À la vôtre

Renouer avec les cépages oubliés (2e partie)

CHRONIQUE / La semaine dernière, je vous parlais de la criolla chica, un cépage argentin longtemps laissé pour compte, que les producteurs se réapproprient peu à peu. Il s’agissait alors surtout de réhabiliter des parcelles existantes. Cette semaine, l’exploration des cépages oubliés se poursuit en Espagne où on assiste à la renaissance de cépages que l’on croyait perdus depuis la crise phylloxérique.

Au lendemain du passage remarqué du phylloxéra (puceron très gourmand responsable de la dévastation d’une grande partie du vignoble mondial dans la seconde moitié du XIXe siècle), l’Espagne, comme beaucoup d’autres pays touchés, tente de remettre son vignoble d’aplomb. Or, cette reconstruction favorisera des cépages plus productifs, laissant derrière un patrimoine entier de cépages autochtones.

Au début des années 80, Miguel A. Torres (4e génération), fortement inspiré par son professeur de viticulture de l’époque, le Professeur Boubals, entreprend de ressusciter ces fantômes du passé en restaurant les cépages ancestraux de la Catalogne. La Bodegas Torres lance alors une chasse aux trésors générale en faisant appel aux agriculteurs catalans afin de recenser de vieilles vignes non identifiées sur les terres de la région.

Le cépage garro fut le premier à être découvert et à devenir un sujet d’étude. En 1998, s’est ajouté le querol, cépage qui intégra pour la première fois en 2009 le Grans Muralles, cuvée emblématique de la maison. De fil en aiguille et trois décennies plus tard, ce sont plus de 50 variétés espagnoles qui sont identifiées et sauvées de l’oubli. Parmi celles-là, six sont déjà enregistrées au ministère de l’Agriculture en raison de leur fort potentiel œnologique. Qui plus est, certaines d’entre elles se révèlent bien de leur temps puisqu’elles s’avèrent naturellement plus résistantes aux températures élevées et à la sécheresse. Voilà qui tombe on ne peut plus à point.

Aujourd’hui, Miguel Torres Maczassek (5e génération), qui a également récupéré le cépage chilien païs (alias la criolla chica de l’Argentine!), et Mireia Torres, directrice du R&D, poursuivent le projet familial. Miguel raconte d’ailleurs qu’ils partagent le fruit de leurs découvertes avec les autres vignerons intéressés auxdits cépages : « Les vignes n’appartiennent pas à notre famille, mais bien au Penedès. »

DÉGUSTER LE PASSÉ

Miguel met la table d’abord avec le forcada, un cépage blanc à la maturité plutôt tardive — les vendanges ont lieu vers la mi-octobre. Une prolongation qui lui permettra d’atteindre des maturités aromatique et phénolique élevées. Le 2016 fait une entrée remarquée, avec des notes intenses d’épices et de citrons confits. Pendant que sa texture grasse tapisse, une légère masse tannique se faufile et fige le temps un instant. Toute mon attention est mobilisée à saisir cette matière asséchante, ce corps étranger. Mes neurones roulent à 100 milles à l’heure à essayer de catégoriser cette intrigue qui est à la fois le yin et le yan dans sa finesse et son caractère. Toutefois, il n’entre dans aucune boîte. Et ne me demandez surtout pas sa pastille de goût. Un grand cépage en devenir. À surveiller de très près.

La danse de la séduction se poursuit avec le pirene, un cépage noir résineux, minéral et au fruit aussi mûr que le précédent en raison de sa maturité tout aussi tardive. Comme les vignes prennent racines dans le plus haut vignoble de la Catalogne, dans costers del segre, la palette présente fraîcheur et structure. 

Ce qui nous amène enfin au gonfaus, un cépage noir qui donne l’impression de plonger le nez dans un verre de root beer. Il coule avec souplesse et termine sur une légère amertume qui ajoute une dimension intéressante à l’ensemble.

À LA VÔTRE

Renouer avec les cépages oubliés

CHRONIQUE / Des vignerons et œnologues du monde entier démontrent un grand enthousiasme pour les cépages indigènes, délaissés ou oubliés. Qu’il s’agisse de récupérer de vieux vignobles ou de sauver des spécimens ancestraux au bord de l’extinction, renouer avec l’histoire et le patrimoine viticole nécessite passion et patience.

