Le président de la Fédération Histoire Québec (FHQ), Richard M. Bégin
Le président de la Fédération Histoire Québec (FHQ), Richard M. Bégin

Un patrimoine menacé

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Le président de la Fédération Histoire Québec (FHQ), Richard M. Bégin, n’est guère rassurant en ce qui concerne la préservation et la pérennité du patrimoine religieux au Québec.

L’ex-conseiller municipal du district de Deschênes, à Gatineau siège aussi sur le conseil d’administration du Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ).

«Ce qu’on craignait qui arrive avec la mise en vigueur de la loi sur le patrimoine culturel de 2012 est arrivé»: les lieux de culte font l’objet de «demandes de démolition à tour de bras» de la part des promoteurs immobiliers, expose-t-il d’emblée.

La FHQ – qui regroupe quelque 300 organismes voués à la défense du patrimoine, qu’il soit bâti ou religieux – en avait dénoncé le projet de loi dès 2008, mentionne-t-il au passage.

En juin dernier, le vérificateur général a déposé un rapport «très négatif» en ce qui concerne la préservation du patrimoine – immobilier, et pas seulement religieux – au Québec, ajoute M. Bégin.

En outre, le confinement pandémique a «dramatiquement chamboulé » les efforts des organismes et institutions qui, n’étant plus en mesure d’organiser les traditionnelles activités communautaires qui aidaient leur financement, ont bien du mal subsister, soutient-il.

Désaffectées par les fidèles, délaissées par les pouvoirs publics, qui ont d’autres priorités plus séculières, «les églises sont laissées plus ou moins à l’abandon, même certains des monuments classés, comme l’église Saint-Jean-Baptiste, à Québec».

M. Bégin estime toutefois que le patrimoine religieux n’est pas le plus mal loti. «Grâce aux subventions assez importantes accordées au CPRQ, tant pour la restauration que pour le recyclage [le changement de vocation] des lieux de culte, on peut dire que c’est mieux, par rapport à d’autres secteurs» liés au patrimoine.


« Les fabriques sont malheureusement complètement dépassées depuis des années. L’entretien régulier ne se fait plus, faute de moyens. »
Richard Bégin

Depuis 95, le patrimoine religieux hérite d’une subvention provinciale annuelle qui «varie entre 10 et 15 millions $, plus un 5 millions $ additionnels accordée par le gouvernement actuel pour des projets de recyclage. Ce n’est donc pas si mal... mais ça reste peu, sur l’ensemble du territoire du Québec», note-t-il en faisant part des coûts exorbitants que représente la restauration d’un orgue ou d’un vitrail.

«Juste la réfection d’un toit métallique, ça peut approcher 300 ou 500 000 $. Les fabriques sont malheureusement complètement dépassées depuis des années. L’entretien régulier ne se fait plus, faute de moyens», constate-t-il.

Élément identitaire

Ce patrimoine est pourtant d’une importance capitale, «en terme d’élément identitaire», affirme-t-il. « Quand ça disparaît, ça change le sentiment d’appartenance.»

C’est aussi, à ses yeux, un «enjeu touristique» non négligeable. Depuis que «les gares et les anciens bureaux de poste » ont disparu, il ne subsiste au Québec que «très peu d’éléments du patrimoine bâti présentant des structures architecturales intéressantes, à part le patrimoine religieux».

Pourtant, la richesse patrimoniale religieuse continue de se désagréger lentement, pendant que l’on regarde ailleurs, dit-il.

«Il y a au Québec un dilemme» à subventionner le rajeunissement du patrimoine ecclésiastique, «à cause de la baisse de la pratique religieuse et d’une certaine frustration de la population face à la domination du clergé, pendant si longtemps.»

C’est précisément pour combattre cette «légère indifférence des gens» qu’ont été mises sur pied les Journées du patrimoine religieux.

«L’objectif de cette fin de semaine c’est de mieux faire apprécier l’architecture de ces bâtiments-là» et «la valeur artistique» de tout ce qui se trouve sous le clocher: «l’expertise en ébénisterie, les vitraux, etc., et qui méritent notre attention», conclut-il.