La reprise d’un commerce, un défi de taille

Vous n’osez plus confier les ourlets de vos pantalons à votre grand-mère ? Gatineau Couture est donc pour vous. Le commerce racheté par Sophie Castonguay en 2016 ne se contente plus de vendre des machines à coudre ou de les réparer. Il s’est lancé dans un marché ancestral qui connaît un regain d’intérêt : les cours de couture. Et propose même des camps d’été pour les plus jeunes. S’attaquer à l’obsolescence programmée des vêtements d’aujourd’hui, rattraper un savoir perdu entre deux générations ou trouver une occupation utile à ses dix doigts, les raisons ne manquent pas pour manier fils et aiguilles avec dextérité.

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La tradition au goût du jour

En cette ère de hautes technologies, le petit commerce de quartier garde toujours la cote. De jeunes et moins jeunes entrepreneurs créent des entreprises et assurent la relève dans le secteur des métiers dits traditionnels. Pour certains d’entre eux,  la proximité avec le consommateur constitue leur gagne-pain quotidien. Pour d’autres, c’est la planète toute entière qui est à leur portée. Le Droit AFFAIRES a rencontré certains de ces entrepreneurs.

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« Je couds pour le plaisir depuis que je suis toute petite, ma mère me l’a enseigné. Mais c’est peut-être la crise de la quarantaine qui m’a poussée à me recentrer, à vouloir me lancer dans ce qui me passionnait vraiment », raconte Sophie Castonguay, à l’heure de fermeture de sa boutique flambant neuve.

« Le rachat de cette entreprise, c’est un élan passionné, poursuit celle qui fut communicatrice sportive dans une autre vie. J’aime la couture et je ne voulais pas que ce commerce ferme. » La reprise nécessite une longue période de travaux. La décoration datait des années 1980, se souvient-elle, et l’ancien propriétaire d’Aux machines à coudre Gatineau rédigeait toute son administration à la main.

Sous un même toit, boutique, école et studio sont refaits de fond en comble avec l’aide de son époux, investisseur, comme elle, dans les immeubles à revenus: de grandes fenêtres avec vue sur le boulevard Maloney encadrent une dizaine de stations de couture prêtes à l’emploi. En vitrine parade la Rolls Royce des modèles : une machine à piloter pour broder, coudre et piquer des courte-pointes. À 10 000 $ la bête, le wifi n’est qu’une option parmi tant d’autres.

Tradition et modernité

Quand la nouvelle propriétaire a repris le magasin en 2016, Aux machines à coudre Gatineau avait développé une clientèle à partir de la vente et de la réparation de modèles Janome, l’un des fabricants majeurs dans le domaine. Une marque japonaise louée pour sa précision et sa durabilité, complète la vendeuse déjà aguerrie. Ses clients viennent parfois de Sudbury et du Nord de l’Ontario.

« Les boutiques en ligne nous font acheter une image sur Internet, alors que les commerces spécialisés accompagnent le client. À l’achat d’une machine à coudre, nous offrons un cours en guise de mode d’emploi »,
cite-t-elle en exemple.

Le changement de propriétaire, de nom et les rénovations n’ont pas bouleversé l’ADN de la boutique, qui offrait déjà des cours de couture. Pour l’heure, l’activité principale demeure la même : la réparation des machines. Mais l’entreprise se diversifie désormais dans la vente de tissus et bientôt la promotion de collections de couture gatinoises.

La nouvelle gérance semble également bien partie pour s’imposer sur le marché du service de proximité grâce à la modernisation de son approche qui lui permet d’attirer une nouvelle clientèle, bien plus rajeunie.

Sophie Castonguay de Gatineau Couture

La couture en camp de jour

Les camps de jour de couture accessibles dès l’âge de huit ans affichent presque complet pour l’été 2018. « Les parents ont été conquis l’an dernier. Ils savent que la couture, c’est comme la cuisine : quand tu as appris à le faire, ça te servira toute ta vie ! »

Les jeunes apprentis s’attellent aux mêmes machines que les adultes. « Utiliser des modèles électroniques, ce n’est pas dangereux dans la mesure où nos professeurs leur montrent où positionner les doigts, les mains, où filer la machine. » Les enfants atteints d’un déficit d’attention seront plus aptes à se concentrer sur une machine à coudre, fait remarquer Sophie Castonguay. Dans tous les cas, ça relaxe et ça fait baisser la pression artérielle, assure-t-elle en citant de mémoire une étude américaine.

« Ils repartent tous avec la fierté d’avoir accompli quelque chose. » Car plutôt que de travailler sur des échantillons, les élèves quittent la boutique avec leurs propres projets: sacs, trousses d’école... Ils confectionnent deux objets par jour, selon les techniques de base : fermetures éclair, bouton/boutonnières, coutures droites. Si le succès continue d’être au rendez-vous, Mme Castonguay proposera d’autres ateliers, comme la broderie à la main.

Cet axe de développement en cours nécessite le recrutement de nouveaux professeurs, un défi de taille pour Gatineau Couture. « Les femmes sachant coudre manquent souvent de confiance en elles pour l’enseigner et c’est dommage », déplore Sophie Castonguay. En matière de couture, les mentalités aussi doivent apprendre à virer de bord.