Alimentation

Vignoble Carpinteri : la Toscane... en Gaspésie

SAINT-ULRIC — Au bout de l’autoroute 20, à environ 40 km à l’est des portes de la région touristique de la Gaspésie, quittez la route 132 à Saint-Ulric pour rouler sur 2 km vers le sud. Au milieu de nulle part, vous serez plongé au cœur d’un étonnant microcosme italien où se dressent des plantations de vignes à perte de vue, un chai et une villa inspirés de l’architecture toscane. C’est le dépaysement, voire le choc culturel. «C’est la Toscane en Gaspésie», vous dira Tony Carpinteri, le propriétaire du vignoble le plus au nord du Canada.

Tony Carpinteri est un immigrant italien installé en Gaspésie depuis longtemps. Après un voyage en Toscane en 2004, le passionné de vin a décidé de réaliser son rêve : bâtir son vignoble. À l’automne de la même année, il a fait l’acquisition d’une fraisière à Saint-Ulric, une municipalité voisine de Matane, avec l’intention de faire pousser de la vigne. Un an plus tard, il a fait construire un chai et a procédé à la plantation des plants de vigne. Le Vignoble Carpinteri prenait ainsi forme.

À la vôtre

Vigne heureuse, vin heureux

CHRONIQUE / J’aime savoir d’où viennent les vins que je consomme. Ils semblent meilleurs quand ils ont été façonnés par un vigneron qui m’inspire. C’est pourquoi je privilégie des artisans respectueux de la fertilité de leur terre et de ses limites. Mieux encore, qui endossent la responsabilité de toute vie organique touchée par leurs activités, de la terre au verre.

Des hommes et des femmes lucides et consciencieux, motivés par une éthique environnementale. Des amoureux de la nature qui se décentralisent de sorte à laisser les éléments naturels s’exprimer pleinement et librement à travers le prisme de la grappe.

Ceux-là font le sacrifice volontaire de la facilité et de l’abondance en utilisant des matières naturelles pour nourrir et protéger la vigne, marque de considération pour la biodiversité environnante. Ils s’engagent auprès de la vigne comme dans une relation. Prendre le temps de la connaître et de la comprendre afin de répondre à ses besoins réels et la renforcer naturellement, coûte que coûte — à coups de sueurs chaudes et froides. Épanouie et en pleine possession de ses moyens, la vigne devient la meilleure version d’elle-même, dans toute son authenticité. 

C’est ce que s’emploie à réaliser la biodynamie — un mode de culture actuel et adapté, à l’antithèse du modèle dépassé de culture inconséquente et capitaliste (quelle que soit la culture), responsable de l’appauvrissement de nos sols, de nos écosystèmes et de nos santés. Buvez moins, buvez mieux, comme dirait l’autre. Produisez moins, produisez mieux, diraient ceux-là. En effet, la modération a bien meilleur goût, au volant d’une voiture ou d’un tracteur. 

De la même façon, j’essaie autant que possible de reproduire ce schème dans mon alimentation, en me rendant au marché local, à l’épicerie bio en vrac ou au marché de solidarité régionale. Chaque semaine, les paniers de la ferme du Coq à l’Âne de Bury remplissent mon frigo de légumes frais, bios et locaux. Ils inspirent ma cuisine du moment, ouvrant du même coup la voie à des accords heureux et inusités.

Chronique

Les «selfies» écrasent les fleurs

CHRONIQUE / Les zombies sont arrivés un samedi. Ils ont envahi un champ de tournesol de Millgrove, en Ontario, à 45 minutes au sud-ouest de Toronto.

Dès 5h45, le 28 juillet, ils ont commencé à débarquer. Ils se stationnaient là où ils pouvaient, jusqu’à un kilomètre plus loin. Ils entraient dans le champ sans payer et envoyaient promener les employés qui leur demandaient de partir. 

À un moment donné, les propriétaires de la ferme ont même dû appeler la police. Environ 7000 voitures étaient garées près de chez eux. 

Un des fermiers, Brad Bogle, a décrit au Globe and Mail leur arrivée «comme une apocalypse de zombies». 

Ce n’était pas des zombies, bien sûr, mais des visiteurs en quête d’égoportraits. Les photos de la ferme de Millgrove étaient devenues virales sur Instagram. Et voilà que tout Toronto voulait aussi son selfie

Ces champs de tournesol ontariens sont loin d’être les premières victimes de la culture du selfie. Je ne vous raconterai pas l’histoire du bébé dauphin mort en Espagne après avoir été charrié d’un bord et de l’autre par des touristes qui voulaient poser avec lui; ni de tous ces gens qui ont perdu la vie après s’être pris en photo sur le bord d’une falaise (Wikipédia en répertorie plus d’une centaine). 

Au-delà des anecdotes, ces incidents témoignent par l’absurde d’une époque obsédée par la mise en scène du «moi». 

