À la vôtre

Boissons fraîcheur pour survivre à l'été

Avec la chaleur caniculaire des derniers jours, savourer son vin à la juste température est pour ainsi dire devenu une pratique olympique. Quelques grains de sable dans le maillot, ça passe encore, mais un vin tablette, c’est plus regrettable. Voici une chronique estivale légère comme une brise pour vous aider à étancher votre soif avec éclat!

La température peut transformer un vin en hit ou en flop, qu’importe sa qualité. Un vin servi trop froid voit son bouquet paralysé et ses tanins durcis (dans le cas du rouge). D’un autre côté, le servir trop chaud exacerbe la perception d’alcool, balayant du même coup les arômes sous le tapis au profit des vapeurs d’alcool.

En théorie, les vins blanc sec, vifs et légers se plaisent autour de 8 à 10 °C, tandis que les blancs complexes, fins et souples se révèlent mieux à une température un peu plus élevée, soit à 12 °C. Quant aux rouges, les plus légers et les plus fruités gagnent à être versés autour de 14-16 °C, tandis que les rouges corsés ou âgés s’apprécient à 17-18 ° C. En pratique, le vin à peine entré dans le verre augmente déjà de quelques degrés. Vaut mieux alors le servir un peu plus frais puisqu’il atteindra rapidement sa température idéale.

Depuis qu’il n’est plus possible de refroidir sa bouteille à la SAQ (feu les bains tourbillons glacés), force est de composer avec l’offre de vins réfrigérés relativement limitée. Si le blanc ou le rosé de vos rêves ne se trouve pas au frigo, alors il faudra faire preuve de débrouillardise si l’on souhaite rassasier rapidement les assoiffés au retour à la maison ou au chalet.

Même en cas de force majeure, les glaçons ne sont jamais une option. Non seulement, cela diluera votre vin, mais risque aussi d’ajouter un arôme indésirable de congélo… et de refroidir l’esprit du moment. Privilégiez plutôt un seau rempli de glace et d’eau, encore plus efficace que le congélateur. Par les temps qui courent, même les rouges au bord du coup de chaleur auront besoin d’un petit coup de fraîcheur. Petit truc : versez moins, mais plus souvent, puisque la température fluctue plus rapidement dans votre verre que dans la bouteille.

À la vôtre

Bio depuis 400 ans

CHRONIQUE / La famille Amoreau tient les rênes du Château

Le Puy depuis 1610, sans jamais avoir succombé aux diktats de performance de l’industrie (lire l’usage de produits chimiques). À l’avant-garde depuis 408 ans, la famille s’inscrit comme une précurseure du mouvement sans soufre et de la culture dite bio et biodynamie à Bordeaux.

Récemment de passage à Montréal, Jean Pierre Amoreau, vigneron de 13e génération, et sa famille présentaient 20 ans de leur cuvée Barthélemy (1994-2014), vin issu de la parcelle « les Rocs » — terroir faisant l’objet d’une demande d’appellation monopole auprès de l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité). Avant même de déguster les vins, ça détonne. Le discours du vigneron est méditatif, empreint d’émotion, déstabilisant. Déstabilisant parce qu’il n’est pas commercial, mais humain, tendre et poétique. L’amour pour la nature et la vigne est palpable. Il ne s’agit pas de faire du vin pour du vin, mais de faire symbiose avec la nature afin de lui emprunter son énergie dans son expression la plus pure. Le respect pour le consommateur est tout aussi tangible. « Il s’agit de créer du bonheur, tout simplement », lance Jean Pierre, sincère.

Depuis les années 50, le domaine entretient un écosystème où il fait bon vivre pour la vigne. Situé sur le même plateau calcaire que Saint-Émilion, le terroir « Le Puy », historiquement appelé « le coteau des merveilles », est riche d’une diversité biologique composée de forêts, d’étangs, de champs et de vergers. Sur tout le domaine, aucun produit chimique n’a touché les vignes en 400 ans. Pas d’engrais chimique, d’herbicide ou d’insecticide de synthèse, nenni. Des pulvérisations de presle, d’ortie et d’osier, plutôt. Ah, et le hangar à tracteurs a été troqué pour une écurie.

