À la vôtre

Boissons fraîcheur pour survivre à l'été

Avec la chaleur caniculaire des derniers jours, savourer son vin à la juste température est pour ainsi dire devenu une pratique olympique. Quelques grains de sable dans le maillot, ça passe encore, mais un vin tablette, c’est plus regrettable. Voici une chronique estivale légère comme une brise pour vous aider à étancher votre soif avec éclat!

La température peut transformer un vin en hit ou en flop, qu’importe sa qualité. Un vin servi trop froid voit son bouquet paralysé et ses tanins durcis (dans le cas du rouge). D’un autre côté, le servir trop chaud exacerbe la perception d’alcool, balayant du même coup les arômes sous le tapis au profit des vapeurs d’alcool.

En théorie, les vins blanc sec, vifs et légers se plaisent autour de 8 à 10 °C, tandis que les blancs complexes, fins et souples se révèlent mieux à une température un peu plus élevée, soit à 12 °C. Quant aux rouges, les plus légers et les plus fruités gagnent à être versés autour de 14-16 °C, tandis que les rouges corsés ou âgés s’apprécient à 17-18 ° C. En pratique, le vin à peine entré dans le verre augmente déjà de quelques degrés. Vaut mieux alors le servir un peu plus frais puisqu’il atteindra rapidement sa température idéale.

Depuis qu’il n’est plus possible de refroidir sa bouteille à la SAQ (feu les bains tourbillons glacés), force est de composer avec l’offre de vins réfrigérés relativement limitée. Si le blanc ou le rosé de vos rêves ne se trouve pas au frigo, alors il faudra faire preuve de débrouillardise si l’on souhaite rassasier rapidement les assoiffés au retour à la maison ou au chalet.

Même en cas de force majeure, les glaçons ne sont jamais une option. Non seulement, cela diluera votre vin, mais risque aussi d’ajouter un arôme indésirable de congélo… et de refroidir l’esprit du moment. Privilégiez plutôt un seau rempli de glace et d’eau, encore plus efficace que le congélateur. Par les temps qui courent, même les rouges au bord du coup de chaleur auront besoin d’un petit coup de fraîcheur. Petit truc : versez moins, mais plus souvent, puisque la température fluctue plus rapidement dans votre verre que dans la bouteille.

À la vôtre

Bio depuis 400 ans

CHRONIQUE / La famille Amoreau tient les rênes du Château

Le Puy depuis 1610, sans jamais avoir succombé aux diktats de performance de l’industrie (lire l’usage de produits chimiques). À l’avant-garde depuis 408 ans, la famille s’inscrit comme une précurseure du mouvement sans soufre et de la culture dite bio et biodynamie à Bordeaux.

Récemment de passage à Montréal, Jean Pierre Amoreau, vigneron de 13e génération, et sa famille présentaient 20 ans de leur cuvée Barthélemy (1994-2014), vin issu de la parcelle « les Rocs » — terroir faisant l’objet d’une demande d’appellation monopole auprès de l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité). Avant même de déguster les vins, ça détonne. Le discours du vigneron est méditatif, empreint d’émotion, déstabilisant. Déstabilisant parce qu’il n’est pas commercial, mais humain, tendre et poétique. L’amour pour la nature et la vigne est palpable. Il ne s’agit pas de faire du vin pour du vin, mais de faire symbiose avec la nature afin de lui emprunter son énergie dans son expression la plus pure. Le respect pour le consommateur est tout aussi tangible. « Il s’agit de créer du bonheur, tout simplement », lance Jean Pierre, sincère.

Depuis les années 50, le domaine entretient un écosystème où il fait bon vivre pour la vigne. Situé sur le même plateau calcaire que Saint-Émilion, le terroir « Le Puy », historiquement appelé « le coteau des merveilles », est riche d’une diversité biologique composée de forêts, d’étangs, de champs et de vergers. Sur tout le domaine, aucun produit chimique n’a touché les vignes en 400 ans. Pas d’engrais chimique, d’herbicide ou d’insecticide de synthèse, nenni. Des pulvérisations de presle, d’ortie et d’osier, plutôt. Ah, et le hangar à tracteurs a été troqué pour une écurie.

Le vigneron-poète parle du raisin et de la vigne comme de la matérialisation de l’énergie (soleil, terre, eau, etc.) « Le vin ensuite transformé par les levures deviendra à son tour énergie. Si on utilise des levures de synthèse, il y a une déviation de l’expression », explique Jean Pierre.