En août dernier, Ernesto Bajda­ (Nesti), œnologue chez Catena Zapata, sort une bouteille de criolla à la demande générale des journalistes — un vin nature réunissant deux criolla (chica et grande). Une curiosité explosive qui sent le Kool-Aid et qu’on boit jusqu’à plus soif, mais dont le renouveau sur la scène locale argentine est si embryonnaire qu’il n’a pas encore fait écho jusqu’ici.

Or, la criolla chica n’a pas toujours eu bonne presse. « Autant dire qu’elle avait très mauvaise réputation tant auprès des vignerons en raison de sa faible productivité, que des consommateurs de par sa faible coloration », relate Francisco Bugallo, vigneron argentin. Quant à Alejandro Iglesias, sommelier, il rappelle son passé peu glorieux de vin de table et de vrac.

La criolla chica est à l’origine même de la viticulture sud-américaine. La protagoniste a été introduite il y a 500 ans en Argentine par les conquistadors (espagnols). Pourtant il ne subsisterait que 500 hectares au pays. « Aujourd’hui, encore, ils sont nombreux à l’arracher au profit de variétés plus productives ou plus prometteuses sur le plan commercial », explique Francisco. Mais cela ne l’a pas empêché de restaurer un très ancien vignoble de vieilles criolla situées à 1600 mètres d’altitude dans la vallée de Calingasta, à San Juan, avec son acolyte, Sebastián Zuccardi. Il y a 6 ans, Cara Sur est devenu le tout premier projet du pays à parier sur ledit cépage. « Actuellement, il n’y a pas de trace de nouvelles plantations de criolla en Argentine. À Cara Sur, nous commençons une sélection de plantes mères et une pépinière est en attente de les recevoir à partir de 2019. »

« La criolla, c’est un peu David contre Goliath, puisqu’il s’agit de concurrencer le cabernet, le malbec et autres raisins de prestige », illustre Alejandro Iglesias, sommelier. En effet, le contraste est on ne peut plus éloquent. Seule dans son coin du ring, la criolla donne des rouges déroutants, pâles, légers, juteux et débordants de fruits.

« En Argentine, la criolla se taille une place principalement dans le circuit gastronomique, grâce aux sommeliers qui soutiennent les producteurs dans leur démarche depuis les tous débuts. Le travail des vignerons ne s’inscrit pas dans une tendance, puisqu’il s’agit plutôt d’un désir de revaloriser l’histoire de leurs raisins et de leur patrimoine. Ils ne veulent pas produire de vins de criolla comme un pinot noir ou un Beaujolais, au contraire. Ils respectent son style et son caractère. Ils respectent la culture qu’elle représente », raconte Alejandro.

Si sa réputation de vilain petit canard reste difficile à défaire du côté des générations plus âgées, les jeunes consommateurs et les trippeux de vin à la recherche de raretés, de curiosités et d’histoires l’accueillent avec beaucoup d’enthousiasme. Plusieurs autres vignobles reconnaissant son fort potentiel, tels que El Esteco, Vallisto et Durigutti, veillent aussi à lui redonner ses lettres de noblesse.

À la vôtre

La rentrée est dans le sac!

CHRONIQUE / La cloche a sonné. Le temps est venu de ranger les coupes en plastique fluo et les glaçons en quartiers d’agrumes. (Bien sûr, si vous lisez ceci, vous ne faites pas ça. Sauf une fois au chalet…)

Enfant, l’achat du matériel scolaire constituait l’un des aspects les plus stimulants de la rentrée. L’écosystème d’un sac d’école relevait d’un équilibre précis, constitué d’une mêlée d’accessoires à la fois neufs, défraîchis, cool et utilitaires. Et, parce que le plaisir de remplir son sac n’est pas réservé qu’aux plus petits, voici 4 bouteilles pour survivre à la rentrée, et ce, même si l’on a toutes ses dents (enfin, presque).

Alimentation

Vignoble Carpinteri : la Toscane... en Gaspésie

SAINT-ULRIC — Au bout de l’autoroute 20, à environ 40 km à l’est des portes de la région touristique de la Gaspésie, quittez la route 132 à Saint-Ulric pour rouler sur 2 km vers le sud. Au milieu de nulle part, vous serez plongé au cœur d’un étonnant microcosme italien où se dressent des plantations de vignes à perte de vue, un chai et une villa inspirés de l’architecture toscane. C’est le dépaysement, voire le choc culturel. «C’est la Toscane en Gaspésie», vous dira Tony Carpinteri, le propriétaire du vignoble le plus au nord du Canada.

