Chef Marc Lépine, du restaurant Atelier

Thru, une expérience culinaire... de 49 services!

Un repas à 50 services, ce serait gargantuesque, impossible à avaler, ce serait juste… trop.

C’est pourquoi le chef Marc Lépine s’est arrêté à 49. Oui, vous avez bien lu, 49 plats, enfilés sur une durée d’environ trois heures, parce que le 50e, bien ç’aurait été excessif.

Cet exploit de servir 49 services, et de les déguster, c’est celui du restaurant Thru, sa nouvelle idée «qui ne ressemble à rien d’autre que vous ayez mangé auparavant».

En réalité, Thru n’est pas bien nouveau. Il ne s’agit en fait que d’un salon de son restaurant Atelier, à Ottawa. Mais quel salon !

Dans un environnement métallique, fermé, trois larges tables et six chaises, méticuleusement placées. Que trois tables pour deux personnes. Six clients dans un restaurant, voilà qui est exclusif au possible. Soyez avertis : les places s’envolent vite, car elles sont très rares!

À son arrivée chez Atelier, on vous invite à passer à l’étage pour une expérience hors de l’ordinaire.

On mange à l’heure, chez Thru. À 18 h 30 précises, on commence le service. Et au fil des 180 minutes qui suivront, 49 plats vous seront servis à un rythme moyen d’une portion toutes les quatre minutes environ. En réalité, le service est plus groupé. Les plats arrivent deux ou trois à la fois.

Là où le chef Lépine innove, c’est que les plats arrivent dans le désordre le plus complet. Vous pouvez commencer par un dessert et finir par la soupe, d’ordinaire servie en entrée. Ou le contraire. Vous choisissez.

Le menu est… sur la table. En fait, se retrouve sur la table un immense sous-plat qui fait la taille de la table, sur lequel sont inscrits des mots et un «code QR» que votre téléphone lira. Certains messages sont très courts, deux ou trois lignes de texte, d’autres réfèrent à des vidéos sur Youtube, d’une durée de 30 à 60 secondes.

Car c’est là une autre innovation du chef. Vous êtes «fortement» invités à manger, téléphone cellulaire à la main, pour compléter l’«expérience» de Thru.

Disons que c’est… plutôt lourd pour la génération qui n’est pas Y, Z ou ce que vous voulez. Car un plat toutes les quatre minutes, quand vous devez consulter le code QR, que vous devez le refaire parce que vous n’êtes pas sûr d’avoir bien compris, ou que vous êtes séduits par les images ou le texte, eh bien c’est un rythme fou.

Vous n’avez à peu près plus le temps de déguster, ce qui est justement la raison pour laquelle vous êtes allé au restaurant, non ?

Mange-t-on bien ? Fort bien, en réalité. Et vous sortirez de table repu, mais non gonflé. Car tous les plats sont conçus pour se partager à deux.

Thru, en ce sens, favorise le rapprochement des peuples, deux personnes à la fois.

Ce «restaurant» n’est peut-être qu’un ajout à son restaurant Atelier ouvert depuis 11 ans, mais le menu est différent et l’expérience, radicalement différente. Si Atelier est un établissement de cuisine moléculaire, ce que les convives essaient chez Thru est peut-être l’avenir des restaurants dans 50 ans. L’on y dégustera alors des plats dénaturés, décomposés puis recomposés pour explorer des saveurs différentes où le sucré, le salé, l’amer et l’acide se mélangent et s’additionnent.

Quelques semaines après avoir vécu Thru, c’est l’expérience justement que l’on se remémore davantage que les plats. Certes, quelques-uns sortent du lot, comme le crabe à caparace molle, le boeuf wagyu… et les oursons en gelée. En fait, une douzaine de plats sortent des sentiers battus, et de la même manière, une douzaine sont rapidement oubliés. La trentaine du milieu était intéressante, mais on aurait besoin d’un aide-mémoire. C’est justement à cela que servent les photos et les codes QR !