Vendanges 2018

Trinquer local pour la durabilité

CHRONIQUE / Dans les dernières semaines, les vins québécois ont fait verser beaucoup d’encre et déferler beaucoup de mots-clics. Vous êtes aussi nombreux à avoir fait aller votre limonadier sur votre bouteille du Québec le 12 septembre dernier. C’était beau à voir.

Il y a quelque chose dans l’air. Une frénésie de boire local, et de vivre local plus largement. Il suffit de feuilleter le tout nouveau hors-série du magazine Caribou sur les vins du Québec pour en saisir l’ampleur. Ou encore d’aller faire un tour sur le compte Instagram de @vinsduquebec (qui est en feu, c’est pas peu dire). Plusieurs d’entre vous ont même profité des vendanges pour partir à la rencontre de nos vignerons québécois. Est-ce les retombées de la loi 88? Est-ce l’impératif de prendre en main notre planète d’ici deux ans? Une chose est certaine, il y a un momentum, un éveil collectif. 

Non, cet article ne traitera pas de l’incroyable qualité de nos vins. Les éloges et les démonstrations ont été largement faites récemment. 

Pendant longtemps, avec l’abondance de vins provenant des quatre coins du monde, le peu de place donné aux vins d’ici en SAQ et la jeunesse de notre industrie viticole, l’ailleurs était souvent meilleur et plus accessible. Or, maintenant que nos vignerons ont gagné en expérience et en maturité et que la distribution y est, il est beaucoup plus facile et heureux de « boire local ». 

L’achat local s’inscrit dans la mouvance du développement durable, de la consommation responsable et de la protection de l’environnement. Selon Bernard Lavallée, nutritionniste et auteur, en moyenne, les aliments voyagent entre 3500 km et 5000 km avant d’arriver sur nos tables au Québec. En buvant un vin d’ici, on réduit donc inévitablement la distance parcourue par la bouteille jusqu’à notre verre. Moins de carburant dépensé, donc moins de GES attribuables au transport.

Selon notre ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, l’achat local favorise la réinjection des investissements dans la communauté et contribue au développement économique des municipalités, des régions, de la province. La MAPAQ ajoute même que si chaque consommateur achetait pour 30 $ de plus en produits québécois par année, on injecterait un milliard de dollars de plus dans l’économie québécoise en 5 ans. Plus de dollars dépensés ici, plus d’emplois, plus de richesse, plus d’impôts. Qui plus est, chaque bouteille du Québec achetée agit comme un levier pour notre industrie viticole. En supportant nos vignobles locaux, on leur donne le pouvoir économique de se développer, de perfectionner leurs installations, d’engager une main-d’œuvre compétente et d’affiner leurs produits. Au bout du compte, tout le monde est gagnant. 

Je ne dis pas qu’il faut arrêter de boire l’ailleurs. Simplement de boire plus souvent l’ici. Et j’encourage tous les pays et les provinces à le faire. Plusieurs le font d’ailleurs déjà très bien. On a tendance à l’oublier, mais acheter est un choix environnemental, économique, social et politique. En achetant notre vin localement nous avons le pouvoir de minimiser notre empreinte écologique, d’améliorer les conditions sociales et économiques de nos régions et de contribuer à la valorisation de notre vignoble québécois. Moi, je dis que ça vaut le coup.

Québec, Lot 100dix blanc, Domaine Cartier-Potelle

Ce petit dernier du Domaine Cartier-Potelle de Rougemont a été ma plus grande surprise à la Fête des Vendanges Magog-Orford cette année. Dernièrement, le domaine a remercié quelques-uns de ses pommiers pour accueillir riesling, chardonnay, frontenac blanc et frontenac noir. Connu pour ses cidres, le domaine prouve qu’il sait manier aussi bien le jus de la grappe que de la pomme. Il sort de ce frontenac blanc une attaque racoleuse, une persistance aromatique et une jolie texture grasse. Un jeune blanc sec qui promet! À se procurer au vignoble.

Québec, Phénix blanc, Rivière du Chêne

Ce blanc des Basses-Laurentides sent le « nord ». La première impression est celle de la sève — la sensation de se trouver au milieu d’une forêt de conifères. Un blanc aromatique parfaitement sec, taillé pour la table et qui laisse vaguer à des harmonies telles qu’une focaccia aux olives vertes et au romarin.

Ça l’air beau Saint-Eustache, mais ce n’est pas à la porte d’à côté? Vous trouverez leur blanc William à la SAQ, lui aussi pas piqué des vers. Croquant et délicat, il incarne quant à lui le parfait vin d’apéro.