Tony Carpinteri est un immigrant italien installé en Gaspésie depuis longtemps. Après un voyage en Toscane en 2004, le passionné de vin a décidé de réaliser son rêve : bâtir son vignoble. À l’automne de la même année, il a fait l’acquisition d’une fraisière à Saint-Ulric, une municipalité voisine de Matane, avec l’intention de faire pousser de la vigne. Un an plus tard, il a fait construire un chai et a procédé à la plantation des plants de vigne. Le Vignoble Carpinteri prenait ainsi forme.

À la vôtre

Vins d’Argentine : la folie des hauteurs

CHRONIQUE / Tout juste rentrée d’Argentine, je n’ai qu’un sujet sur les lèvres : les vins d’extrêmes altitudes. Un concept poussé à des limites vertigineuses par les Argentins. Préparez-vous à voir vos notions du terroir passer au niveau supérieur. Acrophobes, s’abstenir!

On entend souvent parler de la latitude comme indicateur du climat (certains vignerons se plaisent d’ailleurs à rappeler qu’ils sont sur le même parallèle que Bordeaux), mais plus rarement de l’altitude. Or, l’élévation peut sévèrement modifier le climat. Si une variation d’un kilomètre au nord ou au sud a un impact plus ou moins grand sur la vigne, 1000 mètres en altitude changera dramatiquement son comportement — et conséquemment, le vin.

De tous les pays qui produisent du vin d’altitude, l’Argentine est celui qui cultive le plus d’hectares de vignes en élévation et qui s’investit le plus dans la recherche. Certains gravissent les Andes pour y planter leurs pics et leur tente, d’autres leurs vignes et leur vignoble. 

Pour donner un peu de perspective, en Bourgogne (France) comme au Piémont (Italie), les vignes sont plantées à tout au plus 300 mètres au-dessus du niveau de la mer, à 500 mètres dans le Bierzo (Espagne) et à 800 mètres dans le Priorat (Espagne). « En Argentine, on commence à parler de haute altitude à partir de 1500 mètres «, explique Joaquin Hidalgo, journaliste vin argentin. Le plus haut vignoble au monde se trouverait d’ailleurs là, dans Salta, à 3100 mètres d’altitude —

Altura Maxima (littéralement hauteur maximale), un projet du domaine Colomé impliquant du sauvignon blanc et du malbec.

La vigne subit un stress constant pour de multiples raisons liées au climat. D’abord, la température qui chute de 1 degré chaque 155 mètres de montée linéaire, déformant de ce fait la notion de latitude en tant que variable-clé. Ensuite, second facteur très important : l’héliophanie. Plus hautes sont les vignes, plus la lumière du soleil sera pure. Chaque 1000 mètres, les radiations solaires s’intensifient de 15 %. Stressés par l’augmentation des UV, les raisins épaississent leur peau pour se protéger, augmentant du même coup leur concentration en polyphénols, responsables de la couleur et des tanins. Enfin, la pression atmosphérique diminuant avec l’altitude, la plante en état de stress intense ralentit son métabolisme. Non seulement le plant est-il plus petit, mais il produit aussi moins. 

Et dans le verre? Comment dire. C’est incomparable. Les rouges sont tout à la fois : mûrs, intenses, dotés d’une acidité vive avec des tanins puissants, parfois rudes, et des robes très soutenues. Les blancs sont structurés, intenses et, bien sûr, tout aussi frais. Bref, ce sont des vins de climats froids avec la maturité des climats chauds à cause des radiations solaires. Uniques.

L’altitude génère une succession de microclimats et de terroirs à Salta (au nord) et à Mendoza (vers le centre) permettant de cultiver une large palette de cépages, du pinot noir au malbec sur de petites zones géographiques. À voir l’engouement des Argentins, leur ambition des grandeurs n’est pas près de s’essouffler!

Chronique

Les «selfies» écrasent les fleurs

CHRONIQUE / Les zombies sont arrivés un samedi. Ils ont envahi un champ de tournesol de Millgrove, en Ontario, à 45 minutes au sud-ouest de Toronto.

