Chronique

Les «selfies» écrasent les fleurs

CHRONIQUE / Les zombies sont arrivés un samedi. Ils ont envahi un champ de tournesol de Millgrove, en Ontario, à 45 minutes au sud-ouest de Toronto.

Dès 5h45, le 28 juillet, ils ont commencé à débarquer. Ils se stationnaient là où ils pouvaient, jusqu’à un kilomètre plus loin. Ils entraient dans le champ sans payer et envoyaient promener les employés qui leur demandaient de partir. 

À un moment donné, les propriétaires de la ferme ont même dû appeler la police. Environ 7000 voitures étaient garées près de chez eux. 

Un des fermiers, Brad Bogle, a décrit au Globe and Mail leur arrivée «comme une apocalypse de zombies». 

Ce n’était pas des zombies, bien sûr, mais des visiteurs en quête d’égoportraits. Les photos de la ferme de Millgrove étaient devenues virales sur Instagram. Et voilà que tout Toronto voulait aussi son selfie

Ces champs de tournesol ontariens sont loin d’être les premières victimes de la culture du selfie. Je ne vous raconterai pas l’histoire du bébé dauphin mort en Espagne après avoir été charrié d’un bord et de l’autre par des touristes qui voulaient poser avec lui; ni de tous ces gens qui ont perdu la vie après s’être pris en photo sur le bord d’une falaise (Wikipédia en répertorie plus d’une centaine). 

Au-delà des anecdotes, ces incidents témoignent par l’absurde d’une époque obsédée par la mise en scène du «moi». 

L’été, en particulier, c’est la folie. Le moi est partout. Il boit des Aperol Spritz sur une terrasse. Fait du surf à pagaie sur un lac. Trippe au spectacle d’un groupe émergent. Grille une guimauve pour son neveu dans un camping. 

Bien sûr, on ignore qu’il déteste l’Aperol et vient de payer 10 $ pour un cocktail servi par un serveur à l’air bête. Qu’il est tombé en bas de son surf, la face dans les algues bleues. Qu’il a regardé son fil Facebook durant tout le show. Qu’il a fait brûler la guimauve et que le neveu a pété une crise. 

Ces mises en scène sur les réseaux sociaux sont devenues tellement communes qu’on ne remarque plus à quel point elles influencent notre perception des gens.

Quoi, ils se sont séparés? Incroyable, ils avaient l’air tellement heureux en vacances à Cuba… Il ne parle plus à son père? Bizarre, avec toutes ces photos de pêche sur Facebook… Elle fait une dépression? Pourtant, j’ai vu son selfie tout sourire dans un champ de tournesols... 

Évidemment, ce n’est pas d’hier que les gens cherchent à polir leur image publique à la recherche d’approbation sociale. Mais le théâtre permanent des réseaux sociaux leur a donné l’occasion de s’y adonner à longueur de journée. 

Résultat : le décalage entre l’image que certains projettent sur les réseaux sociaux et leur réalité est parfois gigantesque. On te jalouse sur Instagram, mais ton quotidien est rempli de relations et d’activités insignifiantes. N’est-ce pas encore plus déprimant?

En même temps, il y a quelque chose de très attirant dans ces profils léchés, comme si on voulait croire à cette fausse perfection. On a beau savoir que c’est n’importe quoi, on ne peut pas s’empêcher de se comparer et de rêver d’une vie aussi trépidante. Ou de surenchérir avec des récits facebookés ou instagramés qu’on sait autant superficiels. 

Bref, on est un peu masos. Pas juste parce qu’on souffre des comparaisons. Mais parce qu’à force d’épier nos amis virtuels, on a moins de temps pour avoir de vraies relations avec des vraies personnes, ne serait-ce que quelques minutes avec des étrangers. 

L’histoire des zombies de Millgrove est révélatrice à cet égard. Des milliers de personnes étaient prêtes à piétiner les tournesols d’une famille de fermiers pour plaire à leurs amis virtuels. 

Ce qui devait arriver est arrivé. La famille Bogle, qui avait ouvert son champ aux photos depuis une semaine, a décidé de ne plus jamais accueillir de visiteurs. Elle le sait maintenant : les selfies, ça écrase les fleurs.

Vie de famille

Lâche ton cell!