Le vigneron-poète parle du raisin et de la vigne comme de la matérialisation de l’énergie (soleil, terre, eau, etc.) « Le vin ensuite transformé par les levures deviendra à son tour énergie. Si on utilise des levures de synthèse, il y a une déviation de l’expression », explique Jean Pierre.

Au chai, la fermentation par infusion (comme du thé) est donc menée par les levures indigènes. L’absence de remontages diminue l’apport d’oxygène et confère aux tannins un caractère très particulier. Au terme de l’élevage, les vins ne sont ni filtrés, ni collés, ni sulfités. Des vins véganes de facto, donc.

Le nom du cru Barthélemy n’est pas anodin. Il rend hommage à l’arrière-arrière-grand-père de Jean Pierre, celui-là même qui a découvert comment faire un vin sans ajout de soufre en 1868. La cuvée prend forme sur la parcelle « les Rocs », terroir dont la famille Amoreau souhaite faire reconnaître l’unicité. Une telle reconnaissance pourrait leur valoir leur propre appellation, « Le Puy », comme l’ont déjà obtenu d’autres propriétaires de terroirs exceptionnels déjà compris dans une appellation d’origine existante, comme château grillet (auparavant condrieu).

À la dégustation, Barthélemy (SAQ : 13 670 097 — 170,25 $)* tranche avec le style auquel nous a habitué Bordeaux. D’abord, cette absence de produits de synthèse qui se traduit par une minéralité accrue dans le vin, puis cet équilibre impeccable, ce bois subtil parfaitement intégré et le dépaysement total qui s’ensuit. De 2014 à 1994, les arômes de cuir, balsamique et fines herbes se suivent et se succèdent tandis que la fraîcheur persiste et signe.

À la vôtre

Trois expressions du sauvignon blanc

CHRONIQUE / Lorsqu’une personne affirme ne pas aimer un type de vin, un cépage ou une région viticole, je m’emballe. En fait, je pars carrément en croisade. Loin de moi l’idée de dicter ses goûts à qui que ce soit. Chacun a ses préférences et les goûts sont indiscutables… mais les idées reçues et les généralisations, elles, oui!

Quand j’étais jeune et sobre, nous jouions à un jeu lors des longs trajets en voiture. Il s’agissait d’un jeu de mots où chacun devait rebondir, à tour de rôle, sur le mot de l’autre en disant le plus rapidement possible le premier mot qui venait à l’esprit, par association d’idées. Bref, ça passait le temps et ça révélait efficacement les esprits tordus. Si je dis « sauvignon blanc », il y a fort à parier que vous pensiez à « Nouvelle-Zélande ». Une association tout à fait plausible puisque le pays en a fait son fer de lance.

Le sauvignon blanc néo-zélandais de Marlborough possède une typicité très particulière qui peut parfois diviser — des blancs exubérants aux notes d’agrumes, de buis, d’herbe coupée et d’asperges. Or, ce n’est là qu’une expression du cépage parmi tant d’autres, car l’origine du sauvignon blanc est incontestablement française. Faute de précisions géographiques supplémentaires, les deux principales régions productrices, Le Val de Loire et Bordeaux, en revendiquent la parentalité.

Dans la Loire, il permet de produire certains des plus grands vins blancs au monde sous l’appellation sancerre. En Touraine, il s’éloigne de son expression classique dans les AOC touraine oisly et touraine chenonceaux, deux nouvelles appellations depuis 2011. Une reconnaissance plus que légitime pour ces vignerons rigoureux et visionnaires qui donnent une voix unique au sauvignon blanc. Des cuvées tantôt distinguées et minérales aux notes d’abricots du côté de touraine oisly, tantôt soulignées par d’intenses parfums de fleurs, une grâce inusitée et une rondeur caressante sur chenonceaux.

Comment le sauvignon peut-il adopter des personnalités si diamétralement opposées? À cause du terroir, certes, mais aussi à cause d’une certaine molécule très odorante, la méthoxypyrazine. Également présente dans le cabernet sauvignon et le carménère, elle est la principale responsable des arômes herbacés parfois présents dans le sauvignon blanc. Lorsqu’elle se trouve en forte concentration, elle donne une impression de vin pas mûr. Or, sa teneur dans les raisins tend à diminuer au fur et à mesure que les baies mûrissent. C’est donc dire que la date de la vendange s’avère un facteur déterminant selon le style souhaité par le vigneron, tout autant que les conditions de maturation.