Dès 5h45, le 28 juillet, ils ont commencé à débarquer. Ils se stationnaient là où ils pouvaient, jusqu’à un kilomètre plus loin. Ils entraient dans le champ sans payer et envoyaient promener les employés qui leur demandaient de partir. 

À un moment donné, les propriétaires de la ferme ont même dû appeler la police. Environ 7000 voitures étaient garées près de chez eux. 

Un des fermiers, Brad Bogle, a décrit au Globe and Mail leur arrivée «comme une apocalypse de zombies». 

Ce n’était pas des zombies, bien sûr, mais des visiteurs en quête d’égoportraits. Les photos de la ferme de Millgrove étaient devenues virales sur Instagram. Et voilà que tout Toronto voulait aussi son selfie

Ces champs de tournesol ontariens sont loin d’être les premières victimes de la culture du selfie. Je ne vous raconterai pas l’histoire du bébé dauphin mort en Espagne après avoir été charrié d’un bord et de l’autre par des touristes qui voulaient poser avec lui; ni de tous ces gens qui ont perdu la vie après s’être pris en photo sur le bord d’une falaise (Wikipédia en répertorie plus d’une centaine). 

Au-delà des anecdotes, ces incidents témoignent par l’absurde d’une époque obsédée par la mise en scène du «moi». 

L’été, en particulier, c’est la folie. Le moi est partout. Il boit des Aperol Spritz sur une terrasse. Fait du surf à pagaie sur un lac. Trippe au spectacle d’un groupe émergent. Grille une guimauve pour son neveu dans un camping. 

Bien sûr, on ignore qu’il déteste l’Aperol et vient de payer 10 $ pour un cocktail servi par un serveur à l’air bête. Qu’il est tombé en bas de son surf, la face dans les algues bleues. Qu’il a regardé son fil Facebook durant tout le show. Qu’il a fait brûler la guimauve et que le neveu a pété une crise. 

Ces mises en scène sur les réseaux sociaux sont devenues tellement communes qu’on ne remarque plus à quel point elles influencent notre perception des gens.

Quoi, ils se sont séparés? Incroyable, ils avaient l’air tellement heureux en vacances à Cuba… Il ne parle plus à son père? Bizarre, avec toutes ces photos de pêche sur Facebook… Elle fait une dépression? Pourtant, j’ai vu son selfie tout sourire dans un champ de tournesols... 

Évidemment, ce n’est pas d’hier que les gens cherchent à polir leur image publique à la recherche d’approbation sociale. Mais le théâtre permanent des réseaux sociaux leur a donné l’occasion de s’y adonner à longueur de journée. 

Résultat : le décalage entre l’image que certains projettent sur les réseaux sociaux et leur réalité est parfois gigantesque. On te jalouse sur Instagram, mais ton quotidien est rempli de relations et d’activités insignifiantes. N’est-ce pas encore plus déprimant?

En même temps, il y a quelque chose de très attirant dans ces profils léchés, comme si on voulait croire à cette fausse perfection. On a beau savoir que c’est n’importe quoi, on ne peut pas s’empêcher de se comparer et de rêver d’une vie aussi trépidante. Ou de surenchérir avec des récits facebookés ou instagramés qu’on sait autant superficiels. 

Bref, on est un peu masos. Pas juste parce qu’on souffre des comparaisons. Mais parce qu’à force d’épier nos amis virtuels, on a moins de temps pour avoir de vraies relations avec des vraies personnes, ne serait-ce que quelques minutes avec des étrangers. 

L’histoire des zombies de Millgrove est révélatrice à cet égard. Des milliers de personnes étaient prêtes à piétiner les tournesols d’une famille de fermiers pour plaire à leurs amis virtuels. 

Ce qui devait arriver est arrivé. La famille Bogle, qui avait ouvert son champ aux photos depuis une semaine, a décidé de ne plus jamais accueillir de visiteurs. Elle le sait maintenant : les selfies, ça écrase les fleurs.

À la vôtre

Vigne heureuse, vin heureux

CHRONIQUE / J’aime savoir d’où viennent les vins que je consomme. Ils semblent meilleurs quand ils ont été façonnés par un vigneron qui m’inspire. C’est pourquoi je privilégie des artisans respectueux de la fertilité de leur terre et de ses limites. Mieux encore, qui endossent la responsabilité de toute vie organique touchée par leurs activités, de la terre au verre.