CHRONIQUE / Je plaide coupable. Je passe beaucoup (trop) de temps sur mon cellulaire. En même temps, toute ma vie est rendue là-dessus. Dès que je me lève, je regarde si j’ai des messages sur Messenger, si j’ai des courriels perso et professionnels.

Faut bien voir s’il va faire beau. Cell. Un compte à payer. Cell. Petit regard à mon agenda pour voir ce que j’ai de prévu aujourd’hui. Cell. J’y lis même mon Soleil si je ne suis pas à la maison. Pas certaine de savoir comment me rendre à tel endroit? Cell. Une chanson pour agrémenter le trajet. Cell. Et ça continue comme ça toute la journée.

Le Mag

Mon «chalet» au camping

Au Domaine de la rivière aux pommes, à Neuville, les campeurs aiment se construire des terrasses. Elles jouxtent les véhicules récréatifs (VR), surplombent le cours d’eau et voisinent les feuillus et les conifères.

Les propriétaires y disposent toutes sortes de chaises : des pliantes, des longues, des balançoires, des Adirondack, des «normales» autour d’une table. Les terrasses les plus spacieuses accueillent aussi des BBQ et des foyers.

Les rambardes et les treillis sont ornés de plantes, de fleurs ou d’affichettes avec des phrases en hommage du camping. «Ça ne peut pas être mieux», peut-on lire sur une illustration de deux chaises au bord d’une rivière. 

Habituellement réservées aux cours de maison, ces terrasses étonnent sur un lot de camping. Mais au Domaine de la rivière aux pommes, il n’y pas de voyageurs. C’est un camping exclusivement saisonnier. Les campeurs sont là pour tout l’été.

Souvent, ils occupent le même terrain depuis plusieurs années.

«On est très bien ici», dit Michel L’Italien, un des quelque 110 «saisonniers» du camping portneuvois. Pourquoi irait-il ailleurs? 

Sa résidence secondaire a beau être équipée pour rouler, M. L’Italien n’a pas l’intention de bouger. Jusqu’en octobre, son VR restera stationné dans son écrin forestier, le ronron de son moteur remplacé par le ruissellement de la rivière. 

Tendance

Michel L’Italien est loin d’être le seul campeur à être content de se poser. Dans l’ombre du camping nomade — un grand ami des réseaux sociaux! —, le camping sédentaire gagne en popularité au Québec, constatent les regroupements de campeurs et de propriétaires de terrains de camping. 

Les campeurs en VR, par exemple, étaient environ 20 % à rester toute la saison sur le même terrain en 2012. Quatre ans plus tard, ils étaient près de 30 %, selon le plus récent portrait de la pratique du camping au Québec (2017) brossé par Camping Québec. 

Pour Simon Tessier, président-directeur général de Camping Québec, la transition du camping de voyageurs au camping saisonnier fait partie du «parcours de vie du campeur». À force d’explorer les sites, il finit par trouver son endroit de prédilection et il ne voit plus l’intérêt de se déplacer. 

«Ça devient comme un chalet, sans voir beaucoup d’entretien à faire», dit M. Tessier. 

L’engouement pour le camping saisonnier s’explique aussi par des raisons budgétaires, selon la Fédération québécoise de camping et de caravaning. «Il devient parfois plus économique de rester au même endroit que de voyager pour certains campeurs», souligne la directrice du Service des communications, Claudy Laplante St-Jean. 

Chroniques

La semaine écarlate

J’ai fait mes calculs ! Oui, j’ai tout évalué sur une base annuelle. Si, mesdames, vous êtes menstruées en moyenne une semaine par mois, ceci équivaut à 84 jours, 12 semaines, 23 % ou encore quasi le quart des pages du calendrier de vos approximatives 30 années de fertilité. C’est long ça ! Encore plus si vous vous abstenez de sexualité lors de cette période. Est-ce votre cas ?

Parce qu’il y a de ces femmes, de ces hommes, voire de ces couples qui refusent d’être actifs sexuellement parlant lors des menstruations. Y a-t-il effectivement lieu de crier à « l’alerte rouge » et de mettre sur pause tous rapprochements physiques ? Et si cette suspension était tout simplement la résultante de tabous ? Voyons-y...