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Tendance : envie de tourner le dos à l’alcool?
Qu’ont en commun le chef Danny St Pierre, le chroniqueur et animateur Fred Savard et la fondatrice de Trois fois par jour Marilou? Ils ont tous arrêté de boire, pour diverses raisons. Dans l’air du temps, de tourner le dos à l’alcool?
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«Vos insupportables mains vides»

La fondatrice de Trois fois par jour, Marilou, s’est remise à la musique récemment. Celle qui ne boit plus d’alcool depuis des années évoque «vos insupportables mains vides» dans une nouvelle chanson.

«C’est quand même fou que ce soit difficile d’avoir les mains vides quand on est avec les gens. Comme si un verre est une protection, une barrière psychologique. C’est plus fort qu’on pense», lance au téléphone la jeune maman. 

Quatre ans après avoir expliqué son choix de ne plus boire dans un billet sur sa page Facebook, elle remarque que ça «confronte» et «énerve» encore certaines personnes. 

«Pour beaucoup de gens, c’est essentiel, l’alcool. Impossible d’entrer en relation avec quelqu’un qui ne boit pas.»

Sa sobriété a parfois coupé court à de nouvelles rencontres ou amitiés. À une invitation reçue, si elle propose d’aller prendre un café plutôt qu’un verre, il n’est pas rare que ça tombe à l’eau.

Mais pas question de s’isoler pour autant. «Je suis avec une gang de gens qui ne boivent pas vraiment dans la vie.» Son amoureux de la dernière année et demie prend une bière à l’occasion. Sans toujours en déboucher une deuxième. «Ça fait réfléchir d’être avec quelqu’un qui ne boit pas.» L’effet d’entraînement, dans un sens comme dans l’autre.

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Le juste milieu

Plusieurs rêvent d’un verre de rosé sur la terrasse ces jours-ci, alors que d’autres y ont renoncé, pour un temps ou pour de bon. Les témoignages de sobriété s’accumulent à la télévision, à la radio, sur les réseaux sociaux. Reste à voir si les Québécois lèvent réellement moins le coude.

Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’alcool en doute et demande de ne pas confondre tendances médiatiques et tendances réelles. 

«Il n’existe pas de données précises sur les gens qui cessent de consommer de l’alcool. En fait, sur une base populationnelle, c’est tout à fait négligeable : selon les toutes récentes mesures, entre 83% et 85% des Québécois âgés de 15 ans ou plus consomment, au moins occasionnellement, de l’alcool. Ça n’a pas bougé depuis 25 ans.»

En France, où la consommation était de loin supérieure à la nôtre, elle est aujourd’hui en baisse, alors que dans les pays d’Asie et d’Afrique, elle est en train de monter. «En Chine, il y a 25 ans, personne n’avait les moyens de boire», explique M. Sacy, évoquant des raisons économiques.

Chez nous, des campagnes comme le Défi 28 jours sans alcool de la Fondation Jean Lapointe, au mois de février, connaissent une certaine popularité (10 000 inscriptions en 2019). Mais le directeur général d’Éduc’alcool relativise : il ne s’est pas vendu moins de verres de vin le 14 février dans les restaurants, jour de la Saint-Valentin. 

Un autre indicateur du maintien de la consommation, les résultats de la SAQ ne démontrent aucune diminution des ventes d’alcool.

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#avecpasdalcool

Dès son entrée dans le monde de la restauration, le mixologue Patrice Plante, alias Monsieur Cocktail, a eu cette préoccupation: combler une clientèle grandissante de gens qui délaissaient l’alcool. Au-delà des femmes enceintes et des gens qui s’entraînent, précise-t-il. Devant cette tendance à réduire la consommation d’alcool, à adopter de bonnes habitudes de vie, il a voulu offrir des «options pour faire changement du V8 ou du 7Up».

Son entreprise de Québec propose des sirops et des toniques à base de concombre, de framboise, de fraise, de jus de citron, d’écorce de lime, d’hibiscus, qui rehaussent une eau pétillante, un thé glacé ou un simple jus. Le site web de la compagnie suggère une cinquantaine de recettes marquées du sceau #avecpasdalcool.

Selon le mixologue, cette propension à ne pas boire ou à moins boire va «exploser» dans les prochaines années. Mais il reste du chemin à faire dans l’acceptabilité sociale. Si le sujet est moins tabou «chez les vedettes», il perçoit encore beaucoup de stigmatisation et de jugement dans la vie de tous les jours. «On va respecter si un Danny St Pierre sort sur le podium, mais en général, je sens beaucoup d’indélicatesse.»

Pas pour rien que les mocktails dérivent de l’anglais mock, qui signifie faux, factice. Ces boissons sans alcool ont pour but d’imiter la théâtralité d’un vrai cocktail, avec un beau verre et une belle garniture, illustre le mixologue. 

Patrice Plante salue les compagnies qui essaient de rendre cool leurs produits non alcoolisés. Il pense à un ami sobre pour des raisons de santé qui passe inaperçu en buvant des petites cannettes très colorées d’une marque de kombucha (un thé sucré fermenté), semblables à des cannettes de bière. «C’est plus accepté. J’ai aimé ce petit clin d’œil!»