Des hommes et des femmes lucides et consciencieux, motivés par une éthique environnementale. Des amoureux de la nature qui se décentralisent de sorte à laisser les éléments naturels s’exprimer pleinement et librement à travers le prisme de la grappe.

Ceux-là font le sacrifice volontaire de la facilité et de l’abondance en utilisant des matières naturelles pour nourrir et protéger la vigne, marque de considération pour la biodiversité environnante. Ils s’engagent auprès de la vigne comme dans une relation. Prendre le temps de la connaître et de la comprendre afin de répondre à ses besoins réels et la renforcer naturellement, coûte que coûte — à coups de sueurs chaudes et froides. Épanouie et en pleine possession de ses moyens, la vigne devient la meilleure version d’elle-même, dans toute son authenticité. 

C’est ce que s’emploie à réaliser la biodynamie — un mode de culture actuel et adapté, à l’antithèse du modèle dépassé de culture inconséquente et capitaliste (quelle que soit la culture), responsable de l’appauvrissement de nos sols, de nos écosystèmes et de nos santés. Buvez moins, buvez mieux, comme dirait l’autre. Produisez moins, produisez mieux, diraient ceux-là. En effet, la modération a bien meilleur goût, au volant d’une voiture ou d’un tracteur. 

De la même façon, j’essaie autant que possible de reproduire ce schème dans mon alimentation, en me rendant au marché local, à l’épicerie bio en vrac ou au marché de solidarité régionale. Chaque semaine, les paniers de la ferme du Coq à l’Âne de Bury remplissent mon frigo de légumes frais, bios et locaux. Ils inspirent ma cuisine du moment, ouvrant du même coup la voie à des accords heureux et inusités.

À LA VÔTRE

Vins de soif pour se tiédir

Qu’est-ce qu’on boit à 32 °C? Quand le verre suinte autant que le front. Un vin qui coule bien, qui se boit facilement, naturellement. Un vin désaltérant, qui rafraîchit sans avoir à se prendre la tête (ou des pincettes). Des blancs, des rosés et des rouges légers, sans lourdeur — ni riches, ni corsés — qui portent une acidité plus marquée, destinée à étancher la soif des fidèles de la terrasse. Bref, un vin coupe-soif, mais qui ne coupe pas le goût de boire.

Ces cuvées se distinguent par un usage discret ou absent de la barrique puisqu’on privilégie des arômes primaires (fruités, floraux, végétaux, minéraux) plutôt que tertiaires (animal, boisé). Comme les tanins des rouges se font délicats, on pourra les servir frais sans craindre qu’ils ne se durcissent.

Ce ne sont pas des vins simplets. Bien au contraire. En fait, ils s’intègrent si bien dans l’esprit du moment que le contenu de la bouteille disparaît en un battement de cils. Ils accompagnent magnifiquement l’intrigue d’un livre de plage, gardant en appétit jusqu’à la dernière page, jusqu’à la dernière goutte. Autour de la table, ils nourrissent les conversations tel un carburant, augmentant la volubilité des copains et la gaieté ambiante.

Ce ne sont pas des amours d’été. Les vins de soif font certes d’incroyables vins de soleil, mais ils sont aussi faits pour durer. Leur ascension dans les habitudes de consommation pourrait être interprétée comme un retour du balancier. Après des années sous le joug des vins aux taux d’alcool vertigineux, surextraits, confiturés et balourds, le vent tourne vers des vins frais et digestes. Une tendance qui n’est pas étrangère au pivot qu’effectue présentement notre assiette : moins carnée, plus légère, plus saine. 

Puisque la table est mise, autant en profiter pour mentionner que ces vins appellent les salades, les sandwichs, les soupes froides, les épluchettes et les plats végés. Autrement, ils accompagneront comme un gant vos parties de pétanque et autres joutes du sportif du dimanche.

Des vins d’été, quoi!

Coteaux d’aix en provence 2017, AIX, Domaine de la Grande Séouve

(SAQ : 13 465 114 — 20,55 $)

Vins

Le Tour de France dans son verre

CHRONIQUE / Dans la frénésie de la Coupe du monde de soccer, disons que le Tour de France est un peu passé sous le radar. Si vous avez perdu le fil vous aussi, pas de souci, il n’est pas trop tard pour un dernier sprint. Voici un résumé en quatre vins de cette 105e édition (ou la belle excuse pour s’envoyer quelques bonnes bouteilles sans raison apparente!).

