Le président de la Fédération des caisses populaires de l’Ontario, Stéphane Trottier

La plus grande caisse Desjardins sera ontarienne

Les abeilles Desjardins butinent fort ces temps-ci dans les ruches ontariennes. Elles s’affairent à préparer la fusion des 11 caisses populaires de la province en une seule institution. Une fusion historique.

«J’y travaille à plein temps», assure le président de la Fédération des caisses populaires de l’Ontario, Stéphane Trottier. Car il y a de quoi occuper ses ouvrières.

À la fin de l’année, lorsque les 11 caisses Desjardins de l’Ontario n’en formeront plus qu’une seule, elle comptera 130 000 membres, dans 50 centres de services avec des actifs de 13,6 milliards de dollars. Elles seront plus de 650 abeilles à l'œuvre dans cette nouvelle ruche unifiée.

«Si on veut croître, il faut passer par ce regroupement», assure M. Trottier.

«Il faut que ce soit clair : aucune des caisses n’est déficitaire, chacune est rentable. Mais à long terme, avec les coûts de la réglementation et les investissements à faire en technologie, la réalité aurait été très différente», prévient-il.

Long processus de fusion

Un premier mouvement de fusion dans les caisses populaires de l’Ontario a débuté en 1987 alors que la province en comptait 52 sur son territoire. Il n’en restait plus que 11 l’an dernier. Dans un peu plus de six mois, il n’y en aura plus qu’une.

Ce qui se cache derrière ces regroupements est un déclin du nombre de clients au fil des ans. Il y a 30 ans, Desjardins en Ontario comptait 150 000 clients. Aujourd’hui, il y en a 20 000 de moins.

«Il y aura une certaine économie d’échelle, admet celui qui dirige le comité transitoire de fusion. On aura un vérificateur au lieu de 11, un seul service des communications, etc... Mais la grande force de la fusion ce sera l’uniformisation des caisses. Les mêmes règles partout, la même accessibilité. De Vermilion à Sudbury, de Pointe-aux-Roches à Ottawa en passant par Kapuskasing, tous les membres auront droit aux mêmes services et aux mêmes ristournes, peu importe l’état financier de la caisse.»

Les responsables de la fusion garantissent que les clients n’en souffriront pas: ils garderont le même folio, les caisses conserveront leur numéro de transit.

Le président de la Fédération des caisses populaires de l’Ontario, Stéphane Trottier

Stéphane Trottier assure aussi que les employés n’y trouveront que des avantages. Ils obtiendront une plus grande mobilité, ce qui sera un atout de taille, ajoute-il, pour enrayer la pénurie de personnel qui se manifeste dans le domaine financier.

«La pénurie de main-d’oeuvre, surtout pour nos métiers spécialisés, est un enjeu très important, sinon le plus grand pour notre industrie, indique M. Trottier. Considérant notre croissance continue, car nous maintenons une présence importante dans plusieurs communautés rurales, cette pénurie augmente potentiellement non seulement la qualité de services et la continuité des affaires, mais aussi le risque d’épuisement professionnel. Nous travaillons continuellement à des améliorations technologiques et à des solutions alternatives et uniques pour l’attraction et la rétention. Sans des employés mobilisés en qualité et en nombre suffisants, une entreprise ne peut survivre.»

Desjardins tatoué

L’homme qui pilote cette fusion historique a de longues racines chez Desjardins. Son père a fondé la caisse pop St-François d’Assises dans Limoilou à Québec. Lorsque M. Trottier déménage en Ontario, il y a de cela 35 ans, il continue de défendre les valeurs de Desjardins. Il devient administrateur de la caisse populaire Trillium en 1996, en prend la présidence 10 ans plus tard.

En 2012, il est élu au conseil de la Fédération des caisses en Ontario dont il est aujourd’hui le président. Cet ergonome de formation pense que la création d’une caisse unique permettra d’augmenter la part de marché en Ontario, qui n’est que de 3 % actuellement.

Plus de 60% des sociétaires chez Desjardins en Ontario sont francophones. La fusion aura lieu le 1er janvier 2020.

Cette grande fusion surviendra un peu plus de 100 ans après qu’Alphonse Desjardins eut fondé la première caisse en Ontario. C’était en 1912. À l’époque, Alphonse Desjardins était sténographe au parlement d’Ottawa.

Nul doute dans l’esprit de Stéphane Trottier, la fusion est garante d’avenir.

«On vient de s’assurer d’une présence en Ontario pour un autre 100 ans».