur famille ou encore, les gens atteints de la tuberculose.

Depuis, la raison d’être de Centraide Outaouais a bien changé. Mais sa mission demeure la même: aider les plus démunis et les plus vulnérables de la communauté. Et sa présence et son leadership sont plus que jamais essentiels alors que la faim, l’itinérance, l’isolement, le décrochage scolaire ou la détresse psychologique touchent une personne sur sept en Outaouais.

Chaque année, Centraide Outaouais appuie 84 organismes répartis aux quatre coins de la région. L’an dernier, grâce aux sommes recueillies, Centraide a pu aider plus de 64 000 personnes.

Nathalie Lepage est directrice générale de Centraide Outaouais depuis 2012, une année où cet organisme vivait des moments difficiles et ne parvenait plus à atteindre ses objectifs annuels. Elle a cependant réussi à redresser la barque et Centraide Outaouais vogue aujourd’hui sur des eaux beaucoup moins houleuses.

DENIS GRATTON : Comment va la campagne de financement cette année ?

NL : De façon générale, ça va bien. C’est certain qu’on repart toujours à zéro. Mais on a de belles campagnes en milieu de travail qui vont très bien, alors qu’on a certains défis ailleurs, comme dans le domaine forestier, par exemple, avec les fermetures chez Fortress et Planchers Lauzon. Habituellement, ces employés donnent et les entreprises offrent des dons corporatifs. Mais dans ces situations-là, c’est évidemment difficile pour eux. Donc, on est un peu à la merci des imprévus. On fait beaucoup de développement cette année avec notre président de campagne, Bob Rioux, qui accomplit un travail formidable. Il faut toujours se renouveler et aller chercher de nouveaux donateurs afin qu’on puisse être moins affectés lorsque des situations comme celle dans le domaine forestier surviennent.

DG : Près de 50% des fonds recueillis par Centraide Outaouais proviennent de la fonction publique fédérale. Comment les difficultés engendrées par le système de paie Phénix vous ont-elles touché au cours des dernières années ?

NL : Il y a eu beaucoup de coupures au fédéral et plusieurs sont partis à la retraite. Ça nous a clairement affecté parce que nos plus gros donateurs sont les fonctionnaires qui sont là depuis longtemps. Tu donnes et, chaque année, tu donnes un peu plus. Donc lorsque t’arrives en fin de carrière et que t’appuies une cause comme Centraide, tu donnes généralement plus qu’en début de carrière. Mais ces gens-là se sont mis à partir à la retraite en grand nombre et c’est certain qu’on a vu un impact. En ce qui a trait à Phénix, quand c’est arrivé, on pensait que le pire était passé pour nous. Nous étions déjà dans une période de décroissance et ç’a continué. Est-ce juste à cause de Phénix ? C’est difficile à dire. Mais c’est sûr que certains n’ont pas donné à Centraide en se disant: « je ne veux pas toucher à ma paye parce que ça pourrait l’affecter ». Par contre, d’autres ont choisi de donner autrement que par un prélèvement sur leur paye. Et lorsqu’on regarde nos chiffres de décroissance, ç’a décru, oui, mais pas plus que les années précédentes. Et en 2017-2018, on a commencé à revoir une croissance dans la campagne du fédéral. Et on espère que cette tendance se poursuivra cette année.

DG : L’environnement philanthropique a beaucoup changé depuis l’arrivée de l’internet. Aujourd’hui, pratiquement n’importe qui peut lancer une campagne de sociofinancement en ligne. Comment réussissez-vous à vous démarquer vis-à-vis de cette nouvelle réalité ?

NL : La philanthropie est en évolution, c’est sûr. C’était ma fête la semaine dernière et Facebook m’a invitée à partir une campagne de sociofinancement. Ça vient de partout. Donc c’est certain qu’il faut trouver une façon de tirer notre épingle du jeu comme organisation qui est là depuis longtemps. Il faut s’adapter, repenser nos stratégies et trouver de nouvelles idées. Ce qu’on constate, c’est qu’il faut segmenter davantage nos messages selon les groupes d’âge. Ce qu’on constate aussi, c’est que les jeunes professionnels veulent s’associer à une cause en participant à une activité ou à un défi. Donc nous sommes beaucoup plus dans les événements et les défis de toutes sortes. Au cours des dernières années, à l’initiative de Benoît Lauzon de notre cabinet de campagne, on a commencé les déjeuners des élus dans Papineau. On compte sept restaurants qui, la même journée, offrent des petits-déjeuners au profit de Centraide Outaouais. L’an passé, il y en a eu un à Gatineau. Cette année, nous en avons quatre à Gatineau. Ça prend une certaine ampleur et ça permet aux élus d’être en lien avec leurs citoyens tout en permettant à Centraide une belle visibilité. 

DG : Est-ce que la pénurie de main-d’oeuvre vous touche directement ?

NL : On le voit. Une entreprise peut dire « on va organiser une campagne », mais si les personnes qui doivent faire la sollicitation au sein de cette entreprise ne peuvent être libérées parce qu’elle sont surchargées de travail, ça devient difficile. Tout comme elle nous affecte dans notre recrutement. On cherche un directeur des finances depuis un certain temps, mais nous sommes incapables d’en trouver. Trois processus de dotation n’ont pas été concluants. On a fait des entrevues avec des gens sur-qualifiés qui refusent le salaire qu’on offre, et d’autres avec des gens sans aucune expérience. On travaille maintenant avec une firme externe qui nous donne un coup de main à ce niveau.

DG : Pouvez-vous imaginer l’Outaouais sans la présence de Centraide ?

NL : Il manquerait certainement quelque chose parce que les organismes pour lesquels on amasse de l’argent chaque année ne seraient pas capables individuellement d’aller chercher ces sommes-là. Leur mandat est d’offrir des services aux gens dans le besoin. Nous, notre expertise, c’est d’amasser l’argent nécessaire pour eux. Centraide Outaouais est le pont entre le milieu des affaires et le milieu communautaire. Et à ma connaissance, il n’y a pas d’autres organisations qui ont cette capacité de faire ce lien et de mobiliser les gens.