Vins

La renaissance du Muscadet

CHRONIQUE / L’époque où le muscadet servait de faire-valoir aux huîtres est révolue. Si vous croyez encore qu’il est un petit blanc simplet, une importante mise à jour s’impose. Le muscadet s’est raffiné et s’est complexifié, s’élevant au statut de vin de gastronomie et de vin de garde.

À l’image de la fille timide d’un film d’ados des années 90 qui arrive un beau matin à l’école complètement métamorphosée, le muscadet, qui a fait profil bas pendant longtemps, effectue aujourd’hui un retour en force — et pas qu’un peu. Pendant qu’on s’en préoccupait plus ou moins, les vignerons du muscadet s’affairaient à restructurer leur vignoble et à délimiter leurs appellations en crus communaux. Sur les dix prévus, trois sont reconnus depuis 2011, à savoir Gorges, Le Pallet et Clisson, et quatre nouveaux devraient être officialisés pour la récolte 2018. J’ai eu la chance de les déguster en compagnie des représentants de l’appellation en avril dernier : Goulaine, Château-Thébaud, Monnières Saint-Fiacre et Mouzillon Tillières.

Verdict? Certains font une comparaison avec le chablis. Si on est définitivement dans le même registre qualitatif, personnellement, je trouve que ça ne ressemble à rien d’autre. Et ce n’est pas sans raison. Ces vins sont le résultat d’une séquence de particularités uniques au terroir du muscadet.

D’abord, la position en elle-même : situé à l’extrême ouest de la Vallée de la Loire, le pays de Nantes profite de l’influence de l’Atlantique et se décline en une grande diversité de sols d’une impressionnante qualité (granite, schiste, gabbro et gneiss).

Le cépage : le melon B, véritable richesse de la région, est pratiquement exclusif à cette région du monde.

L’élevage sur lies : qui est ici poussé à des sommets parfois vertigineux.

Cette proximité avec l’océan confère aux vins un caractère distinct, à la fois salin, minéral et iodé. Selon le cru, s’ajouteront également des notes de fruits blancs compotés, de noix, de fruits confits et de fumée. Au pays nantais, comme en Champagne, tous les crus du muscadet reposent sur leurs lies pour gagner en complexité. Au terme de la fermentation, les levures inactives (les lies) se déposent au fond de la cuve, puis nourrissent le vin. Elles apportent richesse, complexité, gras et potentiel de vieillissement. Et, puisque leurs vertus semblent infinies, elles emprisonnent au passage d’importantes quantités de dioxyde de carbone, un élément essentiel qui donnera au vin cette fraîcheur et ce perlant (léger pétillant), si caractéristiques du muscadet. Si certains vignerons s’en tiennent aux élevages sur lies minimums requis, entre 17 et 36 mois selon le cru, d’autres cherchant de très fortes maturités vont jusqu’à 52, voire 120 mois sur certaines cuvées!

C’est qu’il n’existe pas un, mais plusieurs muscadets. Trois niveaux qualitatifs précisément. En tête, les crus communaux, précédemment nommés et relativement nouveaux. Des vins de garde pouvant vieillir jusqu’à 10, 20, 30 ans et même plus. Pendant qu’on laisse vieillir ceux-là, on pourra se régaler de l’une ou l’autre des appellations régionales du muscadet, — muscadet sèvre et maine, muscadet côtes de grandlieu et muscadet coteaux de la loire — élevées au minimum six mois sur lies et à déguster dans leurs cinq premières années de vie. Tandis que pour un plaisir accessible et immédiat, on se tournera vers la jeunesse et la fraîcheur d’un muscadet générique.

Les crus du muscadet font certes un mariage durable avec une douzaine d’huîtres, mais ils sont surtout de grands vins de gastronomie. De par leurs origines et leurs minéralité, ils possèdent des affinités naturelles avec les langoustines, les coquillages, les bols poke aux fruits de mer, les poissons grillés et les cuisses de grenouilles. Dans un autre registre, leur forte acidité permet également des accords heureux avec le fromage de chèvre. Enfin, leur complexité et leur finesse seront mises en valeur par une température de service autour de 12 °C.

Voici trois vins pour vous refaire une tête (et le palais!) sur le muscadet 2.0!

