Voir sa future maison en 3D

Le confinement a imposé une accalmie dans le marché immobilier : entre le 24 mars et le 11 mai, il était impossible de visiter physiquement la maison que l’on convoitait. C’est là que la visite virtuelle 3D, une technologie qui existe déjà depuis quelques années, a pris tout son sens. Visualiser sa future demeure en 3D, c’est presque comme si on y était!

La visite virtuelle 3D permet de se promener aisément d’une pièce à l’autre sur tous les étages de la maison. Des outils de mesure sont à la disposition de l’usager lui permettant de connaître les dimensions des murs et des portes, entre autres, et de mieux se situer dans l’espace. Le futur acheteur peut donc facilement envisager la superficie des pièces et les volumes de la propriété.

Évidemment, ça ne remplace pas une vraie visite : on ne peut sentir les odeurs, ni entendre les bruits ambiants, ni toucher les matériaux, ni scruter les moindres recoins des garde-robes, ni observer l’environnement extérieur. Or, cette visite en 3D est tout de même un bon point de départ pour l’acheteur et un «avantage» pour les courtiers qui l’utilisent, selon Julie Saucier, présidente et chef de la direction de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ).


« Je pense que ça va changer la façon dont on va faire du courtage immobilier au Québec »
Julie Saucier, présidente et chef de la direction de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec

Cette méthode était peu utilisée par les courtiers avant la pandémie, note Mme Saucier. «Je pense que ça va changer la façon dont on va faire du courtage immobilier au Québec, mais je ne suis pas sûre que ça va avoir un impact sur les ventes», dit-elle. Ce qui va changer, d’après elle, c’est le comportement des acheteurs et la façon de magasiner sa maison.

Diminuer les visites inutiles

François Huot, courtier immobilier chez Royal LePage, a fait le grand saut durant le confinement avec son collègue Daniel Cantin en se procurant l’équipement nécessaire pour créer des visites virtuelles. «Si on est “reconfinés” à nouveau, et que les limites des visites sont plus complexes, c’est un outil qui va aider», soutient-il.

La création d’une visite virtuelle (qui se fait en quelques heures seulement) est incluse dans son offre de service, le client n’a pas à débourser plus. À son avis, le principal avantage est que l’on peut faire plus de visites au même moment et à toute heure du jour ou de la nuit. «L’acheteur peut même retourner 20 fois dans une même pièce pour vérifier si ses meubles vont entrer», se réjouit François Huot.

Matterport est l’une des entreprises qui offrent la technologie de visite virtuelle 3D.

Le courtier met actuellement au point un projet pilote dans une résidence pour aînés afin de permettre aux futurs résidents de faire une immersion à distance dans l’établissement, un plus pour ceux et celles dont la mobilité est réduite ou qui veulent simplement diminuer la fréquence de leurs déplacements. Il offrira également le service aux entreprises qui souhaitent faire visiter leur commerce en ligne.

Du côté de DuProprio, on croit aussi que la visite virtuelle 3D est un atout majeur dans la mise en marché d’une maison. «La visite virtuelle est un outil qui, à mon avis, devrait être un incontournable dans le futur. Ceux et celles qui ne l’ont pas vont assurément être désavantagés», affirme Martin Desfossés, coach en immobilier et porte-parole chez Duproprio.

François Huot et Daniel Cantin, courtiers chez Royal LePage, se sont dotés d’une caméra Matterport pour offrir la visite virtuelle 3D à leurs clients.

L’entreprise a recours à cette technologie depuis plus de trois ans et compte aujourd’hui plus de 5000 visites virtuelles sur son site Web. Le vendeur qui souhaite bénéficier d’une visite virtuelle de sa maison doit payer 500 $. Cela lui évite des visites en personne inutiles (et, par le fait même, moins de ménage à faire avant chaque visite!). Les acheteurs, qui ont déjà pu visualiser la maison avec précision, vont plutôt valider que ce qu’ils ont vu lors de la visite virtuelle correspond à leurs attentes.