L’été, en particulier, c’est la folie. Le moi est partout. Il boit des Aperol Spritz sur une terrasse. Fait du surf à pagaie sur un lac. Trippe au spectacle d’un groupe émergent. Grille une guimauve pour son neveu dans un camping. 

Bien sûr, on ignore qu’il déteste l’Aperol et vient de payer 10 $ pour un cocktail servi par un serveur à l’air bête. Qu’il est tombé en bas de son surf, la face dans les algues bleues. Qu’il a regardé son fil Facebook durant tout le show. Qu’il a fait brûler la guimauve et que le neveu a pété une crise. 

Ces mises en scène sur les réseaux sociaux sont devenues tellement communes qu’on ne remarque plus à quel point elles influencent notre perception des gens.

Quoi, ils se sont séparés? Incroyable, ils avaient l’air tellement heureux en vacances à Cuba… Il ne parle plus à son père? Bizarre, avec toutes ces photos de pêche sur Facebook… Elle fait une dépression? Pourtant, j’ai vu son selfie tout sourire dans un champ de tournesols... 

Évidemment, ce n’est pas d’hier que les gens cherchent à polir leur image publique à la recherche d’approbation sociale. Mais le théâtre permanent des réseaux sociaux leur a donné l’occasion de s’y adonner à longueur de journée. 

Résultat : le décalage entre l’image que certains projettent sur les réseaux sociaux et leur réalité est parfois gigantesque. On te jalouse sur Instagram, mais ton quotidien est rempli de relations et d’activités insignifiantes. N’est-ce pas encore plus déprimant?

En même temps, il y a quelque chose de très attirant dans ces profils léchés, comme si on voulait croire à cette fausse perfection. On a beau savoir que c’est n’importe quoi, on ne peut pas s’empêcher de se comparer et de rêver d’une vie aussi trépidante. Ou de surenchérir avec des récits facebookés ou instagramés qu’on sait autant superficiels. 

Bref, on est un peu masos. Pas juste parce qu’on souffre des comparaisons. Mais parce qu’à force d’épier nos amis virtuels, on a moins de temps pour avoir de vraies relations avec des vraies personnes, ne serait-ce que quelques minutes avec des étrangers. 

L’histoire des zombies de Millgrove est révélatrice à cet égard. Des milliers de personnes étaient prêtes à piétiner les tournesols d’une famille de fermiers pour plaire à leurs amis virtuels. 

Ce qui devait arriver est arrivé. La famille Bogle, qui avait ouvert son champ aux photos depuis une semaine, a décidé de ne plus jamais accueillir de visiteurs. Elle le sait maintenant : les selfies, ça écrase les fleurs.

À LA VÔTRE

Vins de soif pour se tiédir

Qu’est-ce qu’on boit à 32 °C? Quand le verre suinte autant que le front. Un vin qui coule bien, qui se boit facilement, naturellement. Un vin désaltérant, qui rafraîchit sans avoir à se prendre la tête (ou des pincettes). Des blancs, des rosés et des rouges légers, sans lourdeur — ni riches, ni corsés — qui portent une acidité plus marquée, destinée à étancher la soif des fidèles de la terrasse. Bref, un vin coupe-soif, mais qui ne coupe pas le goût de boire.

Ces cuvées se distinguent par un usage discret ou absent de la barrique puisqu’on privilégie des arômes primaires (fruités, floraux, végétaux, minéraux) plutôt que tertiaires (animal, boisé). Comme les tanins des rouges se font délicats, on pourra les servir frais sans craindre qu’ils ne se durcissent.

Ce ne sont pas des vins simplets. Bien au contraire. En fait, ils s’intègrent si bien dans l’esprit du moment que le contenu de la bouteille disparaît en un battement de cils. Ils accompagnent magnifiquement l’intrigue d’un livre de plage, gardant en appétit jusqu’à la dernière page, jusqu’à la dernière goutte. Autour de la table, ils nourrissent les conversations tel un carburant, augmentant la volubilité des copains et la gaieté ambiante.

Ce ne sont pas des amours d’été. Les vins de soif font certes d’incroyables vins de soleil, mais ils sont aussi faits pour durer. Leur ascension dans les habitudes de consommation pourrait être interprétée comme un retour du balancier. Après des années sous le joug des vins aux taux d’alcool vertigineux, surextraits, confiturés et balourds, le vent tourne vers des vins frais et digestes. Une tendance qui n’est pas étrangère au pivot qu’effectue présentement notre assiette : moins carnée, plus légère, plus saine. 

Puisque la table est mise, autant en profiter pour mentionner que ces vins appellent les salades, les sandwichs, les soupes froides, les épluchettes et les plats végés. Autrement, ils accompagneront comme un gant vos parties de pétanque et autres joutes du sportif du dimanche.

Des vins d’été, quoi!

Coteaux d’aix en provence 2017, AIX, Domaine de la Grande Séouve

(SAQ : 13 465 114 — 20,55 $)