Isabelle Pion
Daniel Brousseau a conçu lui-même son propre observatoire, qui se fond dans le décor de sa cour arrière. L’infrastructure est nichée dans son garage
Daniel Brousseau a conçu lui-même son propre observatoire, qui se fond dans le décor de sa cour arrière. L’infrastructure est nichée dans son garage

Un observatoire au jardin

CHRONIQUE / Bien futé qui pourrait deviner que la cour arrière de Daniel Brousseau contient… un observatoire. Pourtant, à côté du jardin luxuriant, son petit garage au toit rétractable contient quatre télescopes, en plein cœur de Sherbrooke.  

En me présentant chez lui, je m’attends à trouver une coupole, à l’image des observatoires traditionnels. Pas question d’avoir un tel aménagement, la question avait été négociée avec sa conjointe, nous dit-il en riant. 

Il nous ouvre plutôt la porte de son garage, où se cache son équipement d’astronomie, et ouvre le toit qui laisse entrevoir le ciel. Mon collègue photographe est tout aussi impressionné que moi.

Daniel Brousseau fait partie d’une vingtaine de personnes au Québec, peut-être un peu plus, qui possèdent un observatoire maison. 

Aujourd’hui à la retraite, il a conçu lui-même l’infrastructure, qu’il peut même commander à distance en hiver, grâce au second ordinateur dans la maison. Le Sherbrookois se passionne non seulement pour l’observation du ciel, mais aussi pour la photo. Un de ses clichés, qui montre une protubérance solaire en arche, se retrouve d’ailleurs au planétarium de Montréal. 

« Le soir, je vais là à 23 h, c’est tellement beau. Il n’y a pas de bruit. Les moufettes et les ratons laveurs m’accompagnent. C’est zen. Observer le ciel, c’est comme de rêver un peu et de voir qu’on est vraiment minuscules face à cette grandeur-là », dit celui qui s’est inspiré d’idées d’autres amateurs américains pour mettre sur pied l’infrastructure. Les quatre télescopes ont chacun leurs fonctions. L’astronome amateur s’intéresse à tout, des planètes aux galaxies jusqu’aux amas globulaires. « Je fais de tout; je suis spécialisé dans le solaire. » 

« La photo astronomique, c’est un défi continuel. C’est compliqué. Il faut faire de longues expositions, il faut les traiter à l’ordinateur. Il faut aimer ça. »  

Le passe-temps est né d’un cadeau de son père : ce sont de simples jumelles qui ont fait qu’il a aujourd’hui peine à détacher les yeux du ciel.  

« Ça a cliqué là et ensuite ça s’est perdu. En 1997, la comète Hale-Bopp, qui était une des très brillantes comme Neowise aujourd’hui; ça vient aux 10 ans ça. J’avais regardé ça et ça avait ranimé ma passion, ma curiosité. Je me suis joint au Club d’astronomes amateurs de Sherbrooke (CAAS). Ma blonde me dit : « C’est pas une passion, c’est une obsession. « » Celle-ci l’a d’ailleurs mené à visiter les grands observatoires dans le monde, et « les hauts lieux de l’astronomie professionnelle et amateur », au Chili comme en Angleterre. 

Malgré la pollution lumineuse, Daniel Brousseau souligne que Sherbrooke, notamment avec ses lampadaires adaptés, s’en tire plutôt bien, comme elle se retrouve dans la réserve de ciel étoilée. « J’ai des bons voisins, je les invite à observer souvent. »

Je voulais lui jaser de perséides, alors que la pluie d’étoiles filantes est attendue du 10 au 14 août.  Mais la conversation a rapidement dévié sur Neowise, cette comète dont parlent plusieurs astronomes de la province en ce moment, et qui sera visible encore pour un temps.

Ces jours-ci, les astronomes amateurs ont les yeux rivés vers la comète Neowise. Daniel Brousseau n’a pas hésité à se lever à 3 h pour aller l’observer et la photographier.

Nombreux spectacles

« Neowise a été découverte en 2020. Les comètes arrivent sans avertir, comme la visite. En approchant du Soleil, la glace fond et ça fait une queue longue et elle devient brillante. » Assez brillante pour qu’il se lève à 3 heures afin de l’observer avec des jumelles. Ces jours-ci, la comète sera visible plus tôt. « Il faut que les gens s’informent avant pour savoir où elle est », précise ce membre de la Fédération des astronomes amateurs du Québec.  

Daniel Brousseau a capté cette photo de Neowise vers 22 h mardi, prise en regardant au nord. La photo représente exactement ce qu’on voit à l’œil nu, précise-t-il.

Avec d’autres férus d’astronomie, Claude Brousseau anime des séances d’observation à l’occasion, que ce soit au parc national du Mont-Mégantic ou au Marché de la gare à Sherbrooke. Il ne cache pas sa déception de voir le festival d’astronomie populaire du PNMM être annulé cette année. Des soirées d’observation des perséides ont été annulées à différents endroits. Au PNMM, l’activité sous forme de rassemblement comme on la connaît ne doit pas avoir lieu cette année.

N’empêche : COVID ou pas, il sera facile de les observer. « Tu t’installes sur une chaise. Idéalement, c’est de se rendre au moins à minuit, tu regardes au zénith. Tu n’as pas besoin de jumelles. Mais ça prend de la patience. Une tasse de tisane peut-être. », Claude Brousseau nous invite à lever les yeux vers le firmament, période des perséides ou pas.

« Tous les soirs, s’il fait beau, il y a de quoi à voir. À cette période-ci, Jupiter et Saturne sont proches, on les voit très bien, il y a toujours de quoi! Les étoiles filantes, tu t’installes sous un ciel noir, et tu vas les voir. Il y a plein d’étoiles filantes. Les plus belles sont l’hiver, mais les gens ne sortent pas l’hiver. »  Les astronomes doivent cependant composer avec l’omniprésence de satellites qui polluent l’espace, me raconte-t-il.

Pas besoin d’être ultra-équipé pour admirer le ciel : nos yeux, parfois des jumelles, feront très bien l’affaire. « Ayez du cran : quittez vos écrans. En temps de confinement, c’est le temps ou jamais », glisse-t-il en fin d’entrevue. 

Envie d’en savoir plus?
cieldesherbrooke.ca

Plus d’info sur la trajectoire de la comète :
Page Facebook Dans le ciel ce soir et www.claudeduplessis.com