Le directeur du Metro Plus Marché Kelly et président régional de l’Association des détaillants en alimentation du Québec, Pascal St-Pierre

Pas de panique dans les épiceries

Si tout le monde s’entend pour dire qu’il n’existe pas de solution miracle au problème de rareté de main-d’oeuvre, les épiciers de la région croient quant à eux que la qualité de la formation et la diversité des emplois disponibles permet à ce domaine de se garder la tête au-dessus de l’eau.

La situation qui prévaut à l’heure actuelle doit être perçue davantage comme « un défi », estime le directeur du magasin Metro Plus Marché Kelly du boulevard Maloney Est et président régional de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA), Pascal St-Pierre.

«Des employés, on en cherche tous les jours. Il y a un manque un peu dans tous les rayons, mais moi, je pense qu’il ne faut pas voir ça d’une façon catastrophique, au contraire. Il faut voir ça comme étant des opportunités. Oui, on doit peut-être être un peu moins sélectifs, on a moins de candidats qui se présentent, par contre je pense que ce qui fait la grosse différence, somme toute, c’est la qualité de la formation qu’on va leur donner. C’est un défi d’avoir de la main-d’oeuvre qualifiée, sauf qu’on a une bonne partie de la responsabilité qui nous revient dans la formation de ces gens-là», lance-t-il. 

L’homme d’affaires soutient que les supermarchés tirent généralement mieux leur épingle du jeu pour une raison toute simple, mais qui fait certes une différence.

«On est chanceux, versus plusieurs autres commerces de détail. Pourquoi ? Parce que les gens vont avoir la chance d’avoir une diversité de travail. Dans notre cas, une fois que le jeune de 16 ans est embauché, s’il travaille aux caisses, qu’il est blasé à un moment donné et qu’il souhaite passer dans le rayon des fruits et légumes, on va pouvoir le former. Il y a plusieurs possibilités au sein du même environnement de travail. Il ne faut pas penser non plus qu’il s’agit uniquement d’emplois étudiants, à temps partiel ou au salaire minimum. C’est un mythe. Il y a de belles opportunités de carrière», affirme M. St-Pierre.

La flexibilité de l’employeur est assurément un mot-clé si l’on veut avoir une bonne rétention de main-d’oeuvre au sein de cette industrie, selon l’épicier. L’implication des employés dans les décisions d’affaires aussi.

«C’est notre rôle de les impliquer et aussi d’organiser des activités pour mobiliser les troupes au fil de l’année. La journée où tu fais ça, ils trouvent de l’intérêt dans leur travail. Une caissière n’est pas juste une caissière, un emballeur ne fait pas juste emballer, il peut avoir d’excellentes idées, par exemple pour améliorer le service à la clientèle», avance M. St-Pierre, ajoutant que les épiciers accueillent à bras ouverts les retraités intéressés à faire quelques heures par semaine, parce que ces derniers ont «un sens des responsabilités très développé».

En Outaouais, l’ADA soutient que la pénurie est « sectorielle », affectant par exemple plus durement les magasins situés dans le secteur Aylmer, qui sont plus près de la frontière avec l’Ontario, où le salaire minimum est plus élevé. 

«C’est un enjeu peut-être un peu plus percutant pour eux. Mais à Gatineau, dès que tu as un commerce qui est éloigné du centre-ville, ça peut être bénéfique, tu peux t’en tirer un peu mieux», explique-t-il.

La question des heures d’ouverture

Pour pallier la pénurie de main-d’oeuvre, Pascal St-Pierre confirme que même la réduction des heures d’ouverture des magasins est dans les cartons. Mais aucune décision n’a encore été prise, puisqu’on souhaite idéalement un consensus dans le marché.

«Il y a des discussions en cours présentement. La norme dans l’industrie, pour les grandes villes, c’est pas mal une fermeture à 21 ou 22h. On aimerait beaucoup avoir des heures un peu réduites, par exemple en fermant tous à 21h, mais tout le monde doit emboîter le pas. Certains vont vouloir être opportunistes et conserver leurs heures habituelles. C’est certain que les gens s’habitueraient. Dans des régions éloignées, par exemple en Abitibi, il y a même des magasins qui ont recommencé à fermer à 18h les fins de semaine», dit-il.