VALLÉE DE LA LOIRE
Menetou-salon 2015, Clos du Pressoir, Joseph Mellot
(SAQ : 12 571 599 — 26,10 $)
Début juillet, le peloton quitte le Val de Loire — cette région qui fait rêver pour ses châteaux et ses charmants blancs de chenin et de sauvignon blanc. Cependant, on pense trop peu souvent à la Loire pour ses rouges, et encore moins pour ses pinot noir. Et pourtant! À quelques coups de pédales, au sud de sancerre, Catherine Mellot révèle le pinot de très belle façon sur les sols calcaires de l’appellation menetou-salon. Dans le verre, de fines notes minérales, de kirsch et de fleurs se présentent joliment au nez. De la souplesse, des tanins fondus et une finale qui s’accroche longuement aux papilles.

À la vôtre

Des vignes résistantes au changement climatique ?

Depuis 2000, la France enregistre un cycle d’évolution très net vers un climat plus chaud et plus sec. Ce changement climatique doublé de l’impératif de diminuer l’emploi de pesticides remet en question la légitimité des cépages actuels et ouvre la voie à une toute nouvelle génération de vignes naturellement résistantes.

Sans vouloir renchérir sur le changement climatique — souhaitable pour les uns, nettement moins drôle pour les autres, selon d’où on use du sécateur —, force est de constater que les stades de développement de la vigne s’enchaînent à un rythme accéléré (développement des feuilles, floraison, maturation des baies, etc.). Un des changements les plus flagrants concerne la date des vendanges qui bat des records de précocité. Ceci impactant cela, on constate chez les vins une hausse de la teneur en alcool et une diminution de l’acidité. Dans le Languedoc-Roussillon seulement, le taux d’alcool moyen a augmenté de 3 % depuis 1984. Une hausse qui s’explique en partie par un perfectionnement des pratiques culturales et de l’encépagement, mais pas que...

Second pépin dans l’engrenage : la grande sensibilité des vitis vinifera (chardonnay, pinot noir, cabernet sauvignon, etc.) aux maladies et aux champignons de la vigne (oïdium, mildiou). Autour de 20 % des pesticides appliqués en France sert l’industrie viticole (avec seulement 3 % de la surface agricole utilisée!)
Face à ces deux enjeux majeurs, il apparaît indispensable de penser à un plan B. Des chercheurs de l’INRA de Pech Rouge (Institut national de la recherche agronomique dans le Languedoc) et le CIVL (Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc) se sont engagés dans une démarche vitidurable visant à produire des vins exempts de produits sanitaires, moins alcoolisés et répondant aux goûts des consommateurs.

Il ne s’agit pas de créer des clones ou des OGM, mais plutôt de produire de tous nouveaux cépages par hybridation et « rétrocroisements » (croisements d’un hybride avec l’un de ses parents ou d’un proche parent afin de favoriser les caractéristiques d’une des variétés) avec à la base la muscadinia rotundifolia, une espèce américaine très résistante au mildiou et complètement béton face à l’oïdium.

À ce jour, une vingtaine de cépages ont été mis au banc d’essai. Les résultats sont prometteurs. Les sujets présentent une composition génétique voisine du vitis vinifera variant entre 95 et 99,7 %, en plus d’être naturellement résistants à l’oïdium et au mildiou, responsables de 80 % de l’emploi de pesticides. Les cépages en cours de développement sont aussi naturellement antioxydants. Comme le jus ne brunit peu ou pas, très peu de sulfites, voire aucuns, sont nécessaires pendant la vinification.

Les variétés les plus concluantes sont présentement mises à l’essai à grande échelle. Si les résultats s’avèrent concluants, les candidats retenus pourraient être subséquemment ajoutés au catalogue viticole. Une rencontre est aussi prévue (si ce n’est pas déjà fait) avec les élus et le gouvernement pour faire évoluer la législation en réponse au changement climatique.

Merci à Herman Odeja et Jean-Louis Esculier, respectivement directeur et ingénieur de recherche au site INRA de Pech Rouge ainsi qu’à Bernard Auger, délégué général du CIVL pour leurs explications.

Source : Escudier, Bigard, Ojeda, Samson, Caillé, Romieu, Torregrosa, De la vigne au vin : des créations variétales adaptées au changement climatique et résistantes aux maladies cryptogamiques, 2017.