Les Chèvres de montagne se présentent comme «la plus grande communauté de filles de plein air».

Voyager tout en gardant la forme

Voyages fitness à New York, initiation au paddle surf à Cuba, clinique de vélo de montagne en Gaspésie; l’activité physique prend de plus en plus de place dans les formules voyages offertes aux Québécois. À travers trois approches, Le Soleil s’est penché sur cette tendance qui permet de conjuguer les passions, tout en gardant la forme.

Séjours sur mesure de Skylar

Avant de fonder l’agence Skylar, spécialisée dans les voyages actifs sur mesure, Annie Touchette était déjà une femme d’affaires qui voyageait et s’entraînait beaucoup. Chaque arrêt dans une grande ville devenait une occasion d’essayer un nouveau type d’entraînement, alors que ses vacances comprenaient souvent une retraite fitness. Retraite rime souvent, toutefois, avec décor tropical, «alors que c’est dans les grandes villes qu’ils sont en avance pour le fitness, la gastronomie et l’offre culturelle», se disait-elle.

Puisqu’elle préfère la ville à la plage et les plaisirs épicuriens à la cure détox, elle se met à imaginer son voyage idéal, qui permettrait de marier boxe, pilates, spinning et yoga à la haute gastronomie et à l’exploration de quartiers tendance.

Skylar est né et offre depuis dix-huit mois des voyages Urban fitness à Miami, New York et Los Angeles, pour des groupes d’une douzaine de personnes tout au plus. Annie Touchette a essayé tous les studios et connaît tous les entraîneurs, qui offrent la plupart du temps des cours privés, spécifiquement adaptés aux participants.

Ce sont principalement des femmes qui utilisent les voyages fitness de Skylar, mais l’agence entend aussi cibler les entreprises.
Les voyages fitness de Skylar

«Les gens sont toujours un peu inquiets, parce qu’ils se demandent s’ils seront capables de suivre, s’ils vont se blesser, si ce sera trop pour eux. Il y a encore beaucoup d’éléments à démystifier, constate-t-elle. L’idée est que chaque personne y aille en fonction de ses capacités et se fixe un objectif personnel. On n’est jamais en compétition avec les autres et on s’adapte.» Ceux qui s’offrent les services de Skylar cherchent toutefois à se dépasser. «Quelqu’un qui ne s’entraîne pas du tout va trouver ça un peu intense!», concède-t-elle.

Les voyages de trois à cinq jours sont conçus pour une clientèle aisée à l’horaire chargé. L’avion n’est pas inclus dans les tarifs, puisque les participants, souvent des voyageurs aguerris, préfèrent organiser eux-mêmes leurs déplacements, spécifie-t-elle.

Pour l’instant, ce sont surtout les femmes de 30 à 55 ans qui répondent présentes au Fitness urbain, alors que les couples sont davantage tentés par les Fitaway, qui leur permettent d’avoir des entraînements privés tout en habitant une villa sur une île paradisiaque (et elle aussi privée) des Caraïbes.

À court terme, Skylar veut développer une offre pour les entreprises (team building), puis entend s’adresser aux célibataires. «Beaucoup de jeunes professionnels ont de l’argent, le goût de bouger, de vivre des expériences, de sortir. Les voyages fitness sont parfaits pour ça», remarque Mme Touchette.

Explorations sportives d’Horizon 5

Christian Morneau a fondé Horizon 5 il y a une vingtaine d’années, alors que les sportifs devaient se contenter d’une excursion pendant leur tout inclus ou se joindre à des clubs de sports pour pouvoir être actifs tout en voyageant. Il s’est inspiré de deux agences françaises, Terdav, spécialisée dans le voyage d’aventure, la randonnée et le trekking, et Spots d’Evasion, qui mise sur les sports aquatiques. «J’aimais aussi l’idée d’offrir des camps de vacances pour adultes, où les gens pourraient être initiés à plusieurs sports de plein air pendant le même séjour. On ne voyait pas ça dans les agences de voyages», note-t-il.

Horizon 5 permet de s’entraîner tout en découvrant du pays, par exemple, en faisant du kite surf à Cuba ou du vélo en Italie.
Voyage de vélo en Italie par Horizon 5

L’entreprise de Québec se démène pour se faire connaître, «mais les gens hésitaient, ils ne savaient pas trop dans quoi ils s’embarquaient», raconte-t-il. Il décide donc de construire ses voyages autour de sportifs passionnés, qui auraient déjà un réseau, un désir de partager leurs connaissances et la capacité de s’oublier, le temps d’un voyage, pour encadrer des néophytes.

