Guylaine Beaulieu, directrice générale de la Coopérative funéraire de l'Outaouais

Coopérative funéraire de l’Outaouais: quarante ans d’adaptation

Dans les années 1970, le coût moyen des services funéraires au Québec était de 18 % plus élevé que dans l’ensemble du Canada.

À l’hiver 1978, le Centre d’amitié de Gatineau, un centre de jour pour personnes âgées, a organisé un colloque qui a abordé ce problème des frais funéraires trop onéreux. Un an plus tard, en janvier 1979, les bases étaient jetées pour la création d’une coopérative funéraire, et une campagne de recrutement de membres débutait avec un objectif de 1000 membres. 

Aujourd’hui, 40 ans plus tard, la Coopérative funéraire de l’Outaouais ( CFO ) compte plus de 20 000 membres, elle occupe près de 80 % du marché des services funéraires dans la région, elle compte 80 employés, six points de service et bientôt un septième dans le secteur du Lac Beauchamp à Gatineau, elle a un chiffre d’affaires de près de huit millions $ annuellement et un portefeuille de placements en fiducie de 22 millions $.

Son succès a dépassé toutes les attentes.

Guylaine Beaulieu est directrice générale de la CFO depuis plus de sept ans. Fière Franco-Ontarienne de Longlac, dans le Nord de la province, elle s’est jointe à cette coopérative après 28 années chez Centraide, d’abord à Centraide Canada pendant 16 ans, puis comme directrice générale de Centraide Outaouais de 2000 à 2012.

En ce 40e anniversaire de la CFO, Le Droit AFFAIRES l’a rencontrée.

DENIS GRATTON : Pourquoi devenir membre de la CFO ? Quels sont les avantages ?

GUYLAINE BEAULIEU : Il y a plusieurs avantages. Mais d’abord et avant tout, devenir membre d’une coopérative, c’est devenir membre d’une entreprise locale parce que je suis actionnaire. En achetant une part permanente au coût de 20 $, je deviens actionnaire d’une entreprise locale qui ne peut être vendue à l’étranger. J’ai mon droit de vote, il y a une vie démocratique au sein d’une coopérative et, comme membre, je peux influencer les orientations. Je me procure aussi des services qui sont abordables. J’ai accès à de l’information avant, pendant et après le produit principal, qui est l’accès aux funérailles. Il y a aussi beaucoup d’éducation qui se fait par des conférences qu’on donne sur la planification successorale, sur les arrangements préalables et plusieurs autres sujets. Ce qui fait que le membre est bien informé avant de prendre toute décision.

DG : Mais en général, Mme Beaulieu, on n’aime pas parler de la mort, on ne veut pas penser à ça. Et de devenir membre d’une coopérative funéraire n’est pas…

GB : Ce n’est pas populaire. Et c’est là que notre rôle comme Coop devient important. De sensibiliser les gens, de faire de l’éducation, de faire valoir le modèle d’entreprise que nous sommes, c’est notre défi. C’est très personnel lorsqu’on parle de la mort. Souvent, on s’imagine notre propre mort, c’est pour ça que c’est très difficile. Mais on veut le faire pour soulager ceux qui vont rester. Quand les choses sont préparées à l’avance, ça facilite ce qui va suivre après le décès. Mais quand on arrive devant le fait, quand on arrive avec la peine, la fatigue, la douleur de perdre un être cher, on est vulnérable et on n’est pas dans le même état d’esprit que lorsqu’on planifie en avance.

40 ans après sa création, la Coopérative funéraire de l’Outaouais compte plus de 20 000 membres, elle occupe près de 80 % du marché des services funéraires dans la région, elle compte 80 employés, six points de service et bientôt un septième dans le secteur du Lac Beauchamp à Gatineau.

DG : Certains reprochent aux entreprises funéraires de, justement, profiter de cette vulnérabilité chez les gens endeuillés pour s’enrichir. Est-ce une fausse perception ?

GB : C’est l’image que certains ont de notre secteur et des services qu’on offre, c’est vrai. On croit que c’est un secteur où il y a beaucoup d’abus. De là l’importance pour nous de sensibiliser les gens à planifier à l’avance. Ici, nos employés ne sont pas payés à la commission. On n’est pas là pour vendre des produits, on est là pour accompagner les gens dans les moments les plus difficiles de leur vie. Et on ne veut pas leur vendre des choses qu’ils n’ont pas besoin. La moyenne du prix de nos funérailles ici, pour un membre, est de 4050 $. Je pourrais vous monter une facture de 15 000 $ si vous le voulez. Mais ce n’est pas notre but. Notre but, c’est d’offrir nos services selon la capacité de payer de la famille.