Lise Trahan, mentore à la CCG et associée chez PPTA

Le mentorat qui se conjugue au féminin

L’entrepreunariat ne se conjugue plus qu’au masculin seulement alors que la cellule de mentorat de la Chambre de commerce de Gatineau (CCG) vient de lancer le projet Mentorat au féminin, qui vise à offrir un mentorat bonifié pour mieux répondre aux besoins des femmes entrepreneures de la région.

Pour y parvenir, la CCG a préalablement réalisé un rapport d’analyse pour mieux comprendre les besoins des femmes entrepreneures de la région et au pays. Ce sont 376 entrepreneurs et neuf acteurs économiques qui ont fait part de leur réalité. Ce rapport met en lumière les enjeux et les difficultés que vivent les femmes en affaires.

«L’objectif est de faire créditer par le réseau M une formation sur le mentorat dédiée aux femmes, à l’intérieur de la formation que les mentors reçoivent déjà», explique Lise Trahan, mentore à la CCG et associée chez PPTA, un cabinet gatinois qui se spécialise dans le secteur de l’assurance collective. 

Un des éléments marquants du rapport est que l’entrepreneuriat semble moins populaire chez les travailleurs de l’Outaouais qu’ailleurs. La mentore croit que le gouvernement fédéral, à titre de principal employeur dans la région, en est la cause.

« Encore aujourd’hui, et malgré les problèmes avec Phénix, le gouvernement fédéral est encore perçu comme un employeur de choix. Les jeunes sont poussés par un emploi sécuritaire, avec de bons avantages sociaux, plutôt que vers l’entrepreneuriat», fait remarquer madame Trahan qui croit que le même gouvernement influence en partie la décision de ne pas se lancer en affaires. 

Une approche différente

Madame Trahan estime que les femmes vivent l’entrepreneuriat de manière différente des hommes.

Elle note quatre domaines où les femmes se distinguent des hommes: la confiance en soi, le réseautage, la conciliation travail-famille et le financement. Il est dont important d’ajuster les outils existants dans ces catégories pour les femmes, croit l’associée chez PPTA.

«Ce n’est pas que les femmes ont besoin de plus d’aide, mais plutôt qu’elles ont besoin d’une aide différente, explique la femme d’affaires. De manière générale, les femmes n’ont pas autant confiance en leurs compétences et ne réseautent pas de la même façon. Également, les femmes prennent des décisions différentes au niveau de la conciliation travail-famille. Puis finalement, les conditions de financement ne sont pas identiques pour les deux sexes.»

En comprenant mieux les différences, les mentors de la Chambre de commerce de Gatineau peuvent mieux épauler les femmes à atteindre leur plein potentiel en affaires, espère madame Trahan.

Devenir mentorée

Celles qui désirent bénéficier des programmes offerts par la Chambre de commerce de Gatineau peuvent s’informer sur le site web de l’organisme. Certaines conditions s’appliquent pour avoir accès au programme de mentorat.

«Premièrement, il faut être en affaires depuis au moins un an. Le mentorat, c’est une relation libre, donc personne n’est payé, explique Mme Trahan qui a mentoré six personnes depuis 2011. Le mentoré est jumelé avec quelqu’un qui n’est pas de la même industrie. Les deux entrepreneurs se rencontrent environ une fois par mois pour discuter des défis, des réussites, etc. Comme mentor, nous tentons de le guider et de l’aider à traverser les moments plus difficiles, comme les plus heureux.»

En a-t-on vraiment besoin?

Mme Trahan reconnaît que certaines entrepreneures sont mal à l’aise avec le fait de différencier les femmes des hommes.

« Ça agace certaines entrepreneures, car elles aimeraient espérer que nous n’aurons jamais besoin de nous différencier. Mais en fait, c’est juste une question de genre. Nous sommes différentes des hommes, mais aussi complémentaires. Par exemple, moi je travaille avec deux partenaires hommes, raconte-t-elle. Je remarque que notre façon de penser et notre processus décisionnel ne sont pas les mêmes.»

La mentore croit qu’il est très important de reconnaître et d’accepter les différences entre les deux sexes.

« C’est important de reconnaître que nous sommes différents, particulièrement quand nous travaillons avec des jeunes entrepreneurs, explique-t-elle. Ces jeunes entrepreneurs ont besoin de soutien pour grandir. Alors il faut savoir reconnaître ces besoins, les adresser et former nos mentors pour qu’ils puissent aider autant les entrepreneures que les entrepreneurs. »


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Le saviez-vous?

•Le Canada se classe au deuxième rang des pays les plus favorables à l’entrepreneuriat féminin.

•Pourtant, seulement 3% des femmes canadiennes sont des PDG. Elles occupent 25% des postes de cadres supérieurs et 21% des postes sur les conseils d’administration.

•18,3% des répondants affirment s’être lancés en affaires grâce à l’accompagnement d’un mentor.

•17,7% des femmes ont lancé leur première entreprise dans la vingtaine et 38,7% dans la trentaine.

•La région de l’Outaouais occupe le 10e rang en ce qui a trait aux taux d’entrepreneurs établis au Québec.

•Par contre, l’Outaouais est au 3e rang dans le classement des entreprises sociales au Québec.