La chroniqueuse était l’invitée d’InterLoire.

Vins

La méthode ancestrale, plus tendance que jamais

CHRONIQUE / Avec les beaux jours qui approchent, le pet’nat’, vin de soif par excellence, est sur toutes les lèvres. Bien que la tendance du pétillant naturel, pet’nat’ pour les intimes, soit relativement récente, le processus de fabrication, lui, n’a rien de nouveau, puisqu’il y a des siècles qu’on élabore des mousseux de cette façon au sud de la France, dans le Languedoc-Roussillon.

L’appellation Limoux méthode ancestrale célèbre cette année son 80e anniversaire. Pour l’occasion, un cortège de voitures anciennes transportant une délégation de journalistes, dont je fais partie, entame un pèlerinage à travers les collines luxuriantes du terroir des bulles du Languedoc-Roussillon. Une coquette Renaud 4 cv me conduira au cœur du vignoble de Limoux, aux portes de l’abbaye de Saint-Hilaire. La première bulle du monde est née ici, par erreur, en 1544, dans les caves de l’abbaye, bien avant que la Champagne s’y mette. C’est un moine bénédictin qui constata que le vin qu’il avait mis en bouteille et obstrué d’un liège formait des bulles. Gageons qu’il n’a pas gardé le silence bien longtemps après la dive découverte…

Avant de croire au miracle, sachez que ce phénomène naturel s’explique plutôt simplement. La méthode ancestrale consiste à mettre le vin en bouteille avant même qu’il ait terminé sa fermentation alcoolique. Continuant sur sa lancée, le vin poursuit la conversion des sucres naturels des raisins en alcool, puis le gaz carbonique ainsi produit se trouve emprisonné dans la bouteille. Tadam, des bulles! Alléluia. Amen. Rendons grâce à Dieu.

Contrairement à la méthode traditionnelle (champenoise), la fermentation est entièrement naturelle. Aucun sucre n’est ajouté en bouteille, ni levures. Ici, seuls les levures et les sucres naturels du cépage mauzac, cépage exclusif de Limoux méthode ancestrale, font le travail. Au fait, l’AOC a tout récemment délaissé le nom blanquette méthode ancestrale au profit de Limoux méthode ancestrale en 2009. Désormais, « blanquette » appartient uniquement à l’appellation blanquette de Limoux, créatrice de mousseux en méthode traditionnelle sur le même territoire.

À la dégustation, les mousseux issus de la méthode ancestrale présentent souvent une robe légèrement voilée. Ils possèdent une effervescence plus délicate qu’une méthode traditionnelle et un degré alcoolique moins élevé. Le style est définitivement fruité, systématiquement doux dans le cas des bulles limouxines. Des pétillants artisanaux, non prétentieux, faciles et rafraîchissants qu’on aimera servir très frais avec des fruits frais exotiques et du verger à la fin du repas ou au brunch en compagnie de crêpes natures ou garnies de pommes et de fromage.

La production de Limoux méthode ancestrale étant limitée, les bouteilles se font très rares sur les tablettes de la SAQ. Heureusement, on peut se tourner vers l’importation privée pour commander quelques bons flacons comme ceux du Domaine Taudou représenté par l’agence Juste des Bulles au Québec. Sa méthode ancestrale, charmante comme tout, provoquera une idylle assurée. Ses notes de pommes mûres et sa texture suave provoqueront de nombreuses surprises!

Vins

Trois vins d’Alsace pour ouvrir la terrasse

CHRONIQUE / À mes débuts dans le vin, l’Alsace a rapidement reçu toute mon attention. Pour la fraîcheur et la minéralité de ses vins (bien que je ne savais pas qu’il s’agissait de cela à l’époque), mais aussi pour le poids plume de son matériel pédagogique.

Pour dresser un portrait très (très) sommaire, le vignoble alsacien compte 8 cépages blancs (dont les plus communs sont les riesling, gewurztraminer, pinot gris et pinot blanc), 1 cépage noir, 3 AOC seulement et 51 grands crus. Voilà, ce qu’il en est à quelques mentions près. Clair, simple et précis.