Au chai, la fermentation par infusion (comme du thé) est donc menée par les levures indigènes. L’absence de remontages diminue l’apport d’oxygène et confère aux tannins un caractère très particulier. Au terme de l’élevage, les vins ne sont ni filtrés, ni collés, ni sulfités. Des vins véganes de facto, donc.

Le nom du cru Barthélemy n’est pas anodin. Il rend hommage à l’arrière-arrière-grand-père de Jean Pierre, celui-là même qui a découvert comment faire un vin sans ajout de soufre en 1868. La cuvée prend forme sur la parcelle « les Rocs », terroir dont la famille Amoreau souhaite faire reconnaître l’unicité. Une telle reconnaissance pourrait leur valoir leur propre appellation, « Le Puy », comme l’ont déjà obtenu d’autres propriétaires de terroirs exceptionnels déjà compris dans une appellation d’origine existante, comme château grillet (auparavant condrieu).

À la dégustation, Barthélemy (SAQ : 13 670 097 — 170,25 $)* tranche avec le style auquel nous a habitué Bordeaux. D’abord, cette absence de produits de synthèse qui se traduit par une minéralité accrue dans le vin, puis cet équilibre impeccable, ce bois subtil parfaitement intégré et le dépaysement total qui s’ensuit. De 2014 à 1994, les arômes de cuir, balsamique et fines herbes se suivent et se succèdent tandis que la fraîcheur persiste et signe.

À la vôtre

Trois expressions du sauvignon blanc

CHRONIQUE / Lorsqu’une personne affirme ne pas aimer un type de vin, un cépage ou une région viticole, je m’emballe. En fait, je pars carrément en croisade. Loin de moi l’idée de dicter ses goûts à qui que ce soit. Chacun a ses préférences et les goûts sont indiscutables… mais les idées reçues et les généralisations, elles, oui!

Quand j’étais jeune et sobre, nous jouions à un jeu lors des longs trajets en voiture. Il s’agissait d’un jeu de mots où chacun devait rebondir, à tour de rôle, sur le mot de l’autre en disant le plus rapidement possible le premier mot qui venait à l’esprit, par association d’idées. Bref, ça passait le temps et ça révélait efficacement les esprits tordus. Si je dis « sauvignon blanc », il y a fort à parier que vous pensiez à « Nouvelle-Zélande ». Une association tout à fait plausible puisque le pays en a fait son fer de lance.

Le sauvignon blanc néo-zélandais de Marlborough possède une typicité très particulière qui peut parfois diviser — des blancs exubérants aux notes d’agrumes, de buis, d’herbe coupée et d’asperges. Or, ce n’est là qu’une expression du cépage parmi tant d’autres, car l’origine du sauvignon blanc est incontestablement française. Faute de précisions géographiques supplémentaires, les deux principales régions productrices, Le Val de Loire et Bordeaux, en revendiquent la parentalité.

Dans la Loire, il permet de produire certains des plus grands vins blancs au monde sous l’appellation sancerre. En Touraine, il s’éloigne de son expression classique dans les AOC touraine oisly et touraine chenonceaux, deux nouvelles appellations depuis 2011. Une reconnaissance plus que légitime pour ces vignerons rigoureux et visionnaires qui donnent une voix unique au sauvignon blanc. Des cuvées tantôt distinguées et minérales aux notes d’abricots du côté de touraine oisly, tantôt soulignées par d’intenses parfums de fleurs, une grâce inusitée et une rondeur caressante sur chenonceaux.

Comment le sauvignon peut-il adopter des personnalités si diamétralement opposées? À cause du terroir, certes, mais aussi à cause d’une certaine molécule très odorante, la méthoxypyrazine. Également présente dans le cabernet sauvignon et le carménère, elle est la principale responsable des arômes herbacés parfois présents dans le sauvignon blanc. Lorsqu’elle se trouve en forte concentration, elle donne une impression de vin pas mûr. Or, sa teneur dans les raisins tend à diminuer au fur et à mesure que les baies mûrissent. C’est donc dire que la date de la vendange s’avère un facteur déterminant selon le style souhaité par le vigneron, tout autant que les conditions de maturation.

Côté vinif, les thiols, ces composés variétaux présents dans le raisin et précurseurs des arômes de cassis, fruits tropicaux, buis et pamplemousse, ont aussi leur mot à dire.

Tout ça pour dire qu’un sauvignon blanc n’égale pas l’autre. Voici 3 cuvées pour découvrir ou redécouvrir les différentes déclinaisons de ce grand cépage blanc.

