Claire Lauzon, coproprétaire avec son père Claude de la boutique Ma Cuisine

Le choc des générations

L’achat local, vous l’aurez deviné, constitue le pain et le beurre de la femme d’affaires Claire Lauzon, coproprétaire avec son père Claude de la boutique Ma Cuisine située à l’angle des rues Dalhousie et Murray, à Ottawa.

L’achat local, vous l’aurez deviné, constitue le pain et le beurre de la femme d’affaires Claire Lauzon, coproprétaire avec son père Claude de la boutique Ma Cuisine située à l’angle des rues Dalhousie et Murray, à Ottawa.

Depuis 21 ans,  ­le commerce qui a ouvert ses portes en novembre 1996 offre a sa clientèle des articles allant des chaudrons à la vaissellerie, sans oublier les ustensiles, verres à vin et autres objets pratiques et décoratifs susceptibles de se retrouver non loin des fourneaux ou de la table.


S’il est une chose qui a changé depuis l’ouverture de Ma Cuisine, c’est la clientèle, reconnaît d’emblée madame Lauzon qui, au fil des ans,  a constaté une évolution des comportements dans la façon de consommer des clients. « Quand j’ai ouvert, la clientèle de Ma Cuisine avait de 35 à 55 ans. Aujourd’hui, ils ont de 55 à 75 ans.  La clientèle qui a suivi ma Cuisine ses 20 dernières années n’a plus besoin de rien».

La génération Ikea

Madame Lauzon ne s’en cache, le défi pour Ma Cuisine est de s’adapter. «La prochaine génération consomme de façon totalement différente.  Elle a différentes valeurs, différentes habitudes et modèles de consommation. (...) On essaie de s’adapter à la génération plus jeune. On essaie de trouver des choses différentes qui sont plus le fun pour les jeunes, plus impulsives pour les jeunes. (...) Les  jeunes n’ont pas le même désir de qualité, le même attachement aux choses que la génération précédente, ils n’ont pas besoin de la même qualité», analyse madame Lauzon en parlant de la nouvelle cohorte d’acheteurs qu’elle surnomme «la génération Ikea».

L’achat local, ce n’est pas que de s’adapter aux besoins de la nouvelle clientèle, prévient la native d’Ottawa.  C’est aussi affronter les géants du commerce au détail et l’achat en ligne, une tâche titanesque pour un petit commerce indépendant comme le sien. «Les gens disent qu’il y a de moins en moins de magasins sur le Marché d’Ottawa. Mais il faut les encourager ces magasins.  Des fois, il faut se forcer pour les encourager.  Ce n’est pas toujours parfait, mais il faut les encourager pour qu’ils survivent», plaide celle qui dit se faire un devoir d’acheter localement.

Une concurrence féroce

Passionnée par sa boutique, Claire Lauzon l’est.  Mais ce n’est pas venu du jour au lendemain. Car au-delà des articles de cuisine, la femme d’affaires a d’abord été attirée par la vente au détail, dans les domaines de la mode et des bijoux notamment.

Avant l’aventure de Ma Cuisine, Claire Lauzon avait toujours oeuvré dans le domaine des ventes, à Toronto principalement. «Une fois que tu as compris le concept de la vente au détail, tu peux vendre n’importe quoi», pense-t-elle. 


Et c’est à l’âge de 34 ans, à la demande de son père Claude Lauzon, un important propriétaire foncier, que Claire Lauzon décide d’ouvrir Ma Cuisine.  «Lorsque j’ai débuté, je n’étais pas particulièrement passionnée par la cuisine.  Mais ça n’a pas pris de temps pour que je le devienne», de dire celle qui a étudié en actuariat à l’Université Waterloo. 

Claire Lauzon l’avoue sans détour, le chiffre d’affaires n’est  plus ce qu’il était.  D’une quinzaine de travailleurs dans les bonnes années, Ma Cuisine compte aujourd’hui sur l’expérience de six employés. 

«Le monde est devenu plus petit. Dans le temps, j’allais dans les foires en Europe à toutes les années, à Paris, Francfort ou Milan. Tu pouvais ramener des lignes que personne n’avait. (...) Aujourd’hui, tu peux acheter du cadeau partout.  Quand j’ai ouvert, il n’y avait pas les Loblaws avec ses allées de cadeaux, il n’y avait pas les grandes chaînes américaines», d’insister madame Lauzon pour expliquer la féroce concurrence qu’elle doit affronter quotidiennement.

L'ADN des Caisses pop

Claire Lauzon n’a pas craint de s’impliquer localement, notamment dans le mouvement coopératif des caisses Desjardins qu’elle a découvert en bas âge, en ayant un compte dès sa naissance, suivi d’un compte scolaire.  

De gauche à droite: la copropriétaire Claire Lauzon, la préposée à la vente Krista Connell, la gérante Adrea Hewitt et Francine Ellis, préposée à la vente


Elle siège sur le conseil d’administration de la Caisse populaire Rideau-Vision d’Ottawa depuis 12 ans, dont cinq ans à titre de présidente, ainsi que sur celui de la Fédération des Caisses populaires de l’Ontario. Comme membre du comité stratégique du Centre Espoir Sophie d’Ottawa, elle a pu se plonger dans la défense des femmes démunies.

«J’ai tellement eu une belle vie, j’ai été choyée.  C’est donc facile de remettre au monde», dit-elle.

À 55 ans, elle ne craint pas de parler de retraite pour profiter pleinement de ses loisirs favoris que sont le ski, les voyages, le vélo et l’entraînement.  «D’ici cinq à sept ans», avance Claire Lauzon.