Le vignoble alsacien fut la première région viticole abordée lors de ma formation de sommellerie. À ce moment précis, je me rappelle qu’une pensée chargée à parts égales de naïveté et d’optimisme m’ait traversé l’esprit, à savoir que tout compte fait, le vin, c’était bien plus facile que je ne le croyais. Puis, il y a eu la Bourgogne, ce mastodonte viticole qui sous son apparente et réconfortante binarité variétale dissimule une complexité presque cruelle pour le profane. Ça rentre dedans et ça vous ramène sur terre en moins de deux.

Je crois que l’une des clés du succès de l’Alsace réside justement dans son accessibilité. Elle est facilement approchable. Nul besoin de tourner la flûte d’Alsace de tous les côtés pour savoir ce qu’elle contient. Tout est là, devant, sur l’étiquette : le domaine, le millésime, le cépage. Reste le sucre, qu’on pourra trouver parfois sur la contre-étiquette ou sur l’étiquette de la SAQ, près du code-barres. Ensuite, il y a la diversité des cépages, des sols et des méthodes de viticulture et de vinification (sec, demi-sec, doux, liquoreux) qui en donne pour tous les goûts.

L’Alsace réussit à rejoindre toutes les catégories de consommateurs, de la jeune universitaire qui veut un pinot blanc frais et délicat pour son party de sushis, au connaisseur qui souhaite apprécier un vieux riesling aux tonalités complexes de pétrole et de pierre à fusil. Une fois les prononciations de riesling et de gewurztraminer maîtrisées (ou pas!), on peut apprécier ces vins blancs de monocépage et en saisir les subtilités — du fin riesling au puissant pinot gris. Signe indéniable du succès des vins d’Alsace, les vins de la maison Willm sont dans les verres des québécois depuis belle lurette, depuis la fin des années 1940 plus précisément!

Il y a trois semaines, Jérôme Keller, directeur technique et maître de chai, et Hervé Schwendenmann, président-vigneron, des maisons Willm et Wolfberger étaient de passage à Montréal pour donner un aperçu du millésime 2017. Comme dans plusieurs régions de France, le gel dévastateur d’avril 2017 aura été lourd de pertes pour l’Alsace, avec 35 % du vignoble décimé. Un petit millésime en volume donc, mais ô combien qualitatif! Voici donc quelques-unes de leurs délicieuses cuvées que vous devez absolument mettre dans vos verres en mai!

Vins

Dézippe-toi en avril!

CHRONIQUE / Vous avez le blues du temps gris? Ou pire encore, le blues des vins un peu beiges qui s’accumulent dans vos verres? Qu’à cela ne tienne, il y a une lueur d’espoir à l’horizon, une occasion en or de découvrir des vins qui sortent des sentiers battus et qui vous émanciperont de la binarité blanc/rouge.

Le samedi 28 avril prochain se tiendra à Montréal le salon des vins Le Printemps Dézippé (Des-IP [Importations privées], la pognes-tu?) au Marché Bonsecours de Montréal.

Une trentaine d’agences y débarqueront avec leurs coups de cœur d’inspiration estivale dénichés lors de leurs plus récents voyages. Il s’agit là également d’une superbe opportunité de découvrir des produits exclusifs et les nouvelles tendances de l’industrie du vin avant tout le monde. Autrement dit, de venir sentir ce qui se passera demain en SAQ.

Chacune y proposera une quinzaine de vins en importation privée, pour un potentiel d’environ 450 produits à découvrir. Des vins de petites productions, de vins biologiques et biodynamiques, des vins oranges, des rosés hors normes, beaucoup de bulles comme des pétillants naturels — Pet’Nat’ pour les intimes — ou des crémants à moins de 30 $. C’est donc votre chance de trouver des vins inusités qui vous sortiront de votre zone de confort. Une occasion rare de mettre la main sur des produits disponibles en très petite quantité, à aussi peu que 60 bouteilles parfois! On parle de 5 caisses de 12 ou de 10 caisses de 6 seulement! Il va sans dire que ce n’est pas demain matin à la SAQ qu’on les y trouvera.