Côté vinif, les thiols, ces composés variétaux présents dans le raisin et précurseurs des arômes de cassis, fruits tropicaux, buis et pamplemousse, ont aussi leur mot à dire.

Tout ça pour dire qu’un sauvignon blanc n’égale pas l’autre. Voici 3 cuvées pour découvrir ou redécouvrir les différentes déclinaisons de ce grand cépage blanc.

Vins

Peut-on se parler de la couleur du rosé?

CHRONIQUE / S’il y a un vin capable de les diviser tous, c’est bien le rosé. Personne ne s’entend sur ce qu’il devrait être. Comme s’il n’existait qu’un seul type de rosé dans un océan de blancs et de rouges.

Envie de semer la bisbille dans un groupe de professionnels du vin? Parlez de rosé — ou, mieux encore, servez-en! Le débat sera furieusement engagé avant même qu’un seul d’entre eux n’ait eu le temps de tremper les lèvres dans sa coupe.

La couleur du rosé a pris une importance disproportionnée. « Pas assez rose », « trop foncé »… Eh oui! De tels propos discriminatoires persistent encore en 2018. Pourtant, on se fiche bien de la robe du blanc et du rouge. Vous avez déjà entendu quelqu’un dire : « Ce blanc est trop foncé » ou « Ce rouge est définitivement trop pâle »?

Le rosé est le seul vin qui est jugé d’après sa teinte. Les vignerons eux-mêmes semblent insister sur la couleur comme facteur déterminant du processus d’achat en embouteillant systématiquement leurs vins dans des contenants transparents. Et pourtant, certains rosés, amplement capables de se bonifier avec le temps, gagneraient à être protégés par du verre coloré.

Or, la teinte ne veut absolument rien dire — surtout avec les techniques de vinification modernes. Si la couleur n’est pas forcément un indicateur de style, elle est encore moins un indice de qualité. Jamais elle ne témoignera du rendement (rapport entre le volume de vin produit sur une surface donnée) ou de la qualité des soins apportés à la vigne.

À l’heure actuelle, la diversité du rosé s’éteint au fur et à mesure que l’hégémonie du style provençal s’impose. Depuis les années 1990, on assiste à une domination mondiale des vins rosés techniques. Obtenus par pressurage direct (raisins pressés rapidement après la récolte pour limiter le contact des peaux avec le jus), ces vins exhibent une robe pâle mousse de saumon et diffusent de délicats arômes de pamplemousses et de fraises. Un style convoité par les vignerons et réclamé par les consommateurs, qui est souvent exécuté sans trop de considération pour l’expression du terroir. Selon Elizabeth Gabay, Master of Wine et autrice du livre Rosé, ils représentent 80 % de l’offre de rosés produits dans le monde.

Dans la Loire, par exemple, ce n’est que depuis tout récemment que les vignerons font référence au terroir en parlant de rosé. C’est carrément un changement de paradigme puisque auparavant, l’idée élémentaire consistait simplement à « faire du rosé ».

Mais, revenons à nos 50 nuances de rose. Une robe pâle n’est pas automatiquement synonyme de légèreté et de délicatesse. L’habit ne fait pas le moine, comme dirait l’autre. Le meilleur exemple serait le terrasses du larzac 2016 du Château La Sauvageonne appartenant à Gérard Bertrand. Parfaitement doré, il ne donne pas du tout l’impression d’être un rosé. En fait, il pourrait aisément se faire passer pour un blanc. Plus pâle que pâle, il se révèle pourtant puissant, structuré et d’une étonnante complexité. Qui plus est, il est le fruit d’un assemblage de cépages blancs et noirs vinifiés en barrique — vermentino, mourvèdre, viognier et grenache.

Je vous imagine froncer des sourcils. Des raisins blancs dans le rosé? En France, il est interdit de mélanger vin blanc et vin rouge pour faire du rosé, exception faite de la Champagne, mais il est tout à fait possible de mélanger raisins blancs et noirs.