«Quand les gens viennent, ça permet de conclure une entente beaucoup plus rapidement et simplement», constate Martin Desfossés. Dans un sondage effectué par l’entreprise, on constate que 8 personnes qui naviguent sur duproprio.com sur 10 ont consulté des visites virtuelles.

La 3D, un argument de vente

Caroline Gilbert a mis sa maison de Sainte-Foy en vente en mars sur duproprio.com. En raison des contraintes liées au confinement, l’entreprise n’a pas pu envoyer un représentant sur place pour prendre des photos. Mme Gilbert a donc publié ses propres photos. «C’est difficile d’identifier si c’est le confinement ou c’est la qualité des photos qui faisait en sorte qu’on avait plus ou moins d’appels, mais on a vu une différence marquée quand DuProprio a pris des photos et qu’on a ajouté la visite virtuelle», a-t-elle noté.

Elle a également remarqué une différence dans le type de personnes qui la contactaient. «C’était des gens qui savaient beaucoup plus ce qu’ils voulaient. Ils ont pu identifier en amont si la maison correspondait à leurs besoins, compte tenu de la visite virtuelle. Sinon, avant, c’était des gens qui, j’avais l’impression, étaient en recherche avec un besoin un peu plus flou. Quand ils venaient visiter, ils n’avaient pas vu que c’était une maison à pallier.»

Pour l’acheteur Frédéric Sautot, la visite virtuelle 3D l'a aidé à «tomber sous le charme» de sa future demeure.

Le lendemain de la mise en ligne des photos professionnelles et de la visite virtuelle, Caroline Gilbert avait déjà reçu une offre d’achat. L’acheteur, Frédéric Sautot, admet que lorsqu’il avait vu passer la maison en mars, il n’a pas bronché, les photos ne reflétant pas le potentiel de la résidence. Aussitôt les nouvelles photos et la visite virtuelle 3D disponibles, il est «tombé sous le charme». «La visite 3D, ça m’a complètement convaincu d’aller visiter en vrai le logement», dit-il, expliquant que l’outil aide à se projeter dans l’espace. Et comme la maison était à paliers multiples, la visite 3D permet selon lui de mieux comprendre les volumes.

Serait-il allé sur place même s’il y avait seulement eu des photos en haute définition? Oui. Cependant, il assure que «la 3D permet d’avoir une expérience plus réaliste de ce que peut donner la maison». Lorsqu’il a mis les pieds dans sa future demeure, il a même été agréablement surpris par les dimensions. «C’est vraiment paradoxal : les photos agrandissent, on se sent plus petit [lors d’une visite sur place], et la 3D c’est réaliste, mais on a l’impression que ça rapetisse», affirme l’acheteur. Ce qui permettrait de rendre l’expérience d’achat encore plus optimale (et plus convaincante), selon lui, serait de pouvoir mieux anticiper l’extérieur, soit avec de la 3D, soit avec des images prises par un drone.

Les avantages d’une visite virtuelle

Les vendeurs qui se sentent plus frileux quant à un nombre élevé de visites physiques peuvent miser sur des visites moins nombreuses, mais plus efficaces. Un acheteur ayant un horaire de travail variable et peu commode pour les visites en personne peut explorer la maison à tout moment de la journée ou de la nuit.

Un acheteur résidant à Montréal peut planifier une visite en personne à Québec quelques jours plus tard en faisant une promesse d’achat avec signature électronique conditionnellement à une visite en personne. Ainsi, l’offre ne lui file pas entre les doigts même s’il ne peut se déplacer dans l’immédiat.

Il est possible de faire visiter la maison à des membres de la famille ou à des amis afin d’obtenir d’autres avis. «La tape sur l’épaule», comme l’appelle François Huot, courtier immobilier chez Royal LePage.