Le plus beau, c’est qu’il sera possible de commander vos coups de cœur sur place et de les recevoir dans les 10 jours suivants, dès lors que le produit est disponible dans les entrepôts de la SAQ. Les commandes se font à la caisse, de 6 ou de 12, selon le produit. Habituellement les vins plus abordables sont offerts à la caisse de 12, tandis que les plus dispendieux sont disponibles à la caisse de 6. On passe donc sa commande directement au salon, auprès de l’agent concerné, et on paie les frais d’agence. Ensuite, la caisse sera livrée dans une SAQ près de chez vous, où vous pourrez aller la récupérer et régler la facture de votre achat, comme d’habitude. Simple comme bonjour!

C’est beaucoup une caisse? Pas si on y va avec les copains. Et comme il s’agit de vins sélectionnés par les agences en vue de la période estivale, avec tous les BBQ qui s’en viennent et les apéros chez les amis cet été, je ne serais pas trop inquiète si j’étais vous.

Cette année, pour la première fois, se tiendra un concours amateur de dégustation d’importation privée. Dix équipes d’amateurs non reliés au domaine du vin ou de la restauration s’affronteront lors d’une joute à l’aveugle dans laquelle elles devront déterminer la provenance, le millésime et le nom du producteur de 5 vins différents. Voilà qui devrait être plutôt amusant!

Le Printemps Dézippé se tiendra de 12 h à 19 au Marché Bonsecours de Montréal et s’adresse au grand public. Pour l’achat de billets, vous pouvez le faire en ligne sur le site web du Regroupement des Agences d’Importation Privée, raspipav.com, ou à la porte le jour J.

À la vôtre

Cuvées d’ailleurs produites par des vignerons d’ici

CHRONIQUE / La semaine dernière, je tarissais d’éloges le Québécois Pascal Marchand, protagoniste du documentaire Grand Cru et vigneron renommé en Bourgogne. Or, il est loin d’être le seul Québécois à s’être expatrié pour faire du vin. Ils sont même plusieurs à avoir déclaré leur amour pour la vigne en sautant à pieds joints dans l’aventure. En voici deux qui roulent leur bosse sur le Vieux Continent!

La Montréalaise Nathalie Bonhomme est probablement la plus connue parmi les vignerons québécois hors province. D’abord exportatrice de vin, elle possède aujourd’hui sa gamme de vins espagnols éponyme, Les Vins Bonhomme, qu’elle produit avec Rafael Cambra à Valence et la famille Juan Gil. Plus récemment, elle a sorti sa nouvelle gamme de vins Caminos, dont le cabernet sauvignon est présentement sur les tablettes de la SAQ en quantité très limitée.

Il semble que l’Espagne réussisse bien aux Québécois puisque Alain Bellemare et sa fille, Sabrina, Montréalais d’origine, possèdent aussi quelques hectares de vignes au nord du pays. Vigneron à Rigaud, en Montérégie, dans une vie parallèle, Alain Bellemare s’est associé en 2012 à une famille aragonaise pour exploiter la Bodega Villa d’Orta. Leurs 50 hectares de vignes certifiées biologiques prennent place au pied des Pyrénées, à 2 h 30 de Barcelone, dans la DO somontano (laquelle signifie littéralement « sous la montagne »). Leur gamme comprend un tinto, un crianza, un reserva, un rosé et un tout nouveau blanc, issu de leurs dernières plantations de chardonnay. Ils possèdent également quelques cuvées en négoce, dont un superbe cava disponible en importation privée au Québec. En 2017, après des années de travail acharné, ils sont enfin parvenus à hisser leur rosé en SAQ, puis leur crianza en 2018 — lequel fait présentement partie des nouveaux arrivages.

Pour le curieux, non, Alain n’a pas de double vie chez Bombardier. Sabrina par contre, alias Sabrina Sabotage Bellemare, vous sera peut-être davantage familière, puisqu’on a pu l’entendre à La Voix et au sein du duo Orange Orange. Entre sa carrière en musique et la représentation du vignoble ici et ailleurs en Europe, elle a l’ambition de se perfectionner en œnologie dans le but de reprendre un jour les rênes de l’entreprise familiale. Serions-nous à l’aube d’une nouvelle génération de vignerons Bellemare? À suivre...

