De gauche à droite: les routiers d’origine jamaïcaine Michael McFarlane, Andre Lewin, Vanbert Hamilton et Michael Wright.

Des airs de Jamaïque à Plaisance

J’aime mon voisin, c’t’un Jamaïcain, chantent les Frères à Ch’val. C’est sans doute l’air que Jacinthe Joly fredonne le matin lorsqu’elle arrive au bureau. Car la directrice générale de Transport Laplante et Fils pourra compter d’ici septembre prochain sur 32 chauffeurs originaires de la Jamaïque pour conduire sa flotte de camions-remorques qui assurent chaque semaine 25 transports entre le Canada et les États-Unis. Cette acquisition fera de Transport Laplante et Fils le plus grand employeur de la municipalité de Plaisance. Que de routes parcourues pour une petite entreprise fondée en 1975 par André et Serge Laplante.

Pourquoi recruter des chauffeurs jamaïcains? Car, il faut se le dire, la Jamaïque, ce n’est pas la porte d’à côté. C’est un pays tropical. Il y fait chaud. Il y fait beau. On y retrouve parmi les plus belles plages des Antilles. Et sans rien vouloir enlever à la belle municipalité de Plaisance, en novembre, il y fait déjà froid.

«On avait un sérieux problème de main-d’œuvre. C’est difficile de recruter de bons chauffeurs. Surtout pour voyager entre le Canada et les États-Unis», explique Jacinthe Joly qui dirige l’entreprise depuis que le propriétaire Serge Laplante jouit d’une retraite bien méritée. Le recrutement est devenu encore plus difficile depuis que le Canada a légalisé la marijuana en octobre dernier, ajoute Mme Joly, qui a les deux mains sur le volant de la compagnie.

Les douaniers américains ne badinent pas avec la question de la consommation de cannabis. C’est tolérance zéro. «Pour répondre aux normes, nous faisons passer des tests de dépistage de drogues dès l’embauche. Il y en a un sur deux qui échoue. C’est sûr que cela complique l’embauche», reconnaît-elle.

Pour remédier à cette situation, Serge Laplante a fait appel aux services d’aide gouvernementaux et il s’est rendu à un salon de l’emploi en juin dernier. Il a appris qu’il y avait des chauffeurs de camions-remorques expérimentés en Jamaïque qui étaient intéressés à venir au Canada pour pratiquer leur métier. «On a reçu une trentaine de curriculum vitae. On les a passés en entrevue via le réseau Skype. Serge m’a convaincu du bien-fondé de leur donner une chance. On a déjà embauché six Jamaïcains en novembre dernier. Et d’ici septembre, ils seront 32 à travailler pour nous», expliquer Mme Joly. L’entreprise comptera alors près d’une quarantaine de chauffeurs ainsi que quatre mécaniciens et trois employés de bureaux.

De la plage aux bancs de neige

La directrice générale de Transport Laplante, Jacinthe Joly

Lorsque les six travailleurs jamaïcains sont débarqués à Plaisance en novembre dernier, ils ne sont pas passés inaperçus. «Ils sont arrivés avec des petits manteaux et des espadrilles. Ils étaient gelés. On les amenés dans un commerce pour s’habiller pour qu’ils puissent avoir des vêtements d’hiver. Les gens trouvaient cela un peu bizarre au début qu’on embauche des Jamaïcains, mais ils s’habituent tranquillement à eux», dit-elle.

Mis à part le climat, leur adaptation a été très rapide. «Nous faisons beaucoup d’activités avec eux pour faciliter leur intégration», ajoute-t-elle. Par exemple, ils les ont amenés pêcher sur la glace sur la rivière des Outaouais, l’hiver dernier. Ils organisent régulièrement des soupers pour eux. Les chauffeurs suivent aussi des cours de français pour mieux communiquer avec leur entourage.

Jacinthe Joly n’a que des éloges à faire envers ses chauffeurs jamaïcains qui sont à la fois professionnels, consciencieux et très prudents sur la route. Même si la région de l’Outaouais est reconnue pour ses nombreux nids-de-poule, les chauffeurs ne se plaignent pas de l’état de nos routes. 

«Ils nous disent que les routes en Jamaïque sont bien pires qu’ici. Là-bas, il y a des courbes dangereuses et des trous partout dans la chaussée», précise-t-elle.