Julienne Kotto, conseillère en employabilité et entrepreneuriat à la Société économique de l’Ontario

Les immigrants comme solution

L’immigration représente une partie de la solution afin de répondre à la pénurie de main-d’oeuvre à laquelle font face les employeurs, mais qu’en est-il de la situation dans la région? Les PME sont-elles assez au fait du bassin existant de candidats immigrants qualifiés pour combler leurs besoins? Petit tour d’horizon.

Au Service intégration travail Outaouais ( SITO ), où on offre notamment des services individuels de recherche d’emploi pour les immigrants et des programmes de formation préparatoire à l’emploi par le biais de stages en entreprise, le nombre de demandes d’employeurs logées auprès de l’organisme a plus que doublé depuis mai 2018 pour passer d’une vingtaine à une cinquantaine par mois.

«C’est sans compter les demandes qui viennent de la part d’Emploi-Québec. Ça vient de tous les secteurs, autant du domaine de la restauration, que des domaines des métiers, de la comptabilité, de l’enseignement, de l’informatique et des technologies», énumère Roxana Merello, directrice générale du SITO. Pour répondre à ce boom de requêtes, l’organisme a d’ailleurs dû ajouter une nouvelle ressource à son équipe.

Au chapitre des succès, le SITO a réussi à placer 280 personnes immigrantes dans un poste en Outaouais, en 2017. L’an passé, ce nombre a grimpé à 324. 

Selon Mme Merello, le pourcentage de placements va augmenter encore cette année. Le constat est toutefois évident: le SITO n’est pas en mesure de répondre à la demande. 

«On doit faire des efforts pour augmenter le nombre de personnes venant de Montréal afin de pourvoir l’ensemble des postes disponibles en Outaouais. Malgré que nous ayons 500 clients par année, nous n’avons pas assez de profils pour répondre à la demande», souligne Mme Merello.

La directrice générale du SITO, Roxana Merello

Le besoin d’effectifs est si criant que le contexte a littéralement provoqué un changement dans les pratiques d’embauche de certains employeurs au fil des récentes années, dit-elle. 

«Il y a certaines entreprises, par exemple des usines, où c’est très réglementé et dans lesquelles on n’arrivait pas par le passé à placer des personnes immigrantes. On n’arrivait même pas à les contacter. Maintenant, ce sont ces entreprises qui nous appellent pour accueillir des candidats. Dans le contexte de pénurie de main-d’oeuvre, les employeurs baissent certaines exigences parce qu’ils ne réussissent pas à pourvoir leurs postes. Si on demandait un BAC ou un DEC auparavant, il faut maintenant que les attentes soient réduites», explique la directrice générale du SITO, qui rappelle que 65% de la clientèle immigrante faisant appel aux services de son organisation possède au moins un diplôme d’études collégiales.

L’exemple de Milident

L’entreprise Milident, basée à Gatineau, connaît bien la main-d’oeuvre immigrante. Il y a 10 ans, ce laboratoire dentaire de renom, qui possède aussi des bureaux à Ottawa, Laval et Moncton, au Nouveau-Brunswick, a dû se tourner vers des travailleurs étrangers pour assurer son expansion. Brésil, Pérou, Afrique du Sud, Corée, Milident sélectionne les meilleures ressources qualifiées disponibles afin d’être en mesure de fabriquer des dizaines de milliers de prothèses dentaires annuellement.

«Il y a seulement deux Cégeps qui donnent le cour de techniciens en prothèses dentaires au Canada et il y a peut-être une dizaine de personnes qui graduent chaque année. Ce n’est pas assez pour répondre à la demande. Pour grossir et se développer, on n’a pas eu le choix de prendre des gens qualifiés provenant de l’extérieur du pays», explique la présidente de Milident, Nancy Lehoux.

Cette dernière reconnaît que la rareté de la main-d’oeuvre est encore plus marquée depuis environ deux ans. Les procédés de recrutement ont dû être revus au goût du jour.

«Avant, on mettait une affiche sur Emploi Québec ou dans n’importe quel réseau et on recevait une centaine de CV. Aujourd’hui, je peux compter sur une main le nombre de CV que je vais recevoir. Nous sommes rendus à développer des façons de vendre notre entreprise plutôt que juste afficher un poste», observe Mme Lehoux.

Julienne Kotto est conseillère en employabilité et entrepreneuriat pour le compte de la Société économique de l’Ontario. Elle oeuvre à Ottawa. Selon elle, l’accompagnement et l’intégration d’un nouvel employé immigrant peut parfois être plus demandant, mais au final, c’est toute l’organisation qui gagnera au change.

«Quand on quitte un pays, nous n’avons plus les mêmes repères que quand nous étions dans notre pays d’origine. L’employeur doit prendre le temps de s’ajuster. Certains immigrants arrivent et comme ils leur manquent l’expérience canadienne, ils retournent sur les bancs des universités, alors qu’avec leur expertise acquise dans leur pays d’origine, un simple mentor au sein de l’entreprise pourrait leur permettre comprendre le mécanisme de fonctionnement et de progresser à leur rythme», lance-t-elle.