Suggestions de la semaine

Jumilla 2016, Bo Bonhomme, Les Vins Bonhomme (SAQ : 13 284 313 — 13,70 $)

À LA VÔTRE

Pascal Marchand: un Québécois en Bourgogne

CHRONIQUE / Jeune, il se croyait destiné à l’écriture. Ce qui devait être une simple vendange en Bourgogne est rapidement devenue le projet de toute une vie. Pascal Marchand, vigneron mondialement reconnu, est l’un des précurseurs de la biodynamie en Bourgogne.

Le documentaire Grand Cru, réalisé par David Eng, relate le parcours professionnel de Pascal Marchand, un Québécois amoureux des mots qui s’est finalement entiché de la vigne en France. C’est à l’aube de sa vingtaine, alors âgé de 21 ans, que l’aspirant poète de Montréal part en Bourgogne faire les vendanges en 1983. Un peu plus d’un an plus tard, le comte Armand perçoit son potentiel et le met aux commandes du Clos des Épeneaux à Pommard. Sa carrière est lancée!

Lorsqu’il met les pieds en Bourgogne pour la première fois, il remarque que les vignes sont intoxiquées, aspergées de produits chimiques, tandis que les sols apparaissent compactés et appauvris. Alors que les vignerons bourguignons perpétuent les traditions familiales, Pascal arrive avec un regard nouveau et n’hésite pas à douter de l’ordre établi. Avec trois de ses compatriotes de classe de l’Institut de viticulture et d’œnologie de Beaune, il adhère à une philosophie qui s’inscrit dans une vision plus globale de la nature : la biodynamie.

« Je n’étais pas du tout à l’aise de manipuler les produits chimiques pour traiter la vigne. Je cherchais une autre relation avec la nature », affirme Pascal Marchand. Les résultats sont sans équivoque : plants plus vigoureux, vignes plus résistantes aux maladies et plus de biodiversité dans les vignobles. Il réintroduit au passage le labour avec cheval, une technique qui évite le compactage des sols par les tracteurs. Il est également l’un des premiers à se réintéresser à la plantation en foule, une tradition pratiquée par les moines cisterciens aux origines de la viticulture en Bourgogne. Jamais la biodynamie n’a été illustrée plus simplement que dans ce documentaire. « La biodynamie, c’est comprendre les forces de la nature et travailler avec les rythmes de la nature », explique le vigneron.

Il est aujourd’hui négociant et propriétaire de quelques parcelles avec sa société Marchand-Tawse. Pascal appose son nom sur les étiquettes de dizaines d’appellations dont les réputées vosne-romanée, chassagne-montrachet et corton-charlemagne. S’il devait en choisir qu’une seule, ce serait Musigny, sa plus récente acquisition. Un tout petit morceau de terre, de 1/10e d’acre, acheté à une somme équivalant à la valeur de 65 acres au Canada!

Il va sans dire que le millésime du tournage aura fortement teinté le scénario du documentaire. Qualifier 2016 de difficile en Bourgogne serait un euphémisme. La violence qui s’est abattue sur la région est historique — faisant de ce millésime le pire que la Bourgogne ait connu. Le gel, la grêle et la maladie ont si fortement endommagé les vignes que les pertes au printemps atteignaient déjà les 60 à 70 %. Le stress est à son paroxysme pour les vignerons, tellement que plusieurs petits producteurs ont vu fondre leur mince marge de manœuvre — pour certains, 2016 aura été leur dernière vendange. David Eng a ainsi pu capter la triste réalité des changements climatiques, si bien qu’on se sent sur la corde raide tout au long du documentaire.

Personne n’y a échappé. Les plus gros ont aussi eu leur lot de *%!?#*. Même avec la plus grande volonté du monde, quand la vie semble s’acharner sur son cas, la tentation est grande de prendre un petit raccourci. Mais Pascal n’y déroge pas. Sa résilience est à toute épreuve, aucun produit chimique ne touchera ses vignes, même si c’est bien plus difficile à gérer qu’il y a 20 ans.

Grand cru est une immersion en quatre saisons dans les aléas de la vie d’un vigneron philosophe et encore poète à ses heures. Un documentaire terre à terre, non moralisateur, qui dépeint avec brio la grandeur de l’homme et sa quête d’une culture artisanale et biodynamique. Un film que tout amateur de vin devrait voir.

