Si certaines bouteilles nous charment plus que d’autres, il en va de même avec les vignerons.

Taillé dans le rock

CHRONIQUE / Le vin est humain. Derrière chaque bouteille, il y a des femmes et des hommes passionnés. En dégustant leur vin, on boit leur philosophie, leur dévouement, leurs valeurs, leur passé. Si certaines bouteilles nous charment plus que d’autres, il en va de même avec les vignerons. Récit d’une rencontre marquante et inspirante avec un producteur anticonformiste.

Dans une autre vie, Charles Smith était un agent de groupes rock. J’ai d’ailleurs parlé de ce vigneron à plusieurs reprises dans cette chronique. Je savais que le personnage n’avait rien de conventionnel. À mon arrivée à la Maison Boulud, le restaurant du Ritz à Montréal, il se présente avec des cheveux afro, vêtu tout de noir et de baskets, sans veston, bien sûr. Vous pouvez sortir le gars du rock, mais pas le rock du gars. J’ai eu autant de plaisir à découvrir les vins de la maison que le vigneron bon vivant, généreux et coloré, duquel émane une profonde humilité. Un esprit à contre-courant et assumé dans une industrie un tantinet hétérogène et solennelle.

Né en banlieue de Sacramento, en Californie, Charles Smith a connu une enfance modeste et plutôt difficile. Plus tard, il partira en Europe vivre au rythme de la musique pendant près d’une décennie, à diriger des groupes tels que The Raveonettes, avant de revenir aux États-Unis. Vigneron autodidacte, Charles Smith n’a jamais étudié le vin lorsqu’il s’installe à Walla Walla, Washington, pour traire la vigne. C’est sa passion brute pour le jus de la grappe qui l’y a conduit. En 1999, son rêve était de faire du vin — dix-neuf ans plus tard, le même rêve l’habite encore.

Ses vins reflètent la typicité du cépage et du vignoble puisqu’il n’ajoute rien d’autre que des levures naturelles au cours du processus. Charles a une façon bien à lui d’appréhender la vinification. La plupart des vignerons qui élèvent leurs vins en fûts de chêne effectuent d’abord la fermentation alcoolique en cuve inox, puis transvasent le vin dans les fûts afin de le débarrasser de ses dépôts. Fidèle à son tempérament marginal, Charles Smith enclenche la plupart du temps (pour les vins boisés) la fermentation alcoolique directement dans les fûts en y versant le jus fraîchement pressé ou encore les baies entières tout juste vendangées. Enfin, ses vins ne sont ni collés ni filtrés avant l’embouteillage. « Dirty in the bottle! », comme il se plaît à dire. Des vins à l’image de l’homme : francs, pleins de caractère et accessibles.

À la SAQ, ses bouteilles au design brut et moderne, en noir et blanc, sont facilement repérables. Parmi ses quelques gammes, toutes plus créatives les unes que les autres et toutes élaborées avec des raisins cultivés dans l’État de Washington, mentionnons : K Vitners, dédiée aux cépages rhodaniens (syrah, grenache, viognier); Vino CasaSmith, consacrée à des cépages italiens classiques (barbera, sangiovese, pinot grigio, primitivo, moscato); Sixto, entièrement vouée au chardonnay et inspirée du musicien Sixto Rodriguez; Substance, des vins intègres à prix abordables. Quant à Kung Fu Girl riesling, Eve chardonnay, Boom Boom syrah, Velvet Devil merlot and Chateau Smith cabernet sauvignon, Charles a vendu la collection au géant Constellation Brands en 2016 afin de rendre accessibles au monde entier ces vins qui rencontraient un énorme succès.

Une chose est sûre, il carbure au vin et à l’innovation. Plusieurs projets trippants sont d’ailleurs en gestation… il n’a pas terminé de nous surprendre!

Vous avez des questions ou des commentaires? Écrivez-moi à caroline.chagnon@gcmedias.ca.

Columbia valley 2015, Cs Cabernet sauvignon, Wine of Substance (SAQ : 12 670 378 — 19,80 $)

L’ambition derrière le plus récent projet de Charles? Produire une marque de vin unique, pour faire, entre autres, le meilleur cabernet sauvignon à prix réduit d’Amérique — rien de moins! Comment? En substance : des jus vinifiés comme de petits lots, mais à grande échelle. En pratique : une vinification traditionnelle, des fermentations aux levures indigènes et une mise en bouteille non filtrée. Au nez, de jolies notes de mûres et de tabac. Superbe bouche soyeuse dotée d’une bonne structure tannique et d’une finale persistante.

Ancient lakes 2015, Pinot grigio, Vino CasaSmith (SAQ : 12 629 691 — 19,95 $)

Voici un pinot grigio sec aux tonalités de pomme Granny Smith, citron et concombre. Dans le verre, c’est croquant et ponctué par une délicate minéralité. Agréable et rafraîchissant!

Washington 2016, Sangiovese rosé, Vino CasaSmith (SAQ : 13 339 759 — 19,50 $)

Pour Charles un bon rosé doit être très plaisant à boire. Celui-ci est élaboré avec le sangiovese, cépage star de la Toscane. Là où il est cultivé, le climat est trop frais pour la production du rouge, mais est en revanche idéal pour le rosé. Ce vin est sec avec une acidité plutôt basse, et franchement, ça tape dans le mille!