Travailleurs expérimentés recherchés

Le vieillissement de la population et les nombreux départs à la retraite des baby-boomers font en sorte que plusieurs entreprises font face à des défis majeurs en matière de recrutement de main-d’oeuvre. Est-ce que l’embauche de travailleurs âgés de 55 ans et plus, que l’on appelle aussi les «travailleurs expérimentés», fait partie des solutions pour renverser la vapeur?

Selon les experts en la matière, il s’agit là d’une solution profitable pour tous.

Les entreprises qui bénéficient des services de travailleurs expérimentés sont les premiers à en vanter les avantages. D’abord, en plus de remédier en partie aux défis de recrutement auxquels font face les employeurs, ces travailleurs expérimentés sont souvent vus comme de véritables encyclopédies mobiles par leurs plus jeunes collègues. «Non seulement c’est un mixte intergénérationnel, mais c’est aussi un transfert des connaissances qu’ils peuvent offrir. Je sais qu’à un moment donné, certains disaient qu’ils n’étaient pas toujours là, mais attention, ce sont des travailleurs très fiables, et ce sont des gens extrêmement responsables», fait remarquer la présidente du réseau FADOQ en Outaouais, Gisèle Tassé-Goodman.

Même son de cloche chez Lowe’s, propriétaire de Rona, ce détaillant de quincaillerie et de rénovation qui s’est bâti une réputation en Amérique du Nord en misant sur les travailleurs expérimentés. En Outaouais seulement, ces travailleurs représentent près d’un employé sur cinq. La directrice nationale de l’acquisition de talents chez Lowe’s Canada, Nadine Chiasson, affirme que c’est surtout pour leur grande expertise et le désir de partager leur passion qu’ils sont tant sollicités. «Ces gens ont souvent des horaires flexibles, et l’été, nous sommes très occupés.» 

Rona est d’ailleurs en pleine période d’embauche actuellement, le printemps étant la plus grosse période de l’année pour l’entreprise.

«Ce sont des gens qui voient le service à la clientèle comme un passe-temps. Ils sont de vrais générateurs de bonne humeur auprès des clients.»

La clientèle est justement un autre témoin des bienfaits de l’embauche de travailleurs expérimentés,  conclut Mme Chiasson après avoir interrogé certains clients. «Les gens vont voir une personne plus âgée, et il y a une espèce de confiance, le client a l’impression d’emblée que ces gens-là ont des connaissances et ça a un impact extrêmement positif sur l’atmosphère des magasins.»

Or, c’est chez le travailleur d’expérience que l’on peut observer le plus grand impact, autant sur le plan mental, physique que social.

L’expert conseil à l’Association québécoise de gérontologie, Éric Sedent, souligne que l’époque où les gens travaillaient longtemps pour ultimement arriver à se reposer à la retraite est derrière nous. «La retraite arrivait au bout d’un parcours, alors que maintenant, grâce à l’augmentation de l’espérance de vie notamment, ces années qui ont été gagnées sont des années où on est en pleine possession de nos capacités physiques, intellectuelles et cognitives.»

Alors que pour certains travailleurs expérimentés, les raisons financières peuvent jouer gros dans la balance, M. Sedent remarque que les autres raisons sont souvent plus importantes que l’aspect financier. «La volonté de se sentir encore utile et pleinement investi dans une activité, de se sentir actif, c’est vraiment important. Le fait de rester sur le marché du travail ou d’y retourner, c’est peut-être aussi maintenir ou développer un réseau social afin de briser l’isolement, ou le contrer, chez certaines personnes», avance-t-il.

Un soutien du Québec

Les organismes s’entendent pour dire que les gouvernements fédéral et provincial ont bien fait de miser sur les travailleurs expérimentés dans leurs derniers budgets.

Le gouvernement du Québec investira 533 millions $ sur cinq ans afin d’inciter les travailleurs âgés de 60 ans et plus à demeurer sur le marché de l’emploi. Le moyen? Élargir le crédit d’impôt pour les travailleurs d’expérience.

«On est très satisfait de ces mesures-là, affirme M. Sedent. Ce sont des incitatifs qui vont avoir un impact non négligeable. Certains aînés ont parfois des réticences à retourner sur le marché du travail, en raison de l’impact financier que ça peut avoir. Toutes les mesures qui vont dans ce sens sont de bonnes nouvelles.  C’est une bonne nouvelle pour les entreprises aussi. Elles vont avoir peut-être accès à un bassin de main-d’oeuvre un peu plus disposée à profiter de ces incitations fiscales. Le bassin de main-d’oeuvre de travailleurs expérimentés est un gisement de connaissances et de compétences probablement sous-estimées.»

À la FADOQ, Mme Tassé-Goodman affirme avoir reçu des échos positifs de la part des membres. «C’est un gain important pour les aînés. Ça va contribuer à contrer l’isolement, parce qu’avant, les gens se disaient: Pourquoi aller travailler quand tu sais que tu vas perdre ton supplément de revenu garanti? C’est comme si on voulait taxer la pauvreté.»