À LA VÔTRE

Pâques, printemps & cabane

CHRONIQUE / Vive le printemps, ce vent de fraîcheur qui balaie les mets costauds et les mijotés de nos assiettes, cédant du coup la place à des plats plus légers — exception faite peut-être pour le copieux repas de cabane. Évidemment, la nature des mets et la météo plus clémente appelleront des vins plus légers, plus frais et plus désaltérants. À l’occasion du congé pascal, une chose est sûre, toute la tablée sera joyeusement réunie pour célébrer. Voici donc quelques bonnes bouteilles pour hydrater vos coupes en cette longue fin de semaine!

POUR LA CABANE
Touraine 2016, Domaine de Lévêque, Domaine de la Renne
(Code SAQ : 12 207 009 — 16,70 $)
Domaine de Lévêque du Domaine de la Renne… bon, ça fait un peu poupées russes, mais il faut savoir que le vigneron est un dénommé Guy Lévêque. Si vous avez un budget modeste, l’appellation Touraine est un bon endroit où chercher pour de bons vins remplis de fraîcheur. Les sauvignon blanc de cette région de la Loire se font abordables et agréables, comme en témoigne cette sympathique cuvée. Le duo sauvignon blanc (95 %) et sauvignon gris (5 %) s’affirme intensément avec des notes de pêches très mûres. Une fraîcheur, une tendresse et une presque gourmandise s’élèvent de ce blanc qui viendra couper dans le gras de votre assiette du temps des sucres.

À la vôtre

5 vins à moins de 20 $

CHRONIQUE / Chères lectrices et chers lecteurs qui n’osent s’aventurer dans l’espace cellier,

Cette chronique est pour vous. J’aimerais démocratiser ces quelques pieds carrés de la SAQ qui peuvent parfois sembler être l’apanage d’une élite au portefeuille bien garni. Et pourtant, si vous saviez combien cette caverne d’Ali Baba regorge de petits joyaux à petits prix n’attendant que d’être découverts. Pour preuve, je vous offre sur un plateau d’argent 5 excellents vins entre 15 et 19 $ — 5 spécialités à moins de 20 $ pour vous faire plaisir à prix doux.

À la vôtre

Taillé dans le rock

CHRONIQUE / Le vin est humain. Derrière chaque bouteille, il y a des femmes et des hommes passionnés. En dégustant leur vin, on boit leur philosophie, leur dévouement, leurs valeurs, leur passé. Si certaines bouteilles nous charment plus que d’autres, il en va de même avec les vignerons. Récit d’une rencontre marquante et inspirante avec un producteur anticonformiste.

Dans une autre vie, Charles Smith était un agent de groupes rock. J’ai d’ailleurs parlé de ce vigneron à plusieurs reprises dans cette chronique. Je savais que le personnage n’avait rien de conventionnel. À mon arrivée à la Maison Boulud, le restaurant du Ritz à Montréal, il se présente avec des cheveux afro, vêtu tout de noir et de baskets, sans veston, bien sûr. Vous pouvez sortir le gars du rock, mais pas le rock du gars. J’ai eu autant de plaisir à découvrir les vins de la maison que le vigneron bon vivant, généreux et coloré, duquel émane une profonde humilité. Un esprit à contre-courant et assumé dans une industrie un tantinet hétérogène et solennelle.

Né en banlieue de Sacramento, en Californie, Charles Smith a connu une enfance modeste et plutôt difficile. Plus tard, il partira en Europe vivre au rythme de la musique pendant près d’une décennie, à diriger des groupes tels que The Raveonettes, avant de revenir aux États-Unis. Vigneron autodidacte, Charles Smith n’a jamais étudié le vin lorsqu’il s’installe à Walla Walla, Washington, pour traire la vigne. C’est sa passion brute pour le jus de la grappe qui l’y a conduit. En 1999, son rêve était de faire du vin — dix-neuf ans plus tard, le même rêve l’habite encore.