Le bouche-à-oreille fait son œuvre, la réputation d’Horizon 5 grandit, si bien qu’elle vient d’être rachetée par Groupe Voyages Québec et que ses voyages seront offerts dès octobre sous la houlette de GVQ Actif.

Ceux-ci qui s’inscrivent aux voyages d’Horizon 5 ne recherchent pas la compétition et la performance, mais plutôt à partager une passion avec d’autres. «Ils veulent découvrir un pays à travers le sport», expose M. Morneau. «Le sport en soi occupe 50 % du temps. Le reste, c’est pour découvrir le pays, aller chez l’habitant, découvrir une ville ou faire une randonnée en montagne». Les voyages durent généralement une semaine, et permettent par exemple d’aller faire du kite surf aux îles Turquoise, du yoga à Bali ou du vélo en Italie.

Les groupes peuvent contenir jusqu’à 40 personnes, mais sont encadrés par plusieurs intervenants qui s’adaptent à la forme physique des participants. «Dans une randonnée, on part tous en même temps et on revient tous en même temps, mais on va offrir la possibilité aux plus rapides de faire une boucle supplémentaire», donne en exemple M. Morneau.

La formule attire surtout les femmes de 25 à 55 ans. Quelques ajouts aux voyages déjà offerts pourraient permettre d’attirer davantage les célibataires, une clientèle convoitée. «On mettra toujours l’accent sur le sport, mais en offrant des moments propices aux discussions et en intégrant des activités brise-glace», prévoit-il. M. Morneau entend aussi offrir davantage de voyages multisports, qui permettraient par exemple de découvrir une ville à travers cinq sports différents, sur terre, dans l’eau et en altitude.

Camps intensifs des Chèvres de montagne

Les Chèvres de montagne, qui se présentent comme «la plus grande communauté de filles de plein air» en sont à leur troisième été d’activité. «Sur le terrain, on remarquait qu’il y avait beaucoup de groupes de gars, mais très peu de groupes de filles autonomes. Notre objectif est de permettre aux filles de s’initier ou de progresser dans des sports qui sont plus techniques, qui demandent des équipements, des conseils et des coachs spécialisés et de créer un réseau pour qu’elles puissent ensuite continuer de pratiquer ce sport-là», résume la directrice Pascale Vézina Rioux. En donnant des connaissances, de la confiance et un réseau social aux femmes intéressées par le plein air, les Chèvres les aident à devenir autonomes et actives.

L’équipe a songé à offrir des voyages à l’international. «On avait des idées de grandeur, mais nos projets devenaient rapidement des voyages extrêmement coûteux, pas pour le luxe de l’hébergement, mais pour le luxe d’avoir un guide spécialisé à l’international. Trouver un temps dans l’année qui convient aux parents, aux jeunes professionnels et aux gens plus âgés était aussi tout un casse-tête», raconte Mme Vézina.

Le groupe a donc décidé donc de miser sur des expéditions de quelques jours au Québec, plus accessibles et plus faciles à intégrer dans des horaires chargés. En juin, elles ont par exemple organisé une clinique de vélo de montagne de trois jours en Gaspésie et une fin de semaine de pêche à la mouche. «On est en camping, avec des repas santé fournis par une nutritionniste du sport et on offre du coaching spécialisé pendant le séjour», indique la directrice. Les séjours se déroulent «en plein air de A à Z», ont le plus petit impact environnemental possible et permettent de découvrir des espaces verts accessibles à proximité des lieux de résidences des participantes.

Si ce sont surtout les femmes de 25 à 35 ans qui forment le noyau des Chèvres de montagne, les 35 à 45 ans prennent de plus en plus de place et plusieurs retraitées prennent aussi part aux activités. «On a plusieurs jeunes mamans qui veulent faire une activité pour elles. Au lieu d’aller au spa ou d’aller faire du yoga, elles viennent faire du sport les deux pieds dans la bouette», indique Pascale Vézina.

Les Chèvres de montagne offre aux filles de faire des sports plus techniques dans différentes régions du Québec.
En juin, les filles ont passé une fin de semaine à la pêche à la mouche.