Vins

Peut-on se parler de la couleur du rosé?

CHRONIQUE / S’il y a un vin capable de les diviser tous, c’est bien le rosé. Personne ne s’entend sur ce qu’il devrait être. Comme s’il n’existait qu’un seul type de rosé dans un océan de blancs et de rouges.

Envie de semer la bisbille dans un groupe de professionnels du vin? Parlez de rosé — ou, mieux encore, servez-en! Le débat sera furieusement engagé avant même qu’un seul d’entre eux n’ait eu le temps de tremper les lèvres dans sa coupe.

La couleur du rosé a pris une importance disproportionnée. « Pas assez rose », « trop foncé »… Eh oui! De tels propos discriminatoires persistent encore en 2018. Pourtant, on se fiche bien de la robe du blanc et du rouge. Vous avez déjà entendu quelqu’un dire : « Ce blanc est trop foncé » ou « Ce rouge est définitivement trop pâle »?

Le rosé est le seul vin qui est jugé d’après sa teinte. Les vignerons eux-mêmes semblent insister sur la couleur comme facteur déterminant du processus d’achat en embouteillant systématiquement leurs vins dans des contenants transparents. Et pourtant, certains rosés, amplement capables de se bonifier avec le temps, gagneraient à être protégés par du verre coloré.

Or, la teinte ne veut absolument rien dire — surtout avec les techniques de vinification modernes. Si la couleur n’est pas forcément un indicateur de style, elle est encore moins un indice de qualité. Jamais elle ne témoignera du rendement (rapport entre le volume de vin produit sur une surface donnée) ou de la qualité des soins apportés à la vigne.

À l’heure actuelle, la diversité du rosé s’éteint au fur et à mesure que l’hégémonie du style provençal s’impose. Depuis les années 1990, on assiste à une domination mondiale des vins rosés techniques. Obtenus par pressurage direct (raisins pressés rapidement après la récolte pour limiter le contact des peaux avec le jus), ces vins exhibent une robe pâle mousse de saumon et diffusent de délicats arômes de pamplemousses et de fraises. Un style convoité par les vignerons et réclamé par les consommateurs, qui est souvent exécuté sans trop de considération pour l’expression du terroir. Selon Elizabeth Gabay, Master of Wine et autrice du livre Rosé, ils représentent 80 % de l’offre de rosés produits dans le monde.

Dans la Loire, par exemple, ce n’est que depuis tout récemment que les vignerons font référence au terroir en parlant de rosé. C’est carrément un changement de paradigme puisque auparavant, l’idée élémentaire consistait simplement à « faire du rosé ».

Mais, revenons à nos 50 nuances de rose. Une robe pâle n’est pas automatiquement synonyme de légèreté et de délicatesse. L’habit ne fait pas le moine, comme dirait l’autre. Le meilleur exemple serait le terrasses du larzac 2016 du Château La Sauvageonne appartenant à Gérard Bertrand. Parfaitement doré, il ne donne pas du tout l’impression d’être un rosé. En fait, il pourrait aisément se faire passer pour un blanc. Plus pâle que pâle, il se révèle pourtant puissant, structuré et d’une étonnante complexité. Qui plus est, il est le fruit d’un assemblage de cépages blancs et noirs vinifiés en barrique — vermentino, mourvèdre, viognier et grenache.

Je vous imagine froncer des sourcils. Des raisins blancs dans le rosé? En France, il est interdit de mélanger vin blanc et vin rouge pour faire du rosé, exception faite de la Champagne, mais il est tout à fait possible de mélanger raisins blancs et noirs.

À la vôtre

Quoi de neuf avec les vins du Québec?

CHRONIQUE / Ce n’est plus vrai qu’il faut être fou pour planter de la vigne au Québec. La qualité des vins a considérablement augmenté depuis les dernières années. Ce progrès provient, entre autres, d’une épuration du domaine viticole. « Pour les vignerons qui excellent, faire du vin ce n’est pas juste un passe-temps ou une deuxième carrière. Ce sont des gens sérieux qui veulent en faire un métier », lance Louis Denault, vice-président du Conseil des vins du Québec. Ces vignerons possèdent une connaissance pointue de la vigne grâce à un parcours riche en voyages et en formations à l’étranger.

DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES PROFITABLES POUR LA VIGNE

Chaque région viticole est confrontée à ses propres contraintes météorologiques. Aucune culture n’est parfaite, quelle qu’elle soit. Suffit de regarder du côté de Bordeaux et Cognac, où de violents orages de grêle ont durement frappé les vignes dernièrement, pour réaliser que nos difficultés ne sont pas si pires que ça. S’il avait le choix de planter n’importe où dans le monde, Louis Denault, aussi propriétaire du Vignoble St-Pétronille sur l’île d’Orléans, choisirait le Québec, sans hésitation. « Il y a eu cinq jours de gel ce printemps et personne n’a perdu de vignes. Il suffit d’être bien préparé et bien équipé. »

Le Québec connaît actuellement un réchauffement climatique sévère — un levier qualitatif colossal pour la production de vin. En 10 ans à peine, les degrés-jours (somme des températures moyennes journalières à partir de la base de 10 °C entre le 1er avril et le 31 octobre) ont fait un bond immense. « Sur l’île d’Orléans, nous sommes passés de 940 à 1140 degrés-jours. Une augmentation de 200 degrés-jours! À ce rythme, il est à prévoir qu’en 2030 la température de l’île sera comparable à celle que connaît actuellement la Montérégie », raconte Louis.

VERS UNE NOUVELLE IGP

Le Québec possédera son appellation Indication géographique protégée (IGP) Vin du Québec dès la prochaine vendange. Il s’agit d’une première reconnaissance qui devrait être suivie d’un découpage en sous-régions viticoles. Des géologues se pencheront alors sur le Québec pour définir des régions viticoles liées à la géologie des sols et à de vrais terroirs. « L’un des problèmes au Québec, c’est que les vignes sont souvent plantées au mauvais endroit. Avec une IGP, les sites seront d’abord examinés, puis approuvés par un agronome. On ne pourra plus planter partout », explique le vigneron de Ste-Pétronille.

Somme toute, bien qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, le meilleur est à venir pour nos vignerons, d’autant plus qu’il reste encore des terres vierges, archisaines et pleines de minéraux. Selon Louis, il ne serait pas surprenant que de gros joueurs y décèlent un potentiel et viennent s’installer, comme on a pu le constater en Argentine, en Californie, ou plus près de chez nous, en Colombie-Britannique.

Vins

D’un océan à l’autre : 2 vignobles canadiens à découvrir absolument

CHRONIQUE / Il se fait des cuvées extraordinaires au Canada, et ce, d’une rive à l’autre. Nos quatre régions viticoles sont certes jeunes, mais on trouve des vignobles d’une étonnante maturité dans chacune d’elles. En voici deux qui s’illustrent particulièrement bien, de part et d’autre du pays, en Nouvelle-Écosse et en Colombie-Britannique.

BENJAMIN BRIDGE, NOUVELLE-ÉCOSSE

L’offre de vins en provenance des Maritimes est très restreinte à la SAQ. En fait, elle se limite à quelques cuvées du domaine Benjamin Bridge, un prodigieux vignoble qui prend place dans la vallée de Gaspereau, dans la baie de Fundy.

La vigne y jouit d’un environnement de croissance aussi unique que puisse l’être la baie de Fundy dans le monde. Comme les plus grandes marées du monde ont lieu ici (jusqu’à 16 mètres — l’équivalent d’un édifice de 4 étages!) il y a plus d’eau qui passe dans la baie que dans tous les cours d’eau douce du monde réunis. Cette affluence d’eau produit l’effet d’une pompe, en soufflant de l’air modéré sur la vallée, tempérant continuellement la région, hiver comme été.  

Ce scénario climatique aussi atypique qu’exceptionnel se prête idéalement à l’élaboration de mousseux méthode traditionnelle — comme en Champagne. Les chefs d’orchestre, le viticulteur en chef, Scott Savoy, et l’œnologue, le Québécois Jean-Benoît Deslauriers, révèlent brillamment l’immense potentiel du terroir grâce à des pratiques biologiques et peu interventionnistes donnant lieu à des mousseux distinctifs, tendus et élégants —
incontestablement parmi les meilleurs du pays.

À la vôtre

Les vins catalans du sud de la France

CHRONIQUE / S’il n’était pas la douce moitié du Languedoc, on n’aurait probablement peu ou pas idée de sa situation géographique. Et pourtant, le Roussillon, confortablement vautré entre les Pyrénées et la Méditerranée, produit des vins secs, gourmands et minérals dotés d’une grande buvabilité.

Ça bouge dans le monde du vin. Les tendances évoluent et les vignerons doivent continuellement s’adapter à la demande s’ils souhaitent rester dans le coup. Depuis quelques dizaines d’années, les vins mutés, au même titre que les vins de dessert (et tout ce qui est sucré d’ailleurs), perdent en intérêt auprès des œnophiles. Un virage qui a eu une forte incidence sur le Roussillon, puisqu’il produit 80 % des vins doux naturels (VDN) de la France. Tellement que la région a perdu la moitié de son vignoble en 50 ans.

Vins

10 rosés à boire cet été

CHRONIQUE / La saison du rosé est officiellement lancée (et plus que méritée)! Force est de constater que l’offre de rosés s’homogénéise. Si elle se « provençalise » depuis quelques millésimes, elle me semble avoir atteint son apogée cette année. Parce que la diversité est belle et stimulante, cette sélection 2018 se veut le reflet de la pluralité des genres du rosé, dans toutes ses couleurs, ses saveurs, ses arômes et ses textures!

L’AUBAINE

Campo de Borja 2017, Rosado, Borsao (SAQ : 10 754 201 — 11,75 $)

Un rosé à moins de 12 $, sec et pas guidoune, ça ne court pas les allées de la SAQ. S’il se présente plutôt discret au nez, le Borsao se montre fort agréable et désaltérant en bouche. Comme il est disponible dans les succursales Dépôt, c’est la bouteille par excellence pour vos réceptions estivales.

Vins

La renaissance du Muscadet

CHRONIQUE / L’époque où le muscadet servait de faire-valoir aux huîtres est révolue. Si vous croyez encore qu’il est un petit blanc simplet, une importante mise à jour s’impose. Le muscadet s’est raffiné et s’est complexifié, s’élevant au statut de vin de gastronomie et de vin de garde.

À l’image de la fille timide d’un film d’ados des années 90 qui arrive un beau matin à l’école complètement métamorphosée, le muscadet, qui a fait profil bas pendant longtemps, effectue aujourd’hui un retour en force — et pas qu’un peu. Pendant qu’on s’en préoccupait plus ou moins, les vignerons du muscadet s’affairaient à restructurer leur vignoble et à délimiter leurs appellations en crus communaux. Sur les dix prévus, trois sont reconnus depuis 2011, à savoir Gorges, Le Pallet et Clisson, et quatre nouveaux devraient être officialisés pour la récolte 2018. J’ai eu la chance de les déguster en compagnie des représentants de l’appellation en avril dernier : Goulaine, Château-Thébaud, Monnières Saint-Fiacre et Mouzillon Tillières.

Verdict? Certains font une comparaison avec le chablis. Si on est définitivement dans le même registre qualitatif, personnellement, je trouve que ça ne ressemble à rien d’autre. Et ce n’est pas sans raison. Ces vins sont le résultat d’une séquence de particularités uniques au terroir du muscadet.

D’abord, la position en elle-même : situé à l’extrême ouest de la Vallée de la Loire, le pays de Nantes profite de l’influence de l’Atlantique et se décline en une grande diversité de sols d’une impressionnante qualité (granite, schiste, gabbro et gneiss).

Le cépage : le melon B, véritable richesse de la région, est pratiquement exclusif à cette région du monde.

L’élevage sur lies : qui est ici poussé à des sommets parfois vertigineux.

Cette proximité avec l’océan confère aux vins un caractère distinct, à la fois salin, minéral et iodé. Selon le cru, s’ajouteront également des notes de fruits blancs compotés, de noix, de fruits confits et de fumée. Au pays nantais, comme en Champagne, tous les crus du muscadet reposent sur leurs lies pour gagner en complexité. Au terme de la fermentation, les levures inactives (les lies) se déposent au fond de la cuve, puis nourrissent le vin. Elles apportent richesse, complexité, gras et potentiel de vieillissement. Et, puisque leurs vertus semblent infinies, elles emprisonnent au passage d’importantes quantités de dioxyde de carbone, un élément essentiel qui donnera au vin cette fraîcheur et ce perlant (léger pétillant), si caractéristiques du muscadet. Si certains vignerons s’en tiennent aux élevages sur lies minimums requis, entre 17 et 36 mois selon le cru, d’autres cherchant de très fortes maturités vont jusqu’à 52, voire 120 mois sur certaines cuvées!