Ses vins reflètent la typicité du cépage et du vignoble puisqu’il n’ajoute rien d’autre que des levures naturelles au cours du processus. Charles a une façon bien à lui d’appréhender la vinification. La plupart des vignerons qui élèvent leurs vins en fûts de chêne effectuent d’abord la fermentation alcoolique en cuve inox, puis transvasent le vin dans les fûts afin de le débarrasser de ses dépôts. Fidèle à son tempérament marginal, Charles Smith enclenche la plupart du temps (pour les vins boisés) la fermentation alcoolique directement dans les fûts en y versant le jus fraîchement pressé ou encore les baies entières tout juste vendangées. Enfin, ses vins ne sont ni collés ni filtrés avant l’embouteillage. « Dirty in the bottle! », comme il se plaît à dire. Des vins à l’image de l’homme : francs, pleins de caractère et accessibles.

À la SAQ, ses bouteilles au design brut et moderne, en noir et blanc, sont facilement repérables. Parmi ses quelques gammes, toutes plus créatives les unes que les autres et toutes élaborées avec des raisins cultivés dans l’État de Washington, mentionnons : K Vitners, dédiée aux cépages rhodaniens (syrah, grenache, viognier); Vino CasaSmith, consacrée à des cépages italiens classiques (barbera, sangiovese, pinot grigio, primitivo, moscato); Sixto, entièrement vouée au chardonnay et inspirée du musicien Sixto Rodriguez; Substance, des vins intègres à prix abordables. Quant à Kung Fu Girl riesling, Eve chardonnay, Boom Boom syrah, Velvet Devil merlot and Chateau Smith cabernet sauvignon, Charles a vendu la collection au géant Constellation Brands en 2016 afin de rendre accessibles au monde entier ces vins qui rencontraient un énorme succès.

Une chose est sûre, il carbure au vin et à l’innovation. Plusieurs projets trippants sont d’ailleurs en gestation… il n’a pas terminé de nous surprendre!

Vous avez des questions ou des commentaires? Écrivez-moi à caroline.chagnon@gcmedias.ca.

À la vôtre

Qu'est-ce qu'un vin en primeur?

CHRONIQUE / « En primeur » vient de « vin primeur », un terme qui désigne un vin commercialisé alors qu’il est encore très jeune. Aujourd’hui, on parle davantage de vin nouveau, mais il s’agit là de synonymes. Le plus connu d’entre eux est certainement le beaujolais nouveau, lequel est prêt à être consommé à peine quelques semaines après la vendange, soit dès la fin novembre.

À Bordeaux toutefois, « en primeur » revêt une tout autre signification. Chaque année en avril, Bordeaux devient le théâtre de la semaine des primeurs. Entre 5000 et 6000 professionnels de la distribution, producteurs, négociants et journalistes sont alors conviés à venir déguster le vin de la plus récente vendange. Le vin alors tout jeune, âgé d’à peine six mois, est loin d’être prêt. Il est en gestation, encore en barrique, et ne sera commercialisé que dans deux ans. L’heure est à la spéculation. Les hôtes goûtent des centaines de pinards. Venus des quatre coins du monde, les professionnels du vin viennent juger le potentiel du millésime —
à la manière d’une famille dessinant le futur d’un nouveau-né depuis la vitrine de la pouponnière. Les impressions de la presse spécialisée sont attendues fébrilement par les châteaux puisque leur appréciation teintera le prix des vins.

Une fois les prix fixés, la place de Bordeaux s’ouvre enfin. Les ventes sont alors sollicitées par l’entremise de courtiers, puis de négociants. Monsieur et madame Tout-le-monde ne sont pas autorisés à acheter ici. Les acquéreurs paient la somme due, mais repartent les mains vides. Les vins reposent encore en barrique. Ce n’est que deux ans plus tard qu’il recevront les caisses.

Il s’agit d’un pari qui comporte sa part de risque, surtout que le vin est encore adolescent au moment de l’achat. Reste que lors des grands millésimes, la marge d’erreur est pratiquement nulle.

Les 2015 de Moueix

Pourquoi parler des primeurs? Parce que le mois dernier, Christian Navarre, directeur général des Entreprises Jean-Pierre Moueix, négociants-propriétaires importants à Bordeaux, a fait découvrir les vins primeurs du millésime 2015 à une poignée de chroniqueurs vin lors de son passage à Montréal. Sur la rive droite, où ils se spécialisent en grands vins de pomerol et de saint-émilion, 2015 s’est révélé le plus grand millésime depuis l’exceptionnel 2010. Le fruit est au rendez-vous, la finesse aussi.