C’est qu’il n’existe pas un, mais plusieurs muscadets. Trois niveaux qualitatifs précisément. En tête, les crus communaux, précédemment nommés et relativement nouveaux. Des vins de garde pouvant vieillir jusqu’à 10, 20, 30 ans et même plus. Pendant qu’on laisse vieillir ceux-là, on pourra se régaler de l’une ou l’autre des appellations régionales du muscadet, — muscadet sèvre et maine, muscadet côtes de grandlieu et muscadet coteaux de la loire — élevées au minimum six mois sur lies et à déguster dans leurs cinq premières années de vie. Tandis que pour un plaisir accessible et immédiat, on se tournera vers la jeunesse et la fraîcheur d’un muscadet générique.

Les crus du muscadet font certes un mariage durable avec une douzaine d’huîtres, mais ils sont surtout de grands vins de gastronomie. De par leurs origines et leurs minéralité, ils possèdent des affinités naturelles avec les langoustines, les coquillages, les bols poke aux fruits de mer, les poissons grillés et les cuisses de grenouilles. Dans un autre registre, leur forte acidité permet également des accords heureux avec le fromage de chèvre. Enfin, leur complexité et leur finesse seront mises en valeur par une température de service autour de 12 °C.

Voici trois vins pour vous refaire une tête (et le palais!) sur le muscadet 2.0!

La chroniqueuse était l’invitée d’InterLoire.

Vins

La méthode ancestrale, plus tendance que jamais

CHRONIQUE / Avec les beaux jours qui approchent, le pet’nat’, vin de soif par excellence, est sur toutes les lèvres. Bien que la tendance du pétillant naturel, pet’nat’ pour les intimes, soit relativement récente, le processus de fabrication, lui, n’a rien de nouveau, puisqu’il y a des siècles qu’on élabore des mousseux de cette façon au sud de la France, dans le Languedoc-Roussillon.

L’appellation Limoux méthode ancestrale célèbre cette année son 80e anniversaire. Pour l’occasion, un cortège de voitures anciennes transportant une délégation de journalistes, dont je fais partie, entame un pèlerinage à travers les collines luxuriantes du terroir des bulles du Languedoc-Roussillon. Une coquette Renaud 4 cv me conduira au cœur du vignoble de Limoux, aux portes de l’abbaye de Saint-Hilaire. La première bulle du monde est née ici, par erreur, en 1544, dans les caves de l’abbaye, bien avant que la Champagne s’y mette. C’est un moine bénédictin qui constata que le vin qu’il avait mis en bouteille et obstrué d’un liège formait des bulles. Gageons qu’il n’a pas gardé le silence bien longtemps après la dive découverte…

Avant de croire au miracle, sachez que ce phénomène naturel s’explique plutôt simplement. La méthode ancestrale consiste à mettre le vin en bouteille avant même qu’il ait terminé sa fermentation alcoolique. Continuant sur sa lancée, le vin poursuit la conversion des sucres naturels des raisins en alcool, puis le gaz carbonique ainsi produit se trouve emprisonné dans la bouteille. Tadam, des bulles! Alléluia. Amen. Rendons grâce à Dieu.

Contrairement à la méthode traditionnelle (champenoise), la fermentation est entièrement naturelle. Aucun sucre n’est ajouté en bouteille, ni levures. Ici, seuls les levures et les sucres naturels du cépage mauzac, cépage exclusif de Limoux méthode ancestrale, font le travail. Au fait, l’AOC a tout récemment délaissé le nom blanquette méthode ancestrale au profit de Limoux méthode ancestrale en 2009. Désormais, « blanquette » appartient uniquement à l’appellation blanquette de Limoux, créatrice de mousseux en méthode traditionnelle sur le même territoire.

À la dégustation, les mousseux issus de la méthode ancestrale présentent souvent une robe légèrement voilée. Ils possèdent une effervescence plus délicate qu’une méthode traditionnelle et un degré alcoolique moins élevé. Le style est définitivement fruité, systématiquement doux dans le cas des bulles limouxines. Des pétillants artisanaux, non prétentieux, faciles et rafraîchissants qu’on aimera servir très frais avec des fruits frais exotiques et du verger à la fin du repas ou au brunch en compagnie de crêpes natures ou garnies de pommes et de fromage.

La production de Limoux méthode ancestrale étant limitée, les bouteilles se font très rares sur les tablettes de la SAQ. Heureusement, on peut se tourner vers l’importation privée pour commander quelques bons flacons comme ceux du Domaine Taudou représenté par l’agence Juste des Bulles au Québec. Sa méthode ancestrale, charmante comme tout, provoquera une idylle assurée. Ses notes de pommes mûres et sa texture suave provoqueront